Interview de l’auteur Pierre POUCHAIRET

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Rencontre avec l’auteur Pierre POUCHAIRET, à l’occasion de la sortie de son nouveau roman La cage de l’albatros au éditions Palémon. Il revient également sur Mortels trafics, prix du Quai des Orfèvres 2017.

Jérôme PEUGNEZ : Bonjour Pierre POUCHAIRET, pouvez-vous me décrire votre parcours ?

Comme plusieurs auteurs de romans policiers, je suis un ancien flic.

J’ai commencé ma carrière en 1981 à la police judiciaire de Versailles, en brigade criminelle. Après six ans, j’ai été nommé à Nice où je suis resté pendant douze ans à la tête d’un groupe chargé de la lutte contre les trafics de stupéfiants. Cette époque est celle qui illustre beaucoup de mes livres avec les références niçoises.

J’ai ensuite représenté la police française à l’étranger 3 ans au Liban puis 3 en Turquie. Retour en France, Grenoble, toujours en PJ, pendant dix-huit mois, avant de repartir. Cette fois, 4 ans et demi, en Afghanistan et 2 au Kazakhstan.

À la retraite, j’ai rejoint ma femme en Cisjordanie, où elle dirigeait l’Institut français de Naplouse.

C’est à cette période que j’ai commencé à écrire et publier. Tout ce passé professionnel est à la base de mes romans, qu’il s’agisse des souvenirs d’enquête et de police ou de ma vie dans les pays lointains dans lesquels j’ai séjourné.

Actuellement, je me partage entre la Bretagne, notre lieu de résidence en France et le Cameroun où ma femme est en poste.

JP : Comment vous est venue l’envie d’écrire ? À quelle période ?

En Afghanistan.

Comme beaucoup de gens qui ont séjourné là-bas, j’ai eu envie d’écrire sur ce pays. Ça a été mon premier livre : Des flics français à Kaboul. Avec ce livre je voulais témoigner de mon travail en Afghanistan et des difficultés du pays. À l’origine c’était une sorte de journal que je destinais à ma fille et puis en le faisant lire, l’idée et l’envie de le publier sont venues. Mais le livre n’a rien à voir avec mon texte original. Soyons clairs, le résultat ne me plaît pas.

Par la suite, étant en retraite, j’ai eu envie d’écrire sur mon passé de flic aux stups de Nice et c’est là que m’est venue l’idée de la fiction. Écrire un témoignage était difficile, car mes collègues étaient toujours en activité et pas que… puisque les voyous que j’avais connus œuvraient encore. La fiction, par le biais du polar, s’est donc imposée comme une nécessité.
À partir de là j’étais lancé et j’ai continué d’écrire.

JP : Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Du très commun pour ma génération Oui Oui, le club des 5, le clan des 7.

Après je suis surtout passé aux BD, Buck Danny, Michel Vaillant, Dan Cooper. Beaucoup de héros de Spirou et Tintin.

JP : Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages ?)

En ce moment, je passe le plus clair de mon temps au Cameroun. Ma femme y travaille et elle quitte la maison vers huit heures pour n’y revenir qu’aux environs de vingt heures. Quand je ne vais pas faire de sport, je passe une grande partie de ce temps assis devant mon ordinateur à écrire. Je ne fais donc pas partie de ces auteurs qui écrivent la nuit ou très tôt le matin.

Pour l’histoire, c’est assez variable. Si je fais un plan, il n’est pas détaillé et laisse une grande place à l’improvisation au cours de l’écriture. Par contre, j’ai déjà idée de plusieurs scènes qui figureront dans le livre, dont la fin. Je sais ou je veux arriver et il m’est donc effectivement possible d’écrire certains chapitres sans suivre l’ordre chronologique de l’ouvrage.

JP : Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de vos livres et leur parution ?

Je ne vais pas me plaindre. J’ai eu de la chance et de la malchance également. Trouver un éditeur n’est pas si difficile, un bon, c’est plus dur.

Mon premier livre était un témoignage sur mes années passées en Afghanistan. Il a intéressé pas mal de gens, avant qu’un éditeur se décide à le publier.

Pour mon second livre, je me suis emballé un peu vite en signant chez un éditeur mal distribué et mal diffusé, mais surtout peu présent dans le domaine de la fiction.

C’est Jimmy Gallier et les éditions Jigal, qui m’ont fait connaître au public du Polar. J’ai envoyé mon texte à Jigal et la suite est allée assez vite.

Et puis, le prix du quai des Orfèvres, s’il n’ouvre pas les portes en grand, vous permet au moins d’avoir la garantie d’être lu par un éditeur.

JP : Pouvez-vous nous parler du Prix du Quai des Orfèvres ? Comment s’est passée l’inscription ? L’attente a-t-elle été longue entre l’envoi du manuscrit et la remise ? Qu’a changé pour vous de recevoir le Prix du Quai des Orfèvres 2017 ?

Pierre POUCHAIRET - Mortels trafics - Prix Quai des Orfevres 2017
Mortels trafics – Prix du quai des orfevres 2017

Ceux qui veulent le tenter trouveront les indications sur le site de Fayard. Pour résumer, il faut envoyer au secrétariat du Prix un texte tapuscrit anonyme avant le 15 mars de chaque année. Le texte est accompagné d’une enveloppe fermée dans laquelle se trouvent votre identité et vos coordonnées.

Le secrétariat examine les textes et en garde 20 qui sont soumis à Fayard (Éditeur du Prix du quai). Fayard en garde 6 qui sont soumis à partir de la mi-juin à un jury de 22 membres dont onze policiers, le reste étant des journalistes, magistrats, auteurs (Olivier Norek). Vers le 8 septembre, le jury se réunit pour désigner le texte choisi et dans la foulée ils ouvrent l’enveloppe et appellent le futur lauréat. L’identité de ce dernier reste sous embargo jusqu’à l’annonce officielle, début novembre, par le préfet de police de Paris.

Le prix du quai des Orfèvres est un moment absolument magique. Certains se pincent le nez quand on en parle, mais ils aimeraient bien l’obtenir et beaucoup l’ont, d’ailleurs tenté. Il faut se plier à quelques règles. Avoir un bouquin crédible, au regard de la procédure policière et qui ne porte pas atteinte à l’image de la police.

Bref, c’est quand même génial.

Toute la cérémonie et ensuite la mise en avant du livre… C’est époustouflant. Un éclairage médiatique comme on n’en aura jamais plus. En plus, pour moi, la remise du prix 2017 avait quelques particularités. Dernière remise au 36 puisqu’il déménageait. 70 ans du prix et il n’y avait pas eu de remise officielle l’année précédente suite aux attentats du Bataclan. J’avais comme marraine Alice Taglioni et en plus la présence de Delon et Belmondo. GÉNIAL.

Et puis le prix, c’est une mise en place énorme près de 120 000 exemplaires exemplaires.

Après, question prix, quand je dis qu’il faut raison garder. Il faut reconnaître que les lauréats du prix qui sont restés dans le circuit sont, à quelques exceptions près, ceux qui étaient déjà auteurs. Les autres n’ont pas vraiment réussi à rebondir. Le monde de l’édition ne bade pas les lauréats du PQO.

Personnellement, j’ai obtenu l’année dernière le prix Michel Lebrun pour La prophétie de Langley, j’en suis tout aussi fier, au vu des précédents lauréats, c’est une véritable reconnaissance en tant qu’auteur de polar.

JP : Quelle est la genèse de votre dernier roman « La cage de l’albatros » ?

Pierre POUCHAIRET - Les Trois Brestoises - 02 - La cage de albatros
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J’habite en Bretagne à l’Ile-Tudy, qui est également le lieu de résidence du Boss du roman policier Breton. J’ai nommé Jean Failler, l’auteur de la série des Mary Lester, publiée aux éditions Palémon. J’ai eu la chance de faire sa rencontre, ainsi que celle d’un autre auteur Palémon, Firmin le Bourhis et ils m’ont proposé d’écrire des romans chez eux. J’ai tout de suite été séduit par cette idée.

Certains se détournent quand ils entendent parler de polars régionaux. Cela m’énerve un peu. En exagérant, si on met trois noms de rues à Paris ou à New-York on a un polar national, si ça se passe en province, on a l’impression que ça devient régional.

Bref La cage de l’Albatros est le second volet d’une série, Les trois Brestoises qui a débuté avec Haines.

Je poursuis les aventures de Léanne, une commandant de police qui était l’un des personnages principaux de Mortels Trafics, mon prix du quai des Orfèvres.

Mutée à la tête de la PJ du Finistère, Léanne retrouve deux copines de jeunesse Élodie, une médecin légiste et Vanessa, une psychologue. Elles sont liées par leurs activités professionnelles, mais sont, avant tout, trois amies passionnées de musique, puisqu’elles forment un groupe de rock qui joue régulièrement dans les pubs de la région.

Dans le premier livre, Léanne enquêtait sur le meurtre d’une personne âgée dans une ambiance de vieilles haines familiales. Dans le second livre, c’est l’une de ses collaboratrices qui est le centre du roman, lorsque le corps de son oncle est découvert au pied de la falaise de la pointe du van. Accident, meurtre ? Les filles voudront établir la vérité et ce ne sera pas facile.

