espagne

PRÉFACE DE VICTOR DEL ARBOL

Traduction d’André et Marie-José Adobes et de Bernard Minier

Etre écrivain en Espagne. Ou quand le Noir ne connaît pas de nuances.

Pour l’Espagne européenne, l’Espagne du XXIe siècle, l’Espagne inventée et réelle, la désolation demeure l’essence d’une littérature qui a remplacé le visage tragique de la Génération de 98, la rage amère et sociale des années 70, le postmodernisme des années 80 par la perplexité actuelle. Nous ne pleurons plus désormais les Empires perdus, nous ne cherchons plus des mots pour écarter le bâillon de la censure, ni n’aspirons à créer de nouvelles formes de révolte. Nous nous observons, essayant de nous concevoir en tant que Pays dans cette perte irréparable de notre innocence.

Victor-del-ArbolLes échecs et la décadence ont toujours été un terreau fertile pour y semer nos paroles. De Cervantes à Montalban, de Pio Baroja à Reverte, de Machado à Bonald, des narrateurs anciens aux plus récents, depuis les autels lorquiens jusqu’à la dramaturgie de Bernarda Alba, du point de vue ancien jusqu’au moderne, nous savons la chanter, la douleur. Nous n’avons pas peur de plonger dans ce labyrinthe opaque qu’est notre âme de peuple sans repos. La musique – à laquelle la littérature finit toujours par s’apparenter – met la peur en fuite, donne corps aux fantasmes pour mieux les jeter au feu. Nous brûlons nos terreurs avec des sortilèges de nuit, de poésie et de lune, de mers et de déserts ; nous chantons pour ne pas rester englués dans le silence. Rien n’a changé, si ce n’est peut-être la forme. Nous demeurons ce que nous avons toujours été : des fous rationnels (1). Nous regardons l’avenir les yeux mi-clos, nous serrons les dents. Et nous allons de l’avant.

Aujourd’hui, nous autres écrivains espagnols continuons de recréer des histoires qui parlent de ceux que la fortune a déshérités, de la perte irréparable de nos rêves, du malheur d’une crise qui revient nous frapper cycliquement ; nous nous débattons avec notre mémoire de peuple (2), nous crions comme si nous prêchions dans le désert laissé derrière elles par les œuvres pharaoniques de la fiction. Mais nous ne laissons pas pour autant s’épanouir le misérabilisme, la voix victimaire, la résignation d’antan. Nous sommes une société plus vivante que jamais, où frémit l’espoir d’un changement. Nous chantons la défaite comme seuls nous savons le faire mais aujourd’hui, plus que jamais, nous écrivons pour la dignité de celui qui ne se refuse pas à son destin. Si nous bâtissons à partir de la douleur, c’est bien dans la lutte que nous insistons et non dans la défaite.

Ainsi, des voix distinctes, des tonalités différentes, de nouvelles générations d’écrivains viennent s’ajouter à celles de toujours, de nouveaux discours narratifs autour de la même vieille certitude: le Noir est noir. Et il ne nous effraie pas.

Aucun autre lieu ne rêve comme l’Espagne, et ces rêves ne sauraient mieux s’incarner que dans le regard limpide d’Ana Maria Matute, qui est partie en laissant cette terre de Dragons quelque peu orpheline de fées.

Si vous voulez savoir ce que l’âme de cette terre possède de profond, lisez les livres nés de ses lézardes, avant que la poussière ne les emporte.

  1. NDT : loco cuerdo : clin d’œil presque intraduisible à la figure fondatrice du Quichotte.

  2. NDT : question à l’origine de violentes controverses dans l’Espagne d’aujourd’hui.

Victor del Arbol (c) 2014

Traduction d’André et Marie-José Adobes et de Bernard Minier

PREFACE DE VICTOR DEL ARBOL EN ESPAGNOL

Ser escritor en España. O cuando el Negro no tiene matices.

La España europea, la España del siglo XXI, la España inventada y real sigue teniendo la desolación como sustrato de una literatura que cambió el gesto trágico de la Generación del 98, la rabia ácida y social de los 70, el postmodernismo de los 80 por la perplejidad actual. Ya no lloramos Imperios perdidos, no buscamos palabras ni historias para vencer las mordazas de la censura ni aspiramos a crear nuevas formas de rebeldía. Nos miramos, tratando de reconocernos en esta pérdida irreparable de nuestra inocencia como País.

Los infortunios y la decadencia siempre fueron caldo de cultivo para sembrar nuestras palabras. Desde Cervantes a Montalbán, desde Pío Baroja a Reverte, desde Machado a Bonald, de los viejos y los nuevos narradores, desde los altares lorquianos a la dramaturgia de Bernarda Alba, desde lo antiguo y lo moderno, sabemos cómo cantarle al dolor.No nos asusta bucear en el laberinto opaco de nuestra alma de pueblo sin tregua. La música, y eso es a fin de cuentas la literatura, espanta el miedo, le da carne a los fantasmas y los lanza al fuego. Quemamos los espantos con embrujos de noche, de poesía y de luna, de mares y desiertos, cantamos para no quedar atrapados en el silencio. Nada ha cambiado, si acaso la forma.Pero seguimos siendo los que siempre fuimos: locos cuerdos. Miramos el futuro con los ojos entrecerrados, apretamos los dientes. Y avanzamos.

Hoy, los escritores españoles seguimos recreando las historias de los desheredados por la fortuna, la pérdida irreparable de nuestros sueños, el infortunio de una crisis que cíclicamente vuelve a golpearnos, nos debatimos contra nuestra memoria de pueblo, gritamos como si predicásemos en el desierto que dejaron atrás las obras faraónicas de una ficción. Pero no dejamos que se cebe en nosotros el patetismo, la voz victimaria, la resignación de antaño. Somos una sociedad más viva que nunca, donde burbujea la esperanza de un cambio. Cantamos a la derrota como solo sabemos hacerlo; hoy, como nunca, escribimos por la dignidad del que no se resiste a su suerte. Construimos desde el dolor, pero no abundamos en la derrota sino en la lucha. Voces distintas, tonos diferentes, generaciones nuevas de escritores que se mezclan con las de siempre, nuevos discursos narrativos para la misma y vieja certeza:

Lo Negro es negro. Y no nos da miedo.

Ningún lugar sueña como España, y esos sueños se encarnan en la mirada limpia de Ana María Matute, que se ha marchado dejando esta tierra de Dragones un poco huérfana de hadas.

Si ustedes quieren saber de lo profundo del alma de esta tierra, lean los libros que nacen de sus grietas, antes de que el polvo los deshaga.

Victor DEL ARBOL (c) 2014

LES AUTEURS

A

  • José Javier ABASOLO
  • Juan Miguel AGUILERA
  • Matilde ASENSI
  • Javier AZPEITIA

B

C

  • Javier CALVO
  • Isabel CAMBLOR
  • Maite CARRANZA
  • Pedro Delgado CAVILLA
  • Antonia CORTIJOS

D

E

F

G

H

  • Toni HILL

I J K

L

M

N

  • Esteban NAVARRO
  • Julia NAVARRO

O

P Q

  • Marc PASTOR
  • Arturo PÉREZ-REVERTE
  • Carmen POSADAS

R

S

T

U

  • Willy URIBE

V

W X Y

Z

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(Sources : Editeurs; Univers-L.com)

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