Scott BAKKER : Neuropath

1
69
Etats-unis

INFOS ÉDITEUR

Scott BAKKER - Neuropath
Neuropath

Parution aux éditions Bragelone en mars 2009

Parution aux éditions Milady en aout 2017

Traduit par Cédric Perdereau

Tom choisit mal ses amis. Il mène une vie ordinaire, a un travail routinier au département de psychologie de l’université de Columbia, un mariage brisé, une ex-femme amère. Une vidéo va bouleverser son existence. Non seulement son atrocité dépasse de loin tout ce qu’il pouvait concevoir, mais son auteur est son meilleur ami, Neil. Neil a passé des années à peaufiner pour la NSA des techniques d’interrogatoire usant de la chirurgie invasive. Depuis, convaincu que l’on peut commander les sentiments et le comportement humains en stimulant certaines parties du cerveau, et déterminé à dissiper nos illusions, il a basculé dans une spirale de meurtres et de mutilations. Et le FBI pense que son vieil ami Tom est le seul à pouvoir l’arrêter. Fondé sur les toutes dernières découvertes de la science sur le cerveau humain, ce roman diabolique va vous prouver que vous n’êtes pas qui vous croyez.

(Source : Milady – Pages : 320 – ISBN : 9782811222550 – Prix : 7,20 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Richard Scott Bakker est né le 2 février 1967 à Simcoe en Ontario, province la plus peuplée du Canada. Après avoir suivi des études de littérature et de critique littéraire, l’auteur canadien se consacre exclusivement à l’écriture de romans fantasy et de thrillers.

Le roman

Neuropath, paru en version originale en 2008, a été publié par les éditions Bragelonne en 2009. Fondé sur des découvertes récentes en matière de neurosciences, le roman aborde le thème de neuromanipulation et propose une vision, effrayante il faut l’avouer, de la société moderne et de ses excèsb : “Une fois que nos techniques et que notre savoir-faire nous ont permis de manipuler la peau et l’os, le désir a fait le reste. Les vieux tabous se sont peu à peu effacés, et avant qu’on ait eu le temps de comprendre, on se retrouve avec une industrie cosmétique qui génère un quart des bio-déchets du pays. De nos jours, les femmes ne se font plus des retouches avec un poudrier mais avec une scie à os. Avant, pour se conformer au désir, on se peignait. Maintenant, on se sculpte. C’est pareil avec les bébés à la carte ou le dopage génétique dans le sport. Ça n’arrête pas. Neuromanipulation. Chirurgie neurocosmétique.” (Page 51) =>Donnant l’impression que notre monde est un vaste laboratoire où le docteur Frankenstein, jouant à l’apprenti sorcier, laisse libre cours à des projets tous aussi fantaisistes et alarmants les uns que les autres.

Le style, relativement fluide, cependant rendu complexe par son aspect scientifique un peu trop prononcé, est parfois confus, rendant difficile de suivre les conversations techniques et éthiques entre Thomas et Neil.

Toutefois, il faut noter au crédit de Neuropath les louables efforts pour rendre accessibles au lecteur lambda les notions de neurologie et de psychologie :

“Parce que la neurologie est un science naturelle, répondit-il après s’être éclairci la voix. Elle étudie le comportement humain et la conscience en tant que processus naturels, comme n’importe quel autre processus dans le monde. Elle fournit des explications factuelles à ce que nous sommes. – Ce n’est pas le cas de la psychologie ? -Pas vraiment, non. La psychologie fait intervenir des “explications intentionnelles” assez tendancieuses d’un point de vue scientifique.” (Page 80).

L’intrigue

Suite à une video arrivée à Quantico, centre de formation des agents du FBI, montrant Cynthia Powski, starlette du X disparue depuis un mois, dans une situation troublante révélant que le cerveau a été manipulé afin de stimuler son instinct du plaisir à un niveau très poussé, le FBI, persuadé que seul un neurochirurgien du talent de Neil Cassidy peut en être l’auteur, rend visite à Thomas, qui se retrouve malgré lui embarqué dans une chasse à l’homme qui l’entraînera au bout de lui-même, au bout de ses certitudes, au bout de tout ce en quoi il croyait dur comme fer.

Au travers de l’histoire de Thomas, des théories inquiétantes se font jour, posant la question de l’éthique scientifique : a-t-on le droit, au nom de la science, de se livrer à toutes sortes d’expériences, de jouer avec l’intégrité, la dignité et la vie humaines, dans le but controversé de soi-disant progrès pour l’humanité ? Notamment, la théorie selon laquelle nous ne possédons aucun libre arbitre sur nos décisions et sur notre destin. D’après, Thomas, il est “tout à fait clair que notre perception de la volonté est… Eh bien illusoire. Cela a commencé par une variété d’expériences montrant à quel point il est facile de faire croire à des gens qu’ils décident des choses sur lesquelles ils n’ont aucun pouvoir. Ça a posé les bases… De plus en plus de chercheurs ont démontré qu’ils pouvaient déterminer le choix de leur sujet avant que celui-ci ait conscience de le faire.” (Pages 91-92)… Neil Cassidy pense que la majeure partie de ce en quoi nous croyons, comme l’intention, le sens, le bien et le mal, ne sont que des illusions générées par notre cerveau.” (Page 121) =>D’où le concept de neuromanipulation développé dans le roman, aboutissant à une critique à peine voilée de notre système social “consacré à la poursuite d’avantages compétitifs. La structure même de la société qu’ils appréciaient tant et qu’ils encensaient était tout entière consacrée à leur faire faire ce que d’autres voulaient, sans réelle coercition.” (Page 135).

