Interview de l’auteur Jean-Christophe PORTES

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Jean-christophe PortesPouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis journaliste pour la télévision depuis maintenant 20 ans sans avoir fait d’école, puisque j’ai fait mes études à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs, à Paris. J’ai occupé un peu tous les postes, monteur, caméraman, rédacteur, ensuite j’ai travaillé pour des magazines d’informations comme Envoyé Spécial, Capital ou Reportages sur TF1. Depuis une dizaine d’années je réalise des grands reportages principalement pour France Télévision : France 5 , France 2 ou France 3. Je travaille pour des thèmes de société ou d’histoire. Parallèlement j’écris des romans depuis 2015, date à laquelle est paru le premier tome de la série des « enquêtes de Victor Dauterive ». Le tome 3 est à paraître à l’automne 2017 et un quatrième roman sortira en janvier 2018, un polar contemporain d’un tout autre genre.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Je vais faire une réponse assez bateau, mais j’ai toujours écrit ou voulu écrire. A l’école, j’écrivais des feuilletons dans mes agendas. J’ai fait un premier roman vers 12 ou 13 ans, je l’ai même relié et illustré. C’était un mélange de Gulliver et d’un « conscrit de 1813 » de Erckman-Chatrian. Je me souviens avoir produit deux autres ébauches de romans par la suite. Lors de mon service militaire, je me suis lancé dans l’écriture de scénarios de long-métrage, que je n’ai jamais fait lire à personne. Ensuite j’ai beaucoup travaillé et mis en sourdine mes envies d’écriture (encore qu’en temps que journaliste on écrit beaucoup, mais pas de fiction). Je me suis remis à écrire sérieusement en 2004, c’est à ce moment qu’est née l’idée de faire une série de polar historiques sous la Révolution.

Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

J’ai lu énormément et de tout : Jules Vernes, Zola, Balzac, Maupassant, Dumas, tous les « j’ai lu leur aventure » avec la couverture bleue (pour les anciens), de la bande dessinée très classique avec Tintin et tous les Hergé (Jo, Zette, et Jocko) Gaston Lagaffe. Si je remonte plus en amont, j’étais un grand fan du « club des cinq », et j’aimais beaucoup aussi un auteur de polar très années 60, « Langelot agent secret », écrit par un très mystérieux lieutenant X.

Pouvez vous nous d’écrire votre série de romans policiers historique « Les enquêtes de Victor Dauterive » ?

Cette série est donc du roman policier historique. Le héros est un jeune officier de la gendarmerie nationale, aristocrate qui a renié sa particule et ses privilèges, et qui s’enthousiasme au service de la Révolution. Il est très jeune (19 ans), a fui son père qui le tyrannisait, et est entré au service de La Fayette, qui lui confie des missions secrètes, lesquelles l’amènent au cœur de la Révolution et de ses remous. Le principe c’est d’abord un vrai roman, avec des personnages qui doivent affronter une situation qui les oblige à évoluer, qui vivent des conflits, qui évoluent au contact de personnages secondaires eux-mêmes en mouvement. Un roman policier parce qu’il y a toujours soit une énigme criminelle, soit un danger qui plane sur le héros. Un roman policier historique enfin parce que la grande Histoire est toujours présente dans l’intrigue, avec toujours un événement significatif qui permet de plonger au cœur de la Révolution. Je n’oublie pas la petite histoire, avec des descriptions et des détails les plus précis possibles qui donnent une impression de réalité aux lecteurs. C’est un savant dosage, et j’espère que les gens apprécient. Enfin le dernier principe, c’est que chaque épisode peut se lire indépendamment les uns des autres.

Comment vous ai venu l’envie d’écrire cette série ?

Honnêtement je ne sais pas comment est née cette idée. J’ai toujours été passionné d’histoire et lorsque je me suis lancé dans conception de la série, je lisais beaucoup de Anne Perry et de juge Ti (celle de Van Gulik, je n’avais pas l’honneur de connaitre son digne successeur Fréderic Lenormand). Je me suis aperçu en travaillant sur le sujet, parce que j’étais moi-même dans ce cas, que la plupart des gens ignorent ce qui s’est vraiment passé pendant la Révolution. Il s’est passé trop de choses en trop peu de temps. Mon ambition, c’est donc de plonger le lecteur dans cet enchaînement à la fois incroyable et dramatique d’évènements. Pour l’instant l’année 1791 fait l’objet de 3 épisodes. Si les lecteurs continuent à me suivre, j’espère continuer sur le même rythme et plonger ainsi le lecteur presque dans le quotidien de la Révolution. Je voudrais vraiment qu’ils suivent l’évolution de Victor et des personnages qui l’entourent, mais aussi qu’ils comprennent comment par exemple on en est arrivé à la guerre puis à la terreur.

Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

J’essaye d’écrire tous les jours quand je suis dans l’écriture du roman proprement dite. J’essaye de tenir une moyenne de 3 page par jour. Le meilleur moment pour moi, c’est le matin, les idées de la veille ont mûri pendant la nuit, et si je me lance ça sort tout seul. Si j’ai trop de travail et que je ne peux pas écrire le matin, c’est le soir, pendant 2 ou 3 heures, mais je me trouve moins inspiré. Je travaille sur la base d’un synopsis que je travaille beaucoup, et qui décrit le livre par chapitres, environ 6 lignes par chapitre que je développe à l’écriture sur 20 pages maximum. La fin, je la connais toujours, par contre je laisse plus de liberté dans l’avancée du récit. Certains personnages imprévus s’invitent dans l’histoire. Ca a été le cas pour Olympe de Gouges, pour Fragonard, pour le petit Joseph (pour ceux qui ont lu). Quand à l’évolution des personnages, j’en ai toujours l’idée avant. Mais parfois à l’écriture, ce que j’avais prévu ne correspond pas à leur vérité du moment, je change donc. Par exemple l’imagine que tel personnage va entrer dans ne colère noire à la suite d’un échec. Eh bien au moment de l’écriture, qui doit être la vérité du livre, il me semble que non, le personnage sera juste très triste et ne dira rien, et ce sera mieux. C’est donc un mélange entre la maîtrise et l’improvisation. Ce que j’essaye de gommer et de fuir, c’est que le lecteur voit la main de l’auteur. Rien dans le livre ne doit être fait pour arranger l’auteur, pour lui permettre de faire un mot ou de créer une péripétie qui relance la tension. L’auteur doit être invisible, en tout cas c’est mon avis. Tout vient des personnages et de la situation.

Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Les deux ! Il y a à la fois les personnages de la série qui sont fictionnels, dont Victor. D’autres sont réels comme Olympe de Gouges. J’essaye de faire intervenir des personnages historiques comme La Fayette, Robespierre, etc… L’écueil est d’éviter le « name droping », c’est-à-dire semer les noms historiques sans que ces personnages ne jouent un vrai rôle dans l’histoire. S’ils parlent, c’est qu’ils ont ou auront un rôle dans l’intrigue. Sinon ce ne sont que des silhouettes.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de vos livres et leur parution ?

J’ai conçu le principe de la série en 2004, mais je n’avais aucune méthode d’écriture. Je me souviens que mon premier manuscrit devait faire environ 800 pages, sans interlignes ! Une dizaine de versions plus tard, je l’ai imprimé et envoyé à une quinzaine d’éditeurs. Bide total, nouvelle version, nouvelle impression et nouvel envoi. Re-bide total. Je me suis dit que je n’étais pas bon et j’ai écrit un autre roman policier contemporain, on devait être en 2013 à ce moment là. (finalement ce roman-là sera publié en janvier 2018). En 2014 j’ai repris la série Dauterive avec une autre histoire. Cette fois le manuscrit a été pris chez City Editions et il a été publié en octobre 2015. Il faut donc être très acharné, parce que dans ces périodes, il n’y a personne pour vous dire : continue mon gars, tu seras publié et ça va se vendre. Ce que j’ignorais aussi c’est que la parution d’un livre, c’est juste un début, et certainement pas un aboutissement.

Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Je n’ai reçu que des encouragements, à part quelques critiques que je prends comme des aides à l’amélioration de l’écriture. Rares sont les critiques de mauvaise foi, on sent pointer la jalousie du type qui peut-être, aurait bien aimé faire la même chose. Mais franchement travailler comme un esclave, les deux fesses collés à son fauteuil, et le cerveau dans un autre monde, c’est un vrai métier et c’est dur. Une lectrice m’a écrit pour m’expliquer que Gris-Poil (le cheval de Victor) avait des jambes et non des pattes, et qu’il dormait dans une écurie et dans non dans un étable. Ce qui m’a fait le plus plaisir c’est que beaucoup de gens ont vraiment aimé Victor Dauterive lui-même. Je ne m’y attendais pas, finalement un roman c’est d’abord ça, toujours ça : des personnages. Tout le reste ne compte pas tant que ça finalement.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

J’ai beaucoup de passions mais je n’ai pas de temps du tout. J’aime les choses toutes simples, qui sont partager du temps avec la famille et les amis, j’adore la musique mais je n’ai pas le temps d’en écouter et encore moins le temps d’en faire. Pareil pour le cinéma. J’aime les voyages mais pour l’instant, je n’ai pas beaucoup de temps pour tout ça. On me reproche de passer plus de temps à rêver et à écrire qu’à vivre.

Quels sont vos projets ?

De continuer à écrire. En mai 2017 « l’affaire des corps sans tête », premier tome, sort en format poche. Le tome 3 de Victor Dauterive sera publié à l’automne 2017. Début 2018 sortira un polar contemporain, j’espère que ce sera aussi une belle aventure.

Quels sont vos coups de coeur littéraires ?

Je n’ai pas l’esprit d’un fan, ce qui fait que j’aime beaucoup de choses différentes et j’aimerais avoir plus de temps pour lire. Le dernier auteur que j’ai découvert et qui pour moi est un maître, c’est CJ Sansom, un écossais qui a écrit les enquêtes de l’avocat Matthew Shardlake sous Henri VIII. J’ai eu un choc en lisant « la route » de Cormac McCarthy, j’ai pleuré à la fin. Dans le genre polar historique, j’essaye de lire un Jean d’Aillon par an (en été). Même chose avec Stephen King, un par an. Fan absolu de Simenon, je prends souvent ses livres pour en relire des passages, mais je peux faire ça avec Zola, Hugo, Molière, Labiche, n’importe qui. Globalement, je trouve que les anglo-saxons sont plus forts que nous pour le polar ou le thriller, un peu comme au cinéma. Ils sont plus carrés, plus rigoureux dans la documentation, moins approximatifs dans les retournements de situation, etc…  Vous Michael Crichton décrit une entreprise, on y est, pas de doute. Ce n’est pas toujours le cas chez certains confrère français. Ca se voit vraiment qu’ils ont jamais mis le pieds dans des entreprises ou chez les flics ! C’est peut-être ma formation de journaliste qui me pousse à dire ça.

Une bande son pour lire en toute sérénité vos romans ? A moins que le silence suffise ?

Je suis incapable d’écouter de la musique en écrivant. Je me souviens d’avoir écrit dans des aéroports entre deux vols, ce sont des endroits très sonores et perturbants et dans ces cas là, le cerveau se ferme à tout l’environnement. Si j’écoutais de la musique, je crois que ça aurait le même effet. Je peux parfois écouter certaines musiques d’époque, mais c’est à titre de documentation pour la série Dauterive. Par exemple écouter le « ça ira », chant révolutionnaire, peut donner une idée en fermant les yeux d’une foule qui chante cette chanson très violente, ça peut faire naitre des images.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

J’ai une page Facebook ainsi qu’un site Internet Les Enquêtes de Victor DAUTERIVE où on peut trouver beaucoup d’informations complémentaires et me contacter.

Merci Jean-Christophe PORTES d’avoir eu la gentillesse de répondre à mes questions.

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1 COMMENTAIRE

  1. Un grand merci à Jérôme et bien entendu à Jean-Christophe Portes pour cette interview très intéressante, très riches en renseignements sur la création du personnage de Victor Dauterive. Moi qui ai lu le second opus ( que l’auteur m’a très gentiment envoyé, ce dont je le remercie chaleureusement), j’apprécie beaucoup toutes les précisions concernant la période historique et l’intention de nous faire comprendre, à travers une intrigue policière palpitante, les tenants et les aboutissants d’une époque très floue, souvent très mal connue ( ce qui est mon cas) dont il est difficile d’appréhender les « dessous ». Je vais donc me précipiter chez mon libraire pour acheter le premier tome !!!

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