Olivier NOREK : Territoires

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France

INFOS ÉDITEUR

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Parution aux éditions Michel Lafon le 9 Octobre 2014

Parution aux éditions Pocket le 8 octobre 2015

L’exécution, en une semaine, de trois caïds de la drogue, plonge l’équipe soudée du capitaine Coste, dans une surprenante guerre. Elle devra affronter des voyous sans état d’âme et des situations inquiétantes : un adolescent de 13 ans, chef de bande psychopathe, un adjoint au maire torturé à mort, la fille d’un élu sur laquelle on tire à la sortie de l’école…

(Source : Michel Lafon – Pages : 304 – ISBN : 9782749922126 – Prix : 18,95 €)

L’AVIS DE LUCIE MERVAL

Le prologue nous met directement dans l’ambiance. Première scène, un caïd surveillé par la Brigade des Stups (en planque) se fait arroser par un mec juché sur un scooter. C’était pas prévu au programme ça ! Deuxième scène, un homme est abattu dans un parking sous le regard de son fils. Et comme si cela ne suffisait pas, l’équipe de Coste est appelé sur une scène de crime. Un homme est retrouvé mort, torturé dans un box au coeur d’une cité sensible. Trois meurtres en une semaine, c’est une épidémie en ce début d’été ! De quoi compromettre les vacances de Coste qui lui permettraient d’approfondir sa relation amoureuse du moment…

Il s’avère que ces trois meurtres sont liés. Les trois victimes étaient les caïds qui tenaient la ville avec leurs trafics. Des visages connus des Stups qui d’un coup, viennent de perdre leurs repères. Une question se pose alors, le territoire va t’il sombrer dans le chaos ? Et qui avait intérêt à les éliminer ?

Il est intéressant de découvrir les relations entres les différents services : la SDPJ, les Stups, la Canine, le rôle du procureur de la République…D’apprendre comment sont attribuées les enquêtes entre les différents services. En l’occurrence, le cadavre découvert dans le box ne va pas être attribué à l’équipe de Coste mais au Groupe 2 de la SDPJ, en échange de quoi, le groupe de Coste va assurer la permanence durant deux semaines. De toute façon, Coste, les histoires de drogue, très peu pour lui. Lui, ce qui lui plaît, c’est l’humain ! Il ne va pas être déçu, les cadavres et les agressions vont s’accumuler dans la ville…

Encore une fois, l’auteur de « Code 93 » nous entraîne dans une intrigue haletante et très réaliste (La scène d’autopsie, on s’y croirait !) aux côtés de personnages attachants. J’aime cette équipe solidaire. Ils savent sourire de leurs petites déconvenues personnelles, se vannent régulièrement pour mieux désamorcer la pression, ils essayent tant bien que mal d’avoir une vie privée, ils peuvent ressentir de l’empathie pour certaines victimes…

Concernant l’intrigue, l’auteur nous montre à quel point le pouvoir peut parfois acheter la paix sociale. Pour éviter la guerre civile, pour donner de l’espoir, ne faut-il pas cadrer d’une manière ou d’une autre ? Cercle vicieux, sans doute…Magouilles, chantage, corruption, manière forte, barricades, opposition à la police…Autant d’éléments décrits dans le livre avec une cohérence et un réalisme qui font froid dans le dos…

N’hésitez pas à découvrir ce livre coup de poing, qui se lit d’une traite ! Mais oserez-vous arpenter ce territoire ?

L’AVIS DE PIERRE-MARC PANIGONI

Comment faire rentrer le lecteur directement dans un roman ? C’est facile : prenez 3 caïds du 93, faites les abattre dans le prologue et c’est parti.

Ça vous parait simple ?

Oui ça l’est assurément mais c’est diablement efficace.

C’est en effet ainsi que commence « Territoires ».

Un caïd dealant tranquillement se fait abattre par un tireur en scooter, et cela sous les yeux des stups. Peu après un père de famille est abattu dans sa voiture à la sortie d’un parking, puis un homme est retrouvé mort torturé dans un box de garage.

Rien de mieux pour enflammer une cité. Le capitaine Coste est alors chargé de l’enquête qui s’avère ne pas être simple car tout se complique exponentiellement quand on mêle des gamins désabusés (voire psychopathes), des retraités aux étranges habitudes, et des politiques magouilleurs.

Plusieurs points retiennent mon attention dans ce roman fort bien construit.

Tout d’abord, parlons du style proprement dit. Ce dernier est direct, efficace et sans fioritures. C’est très appréciable de ne pas passer par des détours ou des chausses trappes. J’aurais même tendance à dire que cela renforce la crédibilité du roman, aussi bien dans l’intrigue que dans la construction des personnages, mais pour nous y reviendrons plus tard.

Tant que nous parlons de la forme, parlons du rythme, car celui-ci est important. En effet, le rythme soutenu, voir très soutenu du récit permet de donner de l’ampleur au sentiment d’embrasement de la cité, mais sans jamais trop en faire, toujours pour semble-t-il garder cette efficacité.

Quand j’y réfléchis, ce style, au sens global, ne m’étonne pas car il me fait penser au style qu’ont les auteurs issus de la Police. À croire qu’il existe une école d’écriture au sein des commissariats. Tous maitrisent une chose importante : aller à l’essentiel pour être efficace.

Pour ce genre de roman c’est juste ce qu’il faut, et pour cela, c‘est un pari réussi pour Olivier Norek.

Nous venons de nous pencher sur la forme, passons sur le fond. Nous parlions à l’instant de crédibilité dans le récit, et même si le style aide à cela, le fond est essentiel. Si en débutant ce livre on ne sait pas que l’auteur est flic, on le devine assez vite. Pas seulement à cause de la maitrise parfaite des rouages inter-services, mais également par le contexte qui sent la poudre. Qui mieux qu’un flic de terrain peut décrire cet environnement et ces montées de tension ?

Je ne peux pas parler plus du fond et donc de l’intrigue car j’aurais peur d’en dire trop et de vous gâcher la surprise. Mais sachez juste une chose : tout fonctionne et tout est logique… de là à se dire que c’est ce qui se passe chez nous, il n’y a qu’un pas et je vous laisserai le faire…

Quand nous parlions de crédibilité, j’ai évoqué les personnages. Ils sont tous bien calibrés par rapport à leurs fonctions dans le récit et ils sont normaux. Nous n’avons pas de super flics, pas de méchants surréalistes, des retraités avec des vies très classiques (au moins en apparence).

En résumé, nous avons des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses, leur humour (ou pas). Tous sont vraiment attachants, sauf bien évidemment la bande de gamins totalement désorientés menée par le déjanté Bibz qui a réussi à me faire regarder mon micro-ondes différemment… très différemment même…

Pour finir, je dirai que j’ai passé un excellent moment à arpenter les territoires proposés par Olivier Norek, et c’est un livre que je recommande vivement.

L’AVIS DE MURIEL LEROY

Dans ce livre, on retrouve les personnages de Code 93, portant sur la banlieue de Seine Saint Denis.

Olivier NOREK, dans ce deuxième opus reprend les personnages de Code 93, on y suit les péripéties de ce commissariat de Malceny, ville fictive pour éviter trop de ressemblance avec la réalité. Les héros de ce livre, toujours aussi attachants, solidaires, sont là encore confrontés à des problèmes politico-judiciaire avec pour toile de fond le trafic de drogue dans la banlieue.

Une guerre des gangs fait rage autour de la drogue. Nous aurions pu nous attendre à un livre portant sur de simples règlements de compte entre caids de banlieue mais il n’en est rien. Dans ce récit se joue autre chose de bien différent, tout comme dans le précédent opus, un enjeu bien plus grand, plus terrifiant encore, la Politique.

L’argent et le pouvoir sont là dénoncés par Olivier Norek, qui raconte son expérience de flic du 93. A la lecture du livre on peut se demander comment l’auteur fait pour ne pas être totalement désabusé par sa profession. Personnellement, j’ai là maintenant un regard tout différent sur ce qui se passe vraiment en banlieue et sur la profession de Flic, un sacerdoce lourd à porter de nos jours !

Croire en la justice oui mais pour qui, pourquoi ? Croire en nos Politiques ? Difficile de nos jours tellement l’appât du gain et du pouvoir, qui vont de pair, semblent être leur seule motivation !

C’est un véritable échiquier où chacun joue avec l’autre tout en protégeant ses intérêts, les victimes étant la population, la police qui sert de fusible, et les trafiquants en bas de l’échelle.

Le style d’Olivier Norek est rapide et efficace et rend bien l’atmosphère qui règne en banlieue avec ce sentiment d’insécurité. Il n’épargne personne, c’est là un livre sans concession, où seules la Police et les victimes sont sympathiques…Nous sommes loin des clichés, il n’y a pas les bons flics d’un côté et les méchants caïds de l’autre. Chacun cherche juste à trouver sa place dans ce monde totalement désenchanté où seule la misère et l’exclusion règnent. Cependant un fossé se creuse entre la jeunesse des années 80, et d’avant, et celle d’aujourd’hui où les enfants de cité sont parfois durs et cruels notamment BLIZ, qu’on ne peut trouver sympathique, malgré son passé !  Mais il est une exception dans ce livre, les autres étant juste des suiveurs, ayant une conscience du bien et du mal !
Au-delà donc de l’enjeu du pouvoir et de l’argent, ce livre nous parle de la réalité des Cités, encadrées par un leadeur. Au sein de la cité même une certaine politique se met en place, avec une hiérarchie mais les élections ne se font pas par les urnes mais dans le sang…

La première partie est un bain de sang ou se jouxtent bureaucratie, violence et pouvoir et dans la seconde c’est une forme de rébellion où la violence touche la police de plein fouet et où tout se retourne contre le responsable du bazar ambiant. On vibre avec les personnages non sans peur de ce qui pourrait arriver à nos héros et plus spécialement au Capitaine Coste, tête brûlée de la Police mais qui veut croire encore au système judiciaire.
Ce livre est la une belle leçon d’humanité et de solidarité entre membres d’un même Corpus mais nous montre aussi la dure réalité des banlieues et de la Politique et du Pouvoir…

Comment croire encore à quelque chose dans ce monde où tout n’est que cynisme et illusion, heureusement il nous reste encore des gens comme Olivier Norek pour nous prouver qu’on peut faire ce métier et y croire encore ! Donc là encore je dis bravo Olivier et continuez à nous faire des romans qui nous éclairent sur le monde dans lequel on vit, même s’il est désenchanté !

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