Les personnages

La psychologie des personnages principaux complexe et très fouillée, l’un des atouts de ce roman,  constitue une dimension humaine très réaliste où s’entremêlent passé, souvenirs et échecs. L’auteur procède par touches disséminées au gré du récit auquel elles s’intègrent parfaitement en fonction de l’évolution de l’enquête.

  • Thomas Bible : professeur de psychologie, son boulot est “d’étudier tout ce que les gens préféraient ignorer d’eux-mêmes. Il savait à quelle vitesse, avec quelle complétude, le pouvoir pouvait altérer un individu. Il connaissait les conséquences sur le comportement de ce genre d’altération, et combien il était fréquent que des innocents en pâtissent” (Page 30), raison pour laquelle il se méfie des forces de l’ordre ; séparé, père de deux enfants ; loyal et fidèle notamment envers son ami Neil.
  • Neil Cassidy : meilleur ami de Thomas ; se sont connus à l’université de Princetown ; carrure fine et musclée qui lui donne l’allure d’un adolescent, sourire charmeur ; neurochirurgien respecté ; peu avide à se confier.
  • Nora : ex-femme de Thomas, mère de ses deux enfants ; visage de brune, fin, avec des lèvres ourlées, grands yeux noisette “qui promettaient l’honnêteté et opiniâtreté”, cheveux courts et raides, peau pâle.
  • Ripley : fille de Thomas et Nora ;8 ans.
  • Frankie : fils de thomas et Nora ; 4 ans.
  • Emilio Farrow allias Mia : voisin de Thomas et baby-sitter occasionnel des deux enfants ; marxiste amateur, homosexuel professionnel ; écrit des notices pour JDS Uniphase et travaille à son domicile ; n’aime pas les enfants sauf ceux de Thomas.
  • William : partenaire de Mia.
  • Shelley Atta : arabo-américaine ; agent fédéral, chef de Samantha ; corps plein, maternel ; coriace.
  • Samantha Logan : agent fédéral ; grande blonde très séduisante ; sourire empreint d’honnêteté, expression de candeur inconsciente; “maladroite et ambitieuse, intelligente et directe, honnête et subtile” (Page 101) ; issue de la classe moyenne; sceptique par inclination, très professionnelle, elle croit au travail acharné ; possède une Mustang blanche.
  • Dan Gérard : agent fédéral, équipier de Samantha yeux bleus, cheveux bruns, air de capitaine d’équipe de foot sur le retour.
  • Charlie : frère de Thomas.
  • M. Gyges : gros homme à la barbe sombre et fournie, petit, large de poitrine ; une des victimes.
  • Dean Heaney : conseiller du ministère de la Justice.
  • Mackenzie : ancien bras droit de Neil ; élégant ; filou désarmant par son charme et sa bonne humeur joviale ; d’une intelligence à faire peur.

Les lieux

Une partie de l’histoire se déroulant dans et autour la maison de Thomas, en voici un petit aperçu :

“Sa maison était vieille, une ancienne ferme construite bien avant le lotissement environnant. Plafond haut, parquet qui grince, pièces exiguës. Pas de garage. Un porche en béton (…)La cuisine avec ses plinthes en porcelaine et ses luminaires d’époque, avait du caractère et évoquait la chaleur du foyer.” (Page 18).

Shemerhorn, sur le campus de Columbia, lieu de travail de Thomas, endroit qui ne paie pas de mine mais il ne faut pas se fier aux apparences, tout comme Thomas :

“malgré ses inconvénients logistiques, était un foyer idéal pour le département de psychologie. Les architectes de Columbia avaient nourri un penchant pour les espaces intérieurs, les enclaves dans les enclaves. Il semblait approprié que Shemerhorn soit caché, vieux, ses pierres piquetées, ses murs posés sur des fondations incertaines -un endroit construit par des hommes qui prenaient encore l’âme au sérieux.” (Pages 27-28).

Lieux encastrés dans l’histoire dont ils procèdent ou dont ils tissent l’intrigue, comme Peekskill, ville dans laquelle vit Thomas, qui “défilait derrière les vitres, panorama tubulaire de béton et de goudron, d’enseignes franchisées comme autant de tapettes à mouches dans le ciel.” (Page 169).

Mon avis

Neuropath est un roman complexe, aux profondeurs insondables, bourré de considérations plus ou moins philosophiques, de questions éthiques ; érudit et très documenté, les passages presque trop savants sont intéressants mais leur trop grand nombre se fait au détriment de l’intrigue, rendant parfois son accès difficile. 
Cela dit, le thème même de la neuromanipulation constitue un thème particulièrement intéressant, question éthique qui fait réfléchir.

Le personnage de Neil montre combien la limite entre bien et mal peut s’avérer floue pour un scientifique enfermé dans sa bulle, ayant perdu toute notion de morale. Avec des résultats effrayants !! Franchement, je ne sais pas si les expériences décrites dans le roman ont déjà été réalisées et si la neuromanipulation est réellement possible, mais une chose est certaine: après avoir tourné la dernière page, nous ne pouvons que nous écrier : jamais ! Jamais ça !

 

Vous voulez partager votre lecture, contactez nous

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici