François-Xavier DILLARD : L’enfant dormira bientôt

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François-Xavier DILLARD : Prendre un enfant par la main
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Présentation Éditeur

Quoi de plus désarmant que de regarder un nouveau-né s’endormir dans vos bras… Mais êtes-vous certain qu’il se réveillera ?

L’homme remonte l’escalier de la cave. Il a la démarche saccadée d’un automate brisé et tient dans ses mains deux petits sacs-poubelles recouverts de cristaux de givre. La dernière vision qu’il aura avant de plonger dans le néant restera éternellement gravée dans sa mémoire : du sac noir a glissé une chose atroce, innommable.

Michel Béjart rêve d’une existence heureuse avec son fils Hadrien, mais tous deux ne guériront jamais du drame familial survenu quinze ans plus tôt. Une macabre découverte qui a brisé leur vie pour toujours. Michel essaie de se reconstruire au sein de la fondation Ange qu’il a créée pour la protection de l’enfance, et tente de surmonter son chagrin et sa culpabilité auprès d’une poupée  » reborn « , étrange bébé plus vrai que nature, qu’il chérit quotidiennement.

Un matin, la commissaire Jeanne Muller débarque à la Fondation. Des nouveau-nés ont été enlevés, et un vent de panique sou e sur les maternités parisiennes. Pourquoi Michel s’inquiète-t-il soudainement ? Les disparitions auraient-elles un lien avec la Fondation? En investiguant au coeur de cette institution tout entière tournée vers la parentalité, Jeanne ne tardera pas à comprendre ce que l’arrivée d’un enfant peut provoquer dans notre société, dans nos foyers et dans nos esprits. Le meilleur comme le pire…

Une histoire où personne n’est vraiment innocent, pas même les enfants…

Origine Flag-FRANCE
Éditions Plon
Date 23 septembre 2021
Pages 336
ISBN 9782259306485
Prix 19,00 €

L'avis de Cathie L.

L’Enfant dormira bientôt, septième roman de l’auteur, a été oublié par les éditions Plon en 2021, que je remercie au passage, ainsi que Babelio, grâce à qui j’ai été sélectionnée pour participer au programme de Masse Critique spéciale Plon. Bien qu’auteur de six romans, c’est avec cet opus que je découvre la plume de François-Xavier Dillard, qui déroule ses phrases bien construites, émaillées d’un vocabulaire riche et varié dans un style envoûtant, capable de revêtir diverses facettes en fonction du message à exprimer ou de l’effet recherché : tantôt direct, acerbe, avec un vocabulaire brut, criant la rage, la colère et la rancoeur :

« Ils ont tant d’amour à donner, un amour qui leur a été volé par cette salope de vie. Par un enfoiré de dealer qui avait fait de leur fille une junkie en quelques mois, par cette putain d’héro qui avait fini par l’emporter dans une surdose mortelle. » (Page 81)…

Restituant avec minutie des scènes de suspense, comme ce premier paragraphe :

« L’homme remonte l’escalier de la cave. Il a la démarche saccadée et chancelante d’un automate brisé. Chaque marche est un Everest à gravir, ses pieds sont chaussés de plomb, sa tête est en ébullition. » (Page 9)…

« Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Au moment où son père se retourne il aperçoit Valérie, les traits déformés par une colère immense, une folie destructrice. Sa femme qui, dans un éclair, lève son bras et lui brise une carafe de grès sur le crâne. Une douleur fulgurante traverse tout son corps et il laisse tomber son fils sur le sol. Il essaie de se défendre, de la repousser, mais ses membres ne lui répondent plus. Un voile noir envahit peu à peu son champ de vision. » (Page 12).

Petit bémol : intrigue alourdie par les trop nombreuses mini digressions qui émaillent le roman, noyant parfois le sujet principal sous des détails qui ne concernent pas l’histoire elle-même.

Construction : le roman se décline selon différents points de vue dans des chapitres courts, au rythme soutenu : les passages en italique à la troisième personne évoquent des bribes du passé de Michel, bien qu’on ne le comprenne que plus tard. Dans les passages racontés au présent et à la première personne, l’auteur donne la parole à Samia, jeune fille de 17 ans. D’autres, également au présent mais à la troisième personne, dans lesquels on suit l’histoire de Michel aujourd’hui et l’enquête menée par Jeanne, viennent s’intercaler. Ce jeu de poupées russes pousse le lecteur à tourner les pages fébrilement afin de savoir ce qu’il va se passer ensuite, dans un suspense savamment mis en scène.

