Angela MARSONS : Série Kim Stone – 02 – Nos monstres

0
122
Angela MARSONS : Série Kim Stone - 02 - Nos monstres
-

Présentation Éditeur

Brutal, addictif et extrêmement brillant, un thriller psychologique d’envergure qui fouille les recoins les plus sombres de l’âme humaine, à la recherche de ces monstres qui nous habitent.

Un homme est retrouvé mort à la sortie d’un pub des Midlands, son corps lacéré de coups de couteau. Un ex-taulard, condamné pour viol. Chargée de l’affaire, l’inspectrice Kim Stone débusque rapidement la coupable : Ruth, une ancienne victime. Simple vengeance ? Sauf que quelque chose ne colle pas.

Pour comprendre les raisons de ce passage à l’acte, la policière se tourne vers Alex Thorne, une psychiatre reconnue qui suivait Ruth depuis des mois.

Dès lors, leurs chemins n’en finissent plus de se croiser. D’autres meurtres vengeurs, sauvages, d’autres assassins aux profils inattendus, avec un lien en commun : Alex Thorne.

Que se passe-t-il dans le cabinet du Dr Thorne ? Quelle thérapie propose-t-elle à ses patients ? Et pourquoi Kim se sent-elle menacée par cette psychiatre qui semble si bien la connaître ?

Origine Flag-ROYAUME-UNI
Éditions Belfond
Date 3 juin 2021
Traduction Laureline CHAPLAIN
Pages 400
ISBN 9782714482167
Prix 21,00 €

L'avis de Léa D.

Une nouvelle enquête se présente pour Kim Stone et son équipe. Cette fois-ci, il s’agit d’un homme poignardé à mort. Cet homme venait tout juste de sortir de prison après une condamnation suite à une agression sexuelle violente. Tout les indices semblent accuser la personne qu’il a agressé. Et si cette jeune femme avait décidée de se venger ? Au cours de cette enquête, Kim Stone va faire la connaissance d’Alexandra Thorne, une psychiatre aux méthodes peu orthodoxes. Au fur et à mesure, l’instinct de Kim va la mettre en garde contre Alexandra Thorne…

J’avais apprécié Le pensionnat des innocentes, le premier volume des aventures de Kim Stone, j’étais donc curieuse de la retrouver dans Nos monstres !

Nous sommes plongés dans l’action dès le début. Nous connaissons déjà Kim Stone et son équipe, mais nous découvrons ici Alexandra Thorne. Nous sommes au courant que la psychiatre est louche, qu’elle joue sur l’esprit fragilisé de certains de ses patients… Nous le savons, mais le plaisir sera de voir son évolution, comment elle va se confronter à Kim et comment elle joue avec ses patients dans un but trouble au début mais qui va se dévoiler au fur et à mesure.

J’ai retrouvé Kim Stone avec plaisir : elle réussit à évoluer depuis Le pensionnat des innocentes. Elle reste quelqu’un de renfermé, de piquant, elle se confie peu… Mais elle évolue, malgré tout ! Dans Nos monstres, elle réussit à s’ouvrir légèrement, à faire confiance à d’autres personnes. On découvre également un peu plus son passé, que ce soit avec sa mère ou avec son frère. Kim est un personnage attachant malgré son côté parfois revêche, et je suis pressée de la retrouver !

Du côté de l’intrigue proprement dite, on sait à quoi s’attendre avec Alexandra Thorne, mais c’est surtout le chemin parcouru pour la dénoncer qui est intéressant. On s’intéresse aussi un peu plus les membres de l’équipe de Kim Stone, et j’espère qu’ils seront encore plus mis en avant par la suite.

Que ce soit Le pensionnat des innocentes ou Nos monstres, j’ai apprécié ma lecture, et je recommande ces enquêtes ! Ce ne sont pas de « grands » romans policiers, mais des lectures intéressantes et addictives qui m’ont fait passer un bon moment.

Merci à Belfond !

L'avis de Cathie L.

Nos monstres, Evil Games dans la version originale parue en , a été publié en 2021 par les éditions Belfond. Le style est brut de décoffrage, caractérisé par un vocabulaire et une syntaxe sculptés dans la pierre des mots :

« Elle s’essuie les mains sur un torchon qui traîne par là et, dressée de toute sa hauteur, se campe devant le nouveau venu. Ils font presque la même taille. Une main sur la hanche, elle glisse instinctivement l’autre dans ses cheveux noirs ébouriffés. C’est un rituel avant chaque bataille. Bryant y est habitué. -Qu’est-ce que tu veux ? . Bryant évite prudemment les pièces détachées de moto éparpillées au sol. » (Page 15)…

Et des dialogues à l’emporte-pièce qui donnent au roman une touche de dérision, allégeant un peu l’atmosphère:

« Il lui tend une tasse de café avant de s’appuyer contre l’établi. -J’ai vu que tu t’étais remise à la pâtisserie ? -Tu en as pris un ? -Il s’esclaffe. -Non, sans façon. Je tiens à ma vie, et je n’avale rien que je ne puisse identifier. On dirait des mines afghanes. -Ce sont des biscuits. » (Page 18)

Un humour dans la même veine, des formules grinçantes, un souffle revigorant décoiffe le lecteur :

« Bryant tire un paquet de pastilles contre la toux de la poche de sa veste. Il lui en propose une, qu’elle refuse. -Tu devrais vraiment te sevrer de ces cochonneries, dit-elle, assaillie par l’odeur de menthe. Bryant y est accro depuis qu’il a arrêté de fumer quarante cigarettes par jour. -Ca m’aide à réfléchir. -Dans ce cas, prends-en deux. » (Page 53)…

« Bryant pousse un soupir. -C’est peut-être un coup des lutins. -Quoi ? Il rapporte deux tasses à la machine à café. -Superstition de mineurs. Quand un lutin s’énerve, il cache les outils, vole les bougies, surgit derrière des monticules de charbon, bref, emmerde tout le monde. Personne n’en a jamais vu, mais dans les mines, on croit dur comme fer à leur existence. -Merci pour l’info. On n’a plus qu’à chercher la jumelle maléfique de Clochette. » (Pages 92-93)

Thèmes : mères malfaisantes (Wendy Dunn, mère de Kim) ; enfants maltraités ; enfants et femmes violentées.

Un homme est retrouvé mort dans une ruelle, poignardé de plusieurs coups de couteau à l’abdomen. Il s’agit d’un ancien taulard, condamné pour avoir violé sauvagement et tabassé une jeune femme qu’il avait laissée pour morte mais qui a survécu.

Deux jours plus tard, l’inspectrice Kim et son équipe identifient et arrêtent la meurtrière: Ruth, celle-là même pour laquelle il a été condamné. Comme dit Kim : victime + coupable = fin de l’enquête. Mais les choses ne sont pas si simples.

Le superintendant demande à Kim d’approfondir le dossier qui doit être en béton armé s’ils veulent que la coupable soit condamnée. Le moindre vice de procédure, la moindre faille permettrait à un bon avocat de s’engouffrer dans la brèche et de la faire acquitter.

Lorsque Kim reprend les éléments du dossier, elle constate rapidement que quelque chose ne colle pas. Pourquoi Ruth est-elle passée à l’acte maintenant? Simple vengeance? Dans ce cas, pourquoi s’être acharnée sur le corps d’Alan Harris alors que le premier coup de couteau était fatal ? Pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé Kim et Bryant s’adressent à Alexandra Thorne, la psychiatre qui suivait Ruth avant le meurtre.

Kim, qui ne s’est pas laissée embobiner par le charme du médecin, est mise en alerte par des détails qui la dérangent. Dès lors, un combat acharné s’engagent entre les deux femmes, menant Kim au bord de l’implosion et faisant resurgir les blessures de son passé. S’en sortira-t-elle indemne ? Réussira-t-elle à prouver la responsabilité d’Alexandra ?

Black Country : l’intrigue se déroule dans une région que les Anglais appellent « le pays noir », vaste zone des Midlands de l’Ouest située au nord et à l’ouest de Birmingham, dans le sud du bassin de Staffordshire. A la fin du 19e siècle, cette zone est devenue l’une des plus intensément industrialisées d’Angleterre. En effet, l’exploitation à outrance des mines de charbon, du coke, l’utilisation du charbon local pour alimenter les fours des nombreuses aciéries et fonderies de fer ont produit un très haut niveau de pollution de l’air rarement égalé dans le reste du monde. L’auteur, qui connaît très bien cette région, la décrit comme se caractérisant par un taux de chômage « si élevé qu’il atteint la troisième position à l’échelle du pays. La région ne s’est jamais vraiment remise du déclin de l’industrie du charbon et de l’acier qui prospérait à l’époque victorienne. » (Page 21). => Un contexte social particulier, propre à imaginer des intrigues policières.

Scène de crime : description précise, on imagine facilement l’endroit : « La voie rapide de Thorns road constitue un tronçon de l’axe principal entre Lye et Dudley. Sur un côté de la chaussée, il y a un parc et des habitations; sur l’autre, un gymnase, une école et un pub, The Thorns… Une longue enfilade de maisons mitoyennes se profile jusqu’à Amblecote, un des plus beaux quartiers de Brierley Hill. A gauche du sentier, des agents de la police scientifique piétinent un terrain vague envahi de mauvaises herbes et de crottes de chien. » (Pages 47-48)

Halesowen : côté authentique du roman, l’unité de police pour laquelle travaillent Kim et son équipe. Angela Marsons précise qu’elle « est la plus importante du pays après celle de Londres », et qu’elle « emploie plus de onze mille agents. Leur zone d’intervention, divisée en dix postes de police locaux, s’étend sur Birmingham, Coventry, Wolverhampton et le Black Country. Dépendant de Dudley, Halesowen fait partie des quatre postes de police sous l’autorité de surintendant en chef Young. Ce n’est pas le plus grand du lot, mais Kim s’y plaît plus que nulle part ailleurs » (Page 32) => Et tout à coup, les personnages de cette histoire deviennent des personnes réelles, qui travaillent dans des lieux réels, conférant un impact plus direct, plus marquant sur le lecteur qui peut s’impliquer dans le récit.

En conclusion :

Parmi tous les romans policiers que je lis dans une année, quels sont les critères qui font qu’un polar retienne plus particulièrement mon intérêt et qui me donne envie de le lire jusqu’au bout ? Je dirai en premier lieu la psychologie des personnages, leurs motivations, leurs ressentis, leurs émotions, tout ce qui les rend plus proches de nous, qui en fait des êtres humains et non pas des figures de papier. Angela Marsons s’attache à expliquer l’impact des crimes sur les victimes, mais également le poids d’une enquête criminelle sur les enquêteurs, donnée primordiale si l’on veut comprendre les ressorts des investigations policières ; ne jamais oublier qu’ils sont avant tout des êtres humains et non pas des super-héros capables de tout voir et de tout encaisser : « Cette enquête les a hantés à toute heure du jour et de la nuit, qu’ils soient au travail ou en repos. Après tout le calvaire de ces petites filles innocentes, toujours captives de leur père, ne cessait pas en dehors des heures de service. Chaque minute qui n’était pas consacrée à faire avancer l’enquête faisait durer leur supplice, et cette pensée suffisait pour qu’aucun agent ne compte ses heures supplémentaires. » (Page 34).

De là découle la question morale intrinsèque à toute enquête criminelle: comment enquêter sur l’assassinat d’un homme qui a commis des actes irréparables, comme Alan Harris qui a sauvagement violé Ruth Willis ? Comment ne pas se féliciter des coups de couteaux qui l’ont envoyé ad patres ? Comment se montrer impartial et faire oeuvre de justice, qu’elle que soit la victime : « -Je comprends, seulement on n’a pas le luxe d’enquêter uniquement sur les meurtres des bons et des vertueux. -Mais comment veux-tu donner le meilleur de toi-même pour uhne sous-merde pareille? réplique-t-il en se tournant vers elle. Elle n’aime pas la tournure que prend cette conversation. -C’est notre boulot, Bryant. Tu n’as pas signé de clause qui t’autorisait à sélectionner les personnes que tu protèges. On applique la loi, et celle loi s’applique à tout le monde. » (Page 74).

Le + : Angela Marsons excelle dans son analyse minutieuse du ressenti d’un tueur en puissance, de ce qui motive sa rage, son besoin de détruire, non pour absoudre mais pour comprendre ; son propos est de chercher à comprendre afin de proposer une solution à la société qui, dans la plupart des cas, ne sait pas quoi faire avec les tueurs en série, les sociopathes, d’où l’importance de développer la psychologie comportementale et de former les agents : « Ce n’est pas la saleté sur son corps qui le dérange. C’est la souillure à l’intérieur. Son passé a pourri toutes ses cellules. Souvent, il s’imagine ôter ses membres et les laver à tour de rôle dans de l’eau savonneuse. Il frotterait bien avant de les remettre en place, tout beaux tout neufs…Mais le souvenir du membre de son oncle s’enfonçant en lui ne le quittera jamais, pas plus que la nausée qu’il ressent chaque fois qu’il songe aux caresses dans ses cheveux et aux paroles d’encouragement intimes qui accompagnaient l’acte. Les mots tendres chuchotés étaient pires que le viol. » (Page 124)… Sans oublier les victimes…

Nos Monstres, dont l’intrigue complexe offre des fils qui partent dans plusieurs directions pour finalement se rejoindre sur un point de vue, celui des victimes d’actes irréparables, est un roman puissant, dont la lecture ne peut laisser indifférent tant avec des mots simples son auteur met le doigt sur des questionnements sensibles mais cruciaux. Tant il est vrai que, finalement, la société dite moderne se retrouve désarmée face à des crimes qu’elle ne peut et ne veut comprendre. Juger et punir pour éviter qu’ils se reproduisent, certes, est une démarche tout à fait louable. Mais est-ce suffisant ? Ne faut-il pas pénétrer plus avant dans le psychisme des tueurs afin de mieux saisir ce qui les motive, ce qui les a conditionnés ? Traiter le mal à la racine, telle pourrait être une solution plus envisageable sur le long terme. Nos Monstres pose la question. Y réfléchir est déjà un premier pas…

Partagez votre lecture dans les commentaires !

Advertisement
Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.