Michaël MENTION : Jeudi noir

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France

INFOS ÉDITEUR

Michael MENTION - Jeudi noir
Jeudi noir

Parution aux éditions Ombres Noires en novembre 2014

Parution aux éditions J’ai Lu le 16 mars 2016

« Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d’émotions que la demi-finale perdue de Séville. » Michel Platini

8 juillet 1982, Séville. Coupe du monde de football, demi-finale France-R.F.A.

L’ambition contre l’expérience. L’espoir porté par Mitterrand contre le fatalisme du mur de Berlin. Et pour les deux équipes, une même obsession: gagner sa place en finale.

Face aux puissants Allemands, Platini, Rocheteau, Giresse… une équipe de France redoutable. mais le pire s’invite : les coups pleuvent, le sport devient guerre, et la mort arbitre.

Pour la première fois, le match mythique vécu en direct, sur le terrain. Une expérience radicale, entre exaltation et violence.

France-R.F.A 82: un match, une victime, une vengeance.

(Source : Ombres Noires – Pages : 190 – ISBN : 9782081348295 – Prix : 17,00 €)

L’AVIS DE PIERRE-MARC PANIGONI

Faire d’un match de football un roman noir. C’est une idée assez originale et un sacré défi. Mais quand on voit que le match en question, est « le » match, le match qui a traumatisé toute une génération, on se dit pourquoi pas d’autant plus quand on sait que pour Michel Platini « Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d’émotions que la demi-finale perdue de Séville. »

J’étais trop jeune à l’époque pour la voir et donc m’en souvenir, mais le récit que l’auteur nous propose ici me parait assez juste et révélateur de l’esprit qu’il pouvait y avoir dans le stade de Séville ce fameux jeudi 8 juillet 1982.

Le roman est entièrement écrit à la 1ere personne ce qui nous permet de faire partie prenante de l’action en cours. Quel joueur sommes-nous ? Nous ne le saurons jamais, et cela n’est qu’un détail. Nous sommes grâce à ce joueur fictif acteur et témoin.

Acteur, car nous sommes dans le match, nous participons au match et grâce à cela nous sentons toute la tension qui monte au fil des minutes, nous sentons tous les états par lesquels les 22 joueurs sont passés.

Témoin, car nous voyons tout ce qu’il se passe entre les joueurs d’un même camp, entre les joueurs des 2 camps, avec l’arbitre et également témoin de la foule électrique faisant monter la tension, et bien témoin de l’attentat historique de la 56e minute ayant contribué à l’Histoire avec un grand H, car tout ce qu’il s’est passé durant ce match a eu des répercussions dans la politique de nos pays, car pour apaiser les nations suite à ce match, il a fallu les interventions d’Elmut Khol et de François Mitterrand.

Cependant, il ne faut pas réduire ce roman à la réécriture d’un match de football, même autant inclassable qu’il est. Ce roman est un roman avec une tension permanente, et qui monte de minute en minute. Habituellement, nous avons un compte à rebours en se disant « vont-ils arriver à couper le fil rouge avant que la minuterie soit à 0 ? », là c’est le contraire… On se dit « vont-ils réussir avant la 90e minute ? Avant la 120e minute ? »

Michael Mention manipule son récit de sorte qu’on passe d’un documentaire à un roman noir puis à un drame psychologique. En effet tout n’est pas question de football dans ce récit.

Il faut regarder le contexte, et là encore l’auteur utilise ces données conjoncturelles à merveille, car il ne faut pas oublier qu’en 1982 l’environnement économique n’est pas au mieux, le milieu politique est compliqué, sans parler de l’histoire de nos 2 nations qui est assez tumultueuse.

Tout ce contexte refait surface au fur et à mesure que le temps passe, toutes les émotions vécues sont ressenties comme des résurgences historiques, économiques et politiques, jusqu’au moment où l’idée de la présence d’un collabo dans l’équipe apparait… et là on se dit que oui malgré les apparences, l’Allemagne et la France auront toujours une relation difficile.

Pour renforcer ce sentiment de pression montante, l’auteur nous propose à chaque début de chapitre un titre de rock parfaitement adapté aux quelques minutes qui vont suivre et ceci est fort agréable.

J’ai donc bien aimé ce roman, mais ayant fréquenté assidûment les stades durant de longues années je fais partie d’un public gagné d’avance. Je crains cependant que si vous n’êtes pas un minimum footeux, vous ne soyez pas tenté par ce roman et/ou qu’il ne vous accroche pas.

Sur ces bonnes paroles, je vais regarder ce fameux match dont je m’aperçois que je n’ai vu à ce jour que quelques extraits…

L’AVIS DE LAETITIA

France-RFA 82.

Parait que c’était un match de foot, une demi-finale de coupe du monde.

  • Petit 1 : 1982, j’avais 7 ans. Je devais jouer avec mon Kiki de tous les Kikis.
  • Petit 2 : 2014, j’ai 39 ans et je continue de jouer avec mon… non, pardon, je voulais dire que je ne regarde pas plus les matchs de foot à la télévision surtout que je n’en ai pas… de télévision.

Alors pourquoi j’ai tant et tant apprécié ce bouquin qui retrace un match de foot de la première à la dernière ligne ?

«  Je vacille, me rattrape contre un panneau Gilette. Marre des pubs. Les objectifs me mitraillent. Marre des photos. Et les autres, qui continuent de se taper sur la gueule. Marre des cons. Nausée. Remontée gastrique. Revival pâtes au beurre. Leur acidité me ronge le palais, qui fond sur ma langue et le reste suit. Mon visage me coule par les sinus ; je rétrécis et me tasse jusqu’au sol. Accroupi, j’essaie de me ressaisir. Des tribunes voltigent une casquette, des canettes et un objet. »

Déjà, quand tu as lu ce passage, tu comprends que ceci explique cela. Une plume qui cisaille le papier grave ! Tu ne peux pas nier que cet auteur là, il détient le pouvoir absolu des mots qui complotent  pour t’assujettir et te rendre addict.

Kiffer un bouquin qui cause foot, non mais tu t’rends pas bien compte !

Une fois mise de côté cette écriture maîtrisée, tu serais en droit de demander « et le fond alors ? ».

Une plongée dans les années 80 « Revival » comme il dit.

A chaque avancée de ce match sous tension, à chaque action qui se veut plus ou moins dramatique, à chaque souffle retenu par le public, l’auteur nous immerge dans cette époque Mitterrandienne, cette période si pleine d’espoir. Politique sociale, politique économique, l’Europe, l’Allemagne, les résidus du nazisme, … Michaël Mention déborde, appuie sur les plaies à peine refermées. Une faute non sanctionnée sur le terrain et c’est la France entière qui se sent bafouée. Un tacle des allemands et c’est L’Europe qui est insultée. Et tous ces (re)sentiments se déversent hors du terrain pour mieux nous heurter.

Bref. C’est noir, c’est bon.
Y a pas à disserter des plombes.
Lis-le.

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3 Commentaires

  1. J’ai eu l’occasion de rencontrer Michaël Mention à Noir sur la Ville cette année, pour lui demander de me dédicacer « Le fils de Sam ». On a brièvement parlé de celui-ci, pour lequel il m’a dit la même chose que toi : si tu n’es pas un minimum footeux, ça n’accrochera pas. Contente de voir que tu partages son avis, une bien belle chronique pour ce fait marquant de l’histoire du sport 😉

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