Sandrine DESTOMBES : L’arlequin

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Sandrine DESTOMBES : L'arlequin
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Présentation Éditeur

Une enquête de la commissaire Maxime Tellier.

Alors que la commissaire Maxime Tellier enquête sur un tueur en série qui sévit dans un immeuble du XVIe arrondissement parisien, le capitaine Brémont du département des sciences du comportement vient lui demander son aide sur une veille affaire.

Il y a douze ans Enzo, son mentor, et elle-même pensaient avoir résolu le meurtre d’une jeune femme retrouvée sur les quais habillée et maquillée comