Sylvie COHEN : La splendeur des égarés

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France
Sylvie COHEN - La splendeur des egares
La splendeur des égarés

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Août 2000, Rome. Sur la Piazza del Popolo, un adolescent s’immole par le feu. Sa mère se retranche dans le déni. Elle croise Nathan, qui tente de la ramener à la réalité mais rien n’y fait : elle se lance à la recherche de son fils. Un an plus tard, c’est au tour de Nathan de perdre sa fille dans un accident. Il décide alors de retrouver la mystérieuse femme. Comment affronter le moment terrifiant où tous les repères s’évanouissent, où tout n’est que violence et chaos ?

Laurent FABRE

La splendeur des Egarés de Sylvie Cohen est un roman puissant sur la contemplation des âmes perdues mais pas que…

La stupéfaction et l’effroi causé par la perte brutale d’un enfant unique, l’incompréhension totale, l’impuissance à endiguer la douleur et le chagrin qui surviennent alors inévtiablement, ces moments de solitude absolue contre laquelle rien ne peut s’opposer ni proposer, les mains tendues sont repoussées, les regards sont lourds de tristesse, la peine incommensurable, la vie est un cruel jeu du destin et de la vérité, le cauchemar ne fait que commencer et prendra une place prépondérante dans l’échafaud mental qui menace de s’effondrer définivitement, plus de place pour l’espoir, les désillusions se succèdent dans un ballet infernal et incessant, déni, culpabilité, l’enfer c’est les autres, tout finit maintenant, que reste-t-il alors à sauver ou à croire ? Que reste-t-il de nos rêves d’antan et des possibles dans cette existence qui a pris un virage à … 360 degrés, qu’allons-nous devenir ?
Pour Helena, elle ne peut que contempler les ruines d’une vie réduite à néant, la vie donne, la vie prend et pourtant, au fond infinitesimal, il existe peut-être, subsiste possiblement un brin, une once d’une toute petite étincelle …
Et si son seul enfant n’était pas celui qu’on a voulu bien lui faire croire ?

Il s’agit du premier roman que je lis de cette auteure, La Splendeur des Egarés est déjà son septième, je remercie infiniment les éditions Les Chemins du Hasard pour cet envoi.
A partir d’un titre qui prend une dimension grandissante au fil de la lecture, je comprends mieux à quel point cette longue descente aux enfers, cette perdition dans les profondeurs des entrailles de la fissure mentale de ses personnes principaux, il ne s’agit plus seulement de savoir comment tout cela va se terminer mais quand, que peut-on encore imaginer et espérer quand on atteint ses limites, repousser l’échéance, se laisser envahir par des idées noires et limite acceptables, perte des acquis, engloutissement des rêves, la brutalité et la violence d’une société qui ne comprend pas, qui ne veut pas comprendre ce qui est viscéralement en jeu, certaines personnes sont des figurants et des marionnettes manipulées, des bourreaux en puissance, sans foi ni noi, fausse empathie compassionnelle, les épreuves seront d’autant plus terribles que le sort va continuer à s’acharner sur le destin des protagonistes.

Une plume qui m’a complètement envoûté, un roman qui joue à l’économie des mots, un roman littéraire qui va vous retourner et donner un effet tonitruant et imprègnera longtemps votre conscience, vous remuer le coeur jusqu’à la viscosité, des moments fugaces d’une telle intensité dramatique, d’une brillante complainte dans la disparition de l’autre, dans cette absence causée par l’absolue déchéance, dans ce vide existentielle, il faut l’avoir vécu pour le comprendre, cette formule « toutes mes condoléances » n’a pas de sens dans d’autres circonstances, pourtant le ton ne se veut pas misérabiliste, ni sensiblerie, il y a une justesse dans la description de ces êtres détruits, dévastés par la perte, les larmes ne suffisent même plus, les membres sont tétanisés, figés par une souffrance extrême, aiguë jusqu’au bord de l’abîme, d’un puit sans fond. Un voyage au bout de la folie la plus noire et la plus sombre, aux confins des rêves et des illusions perdues.

En me penchant sur ses précédents romans, à travers les articles relatant les principales thématiques abordées afin de mieux saisir son univers et ses objectifs recherchés, le portrait réaliste de ces âmes en quête d’identité, à la recherche du temps perdu, à retrouver ces moments heureux et innocents, à soulager le poids de la culpabilité et des choix, la fatalité, le poids du passé et de ces fantômes qui tournent sans cesse dans l’esprit égaré des vivants meurtris, blessés par des traumatismes violents et incandescents.
Un suspense qui s’installera au fil des pérégrinations d’un des personnages principaux, savamment distillé, il s’ensuiera une valse de doutes et d’incertitudes jusqu’aux dernières pages, c’est un roman protéiforme et c’est ce qui fait une de ses forces, sa capacité à pouvoir toucher tous les points de vue et les chutes possibles dans sa dernière interprétation, comme le silence règne dans ces échanges chargés des non-dits et des regards qui en disent plus long que les mots.

De ces minutes interminables magnifiées par cette écriture qui résonne au fond de l’iris, des chants du cygne, des sons mélancoliques, des horizons nostalgiques, c’est âpre, intensément poignant et éprouvant pour les coeurs les plus sensibles, la vraie vie ne fait pas de cadeaux, une danse et hymne à la vie qui prennent forme dans le substitut et la possible rédemption vers une nouvelle voie, une route inattendue, quand la folie se permet des écarts et des subterfuges quand on ne s’y attend plus, des jeux de miroir alternent des sentiers improbables et transgressifs, la route est longue pour les protagonistes avant de parvenir au bout du chemin, si chemin il demeure et dans quel état pourront-t-il espérer vivre le reste de leur « deuxième » existence ? Comment se reconstruire ?

Une révolte de tous les instants, une psychanalyse brillante dans les affres et les cicatrices purulentes, des bleues à l’âme indélébile, des vasques embryonnaires en morceaux irréversiblement ébréchées, des peines déchirées et irréversiblement engluées dans le subconscient, des corps chevillés aux strates marbrés, c’est un roman puissant sur la dérive et l’incertitude dans son plus grand délabrement psychologique, c’est émouvant, une sensation d’étouffement qui ne cesse de prendre le lecteur à la gorge, une compassion graduelle de ces personnages au bord de l’évanouissement permanent, du chaos du temps qui passe à vitesse ralentie, une enquête qui va chercher à démêler le vrai du faux, espoir et désillusion, sentiments d’une vie meilleure à l’éphémère désanchantement, tout est possible dans cette narration qui navigue en eaux troubles et une fin énigmatique, tous les espoirs sont permis, des portes fermées et ouvertes, comment les protagonistes de cette histoire trouveront-ils la clé ?

Une puissance narrative, une intrigue qui m’a happé avec cette forme dialoguée qui m’a littéralement fait pénétrer dans cette histoire à plusieurs virages, des personnages sidérant de réalisme dans les affres de leur cassure et de leurs plaies à vif, une très belle découverte d’une auteure qui m’a subjugué par l’ampleur de sa voix, de sa capacité à puiser au plus profond de l’entité humaine, dans ces couches les plus imperméables et d’une opacité à toujours vouloir effeuiller puis progressivement les découvrir, les sonder afin de mieux explorer cette part d’humanité qui souffre, qui pleure, qui cherche à donner un sens à sa propre vie, qui espère voir évoluer des manifestations d’égards à défaut d’optimisme et de pardon, dans l’absolution et la rédemption.

Par moment, c’est comme le jeu de l’absurde et de la déraison, une forme narrative théâtralisée, vous comprendra pourquoi à la lecture des titres de parties qui fractionne le récit, je vous laisse le soin de les découvrir et d’en percevoir une définition dans sa figure stylistique, à la lumière de l’effet recherché, dans cette quête éperdue et désespérée qui sonne comme le glas d’une période révolue et pourtant empreint de fulgurances et étincelles parcellaire.

Il est des romans qui marquent les esprits au fer rouge, pourtant une trame à première vue classique mais c’est dans la composition des évènements et des conséquences que cette histoire prend tout son envol, un puzzle entêtant et d’un implacable cheminement, sur l’impermanence, sur la fragilité de l’âme humaine, sur la survivance avec les vivants et surtout .. avec les disparus, comment faire face à son propre reflet, du matin au soir, comment donner le change, comment tourner la page et faire ce travail de deuil inhérent ? Comment percevoir cette lueur possible qui pourrait surgir à tout moment ?
Si elle existe …

En conclusion, une brillante oeuvre littéraire, une lecture définitivement percutante, une plume maîtrisée, au risque de me répéter encore, vous l’avez compris, c’est tout simplement un coup de coeur, de celui qui marque et pour longtemps encore, Helena et Nathan resteront vrillés dans mon coeur et mon esprit, à les chercher quelque part, à les comprendre, à éprouver cette empathie indispensable, à donner de l’amplitude à … la splendeur des Egarés.

 

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