C’est l’occasion aussi de visiter le cimetière de bateaux militaires de Landévennec.

JP : Dans vos romans, y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Oui, évidemment. Gabin, le flic de Nice qui apparaît dans mes premiers livres, est assis dans le fauteuil que j’occupais à la PJ de Nice et son équipe est quasiment celle qui travaillait avec moi.

La plupart de mes personnages ont un pendant réel. D’ailleurs parfois, quand j’écris trop vite, il m’arrive de faire erreur et de mettre leur vrai nom.

Je décris souvent des gens que je connais bien ou que j’ai croisés dans ma vie professionnelle.

Pour Léanne, cette flic qui est apparue pour la première fois dans Mortels Trafics, le prix du Quai des Orfèvres, c’est un mélange entre Gabin et une de mes anciennes collègues. Pour Claude Vignon, leur chef de service, c’est le portrait d’un ancien directeur de la police judiciaire que j’ai connu à Nice.

Cette utilisation de mes souvenirs ne s’arrête pas aux personnages. J’utilise aussi des souvenirs professionnels.

Dans Haines, la première aventure des trois Brestoises, les policiers enquêtent sur le meurtre d’une femme âgée dont le corps est découvert par sa fille. Je me suis inspiré de faits réels sur lesquels j’ai travaillé quand j’étais à la PJ de Versailles.

Au début de La cage de l’Albatros, les policiers suivent un camion transportant un voilier truffé de cocaïne. Il est arrivé au port de Brest dans un cargo et doit être livré à Nice. Cette histoire est authentique. Lorsque j’étais à la Police Judiciaire de Nice, à la fin des années 80, notre service a enquêté sur un groupe de trafiquants qui avait commandé 400 kilos de cocaïne en Colombie. La drogue était transportée de la même manière et les trafiquants niçois, venus à la rencontre du camion, ont été interpellés en pleine nuit, alors qu’ils étaient en train de décharger la marchandise.

JP : Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs, à propos de vos romans ?

C’est sur les salons qu’on a les remarques les plus drôles. Ça commence, en général, par le : « C’est vous qui les écrivez ? ».

Non, des remarques amusantes, des collègues qui se plaignent de ne pas être dans les livres.

Mes ouvrages qui se passent en Cisjordanie et Israël attirent souvent les remarques de gens qui, même s’ils n’ont aucune idée de ce que raconte votre livre, sont persuadés qu’ils connaissent votre position soit pro-palestinienne, soit pro-israélienne et, évidemment, ce n’est pas la leur. Soit ils partent en faisant les dégoûtés, soit ils se lancent dans une démonstration de leurs connaissances sur le sujet.

JP : Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

Je suis un grand consommateur de musique et collectionneur de vinyles avec une préférence pour les grands classiques que sont Beatles, Rolling-Stones, Dylan, Springsteen…

JP : Avez-vous des projets ?

Pour l’écriture ? Absolument j’ai toujours un, parfois deux, textes en cours. Je veux continuer d’accompagner mes Brestoises dans leurs enquêtes et en même temps développer des romans plus ancrés dans des faits de société ou plus géopolitiques comme les livres publiés chez Jigal et Tuez les tous chez Plon.

JP : Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

J’aime les livres où on ne se prend pas la tête. Pour moi, il faut, avant tout, qu’on passe un bon moment et qu’on ait envie de tourner les pages. Vous savez ce truc qui fait qu’on lit vite, parce qu’on veut savoir la fin jusqu’au moment où le phénomène s’inverse, on ralentit, souvent dans les cinquante dernières pages, parce qu’on ne veut pas finir le livre, on veut rester avec les personnages.
Je n’ai pas envie de parler d’auteurs trop connus.
J’ai beaucoup aimé tous les livres de Jacques Bablon chez Jigal.
Fabrice David, l’auteur d’Au pays des barbares sorti chez Plon, Sang Neuf
Carl Pineau, son livre l’Arménien.

JP : Une bande son pour lire en toute sérénité vos romans ? A moins que le silence suffise ?

Pour les trois Brestoises, je dirai de la soul music, Otis Redding, les Pointers sisters Diana Ross et les suprêmes.

Pour les autres, les mêmes que cités plus haut Beatles, Rolling-Stones, Dylan, Springsteen… mais aussi des trucs plus Hard, Deep Purple, Led Zeppelin, Alice Cooper…

JP : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

D’abord, il ne faut pas hésiter à me demander en ami Facebook, j’ai également une page Pouchairet et un blog http://pierrepouchairet.com/

JP : Merci Pierre POUCHAIRET d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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