Thèmes : la souffrance des enfants maltraités, les méandres de la procréation artificielle et de l’adoption, la difficulté pour certains couples d’avoir un enfant, les effets destructeurs parfois générés par la perte d’un enfant; mais aussi la prostitution des mineurs et l’enfer de la drogue. => Quelle réponse offre la société face à toutes ces dérives ? Comment protéger nos enfants des effets pervers de la société moderne, de l’avidité d’hommes et de femmes sans scrupules, pour qui la vie d’un être humain n’a que peu de poids face aux immenses profits générés par le crime organisé ??

La petite Aurore, âgée d’à peine un jour, disparaît de la maternité où sa mère, Juliette, l’a mise au monde après des années de galère pour tomber enceinte. La même nuit, un second nourrisson est enlevé dans une autre maternité.

Grâce à l’intervention de la commissaire Jeanne Muller, Samia, dix-sept ans, tente de reconstruire sa vie volée, détruite à l’âge de huit ans, chez un couple d’enseignants à la retraite, eux-mêmes traumatisés par un drame survenu deux ans plus tôt.

Michel, fondateur le la fondation Ange dont la mission est la protection de l’enfance et l’adoption, essaie de vivre une vie « normale » auprès de son fils Hadrien, qui a perdu l’usage de ses jambes dans un terrible accident de voiture quand il était enfant.

Mais le passé de Samia refait surface sous les traits de Marco, dealer et proxénète, avec qui elle avait un accord : son amie Jennifer et elle payaient un forfait pour se garantir leur protection et une relative indépendance. Marco ne leur imposait ni clients, ni rencontres, du moment qu’elles payaient. Seule Jeanne pourrait l’aider à s’affranchir de cette « dette ». Car Samia est bien décidée à se construire une vie loin de la drogue et de la prostitution.

Le point commun entre chacune de ces vies saccagées : les enfants pris en otage par des adultes malfaisants, des prédateurs prêts à tout pour assouvir leurs sombres penchants, leur désir de puissance et de gains rapides et conséquents, méprisant leur innocence et leur droit à grandir sereinement dans une famille aimante.

Second point commun: la commissaire Muller qui va mener l’enquête sur la disparition des nouveau-nés, tenter de sortir Samia du marasme dans lequel elle est engluée bien malgré elle, comprendre ce qui se passe chez Michel Béjart, président de la fondation Ange. Car le lien qui unit les deux mères des bébés disparus est qu’elles ont tenté d’adopter un enfant avant de tomber miraculeusement enceintes.

D’emblée, le lecteur est plongé dans l’horreur, sans préavis ni préparation psychologique. A la lecture des premières lignes, son sang se glace dans ses veines, mais il veut comprendre comment un tel drame a pu arriver. Alors, il suit l’auteur…

Le + : l’épaisseur du roman assuré par un subtil mélange d’allusions à des enquêtes précédentes : « Deux ans plus tôt, Jeanne s’était pourtant juré de ne pas revenir dans ces locaux. La dernière enquête qu’elle avait menée sur la disparition d’une adolescente l’avait conduite aux confins de la folie des hommes. » (Page 25)… Et un ancrage dans la réalité :

« Aussitôt qu’il pénètre dans le grand bureau lumineux, il s’approche d’elle et lui serre chaleureusement la main. Depuis le déconfinement, ils pouvaient enfin retrouver un semblant de civilité. » (Page 18).

Avec sa plume incisive et intelligente, l’auteur interroge notre société et la confronte directement à des questions cruciales qui ne devraient pas exister dans une civilisation dite « moderne » : prostitution des mineurs, maltraitance des enfants, personnes en mal d’enfants, le parcours du combattant de l’adoption. Quelles réponses apportées à ces insupportables dérives ?? Comment de telles ignominies sont-elles encore possibles ?Tristesse, résignation, révolte sont les trois axes de ce roman puissant, qui prend aux tripes, nous place face à notre responsabilité d’adultes devant l’innocence des enfants…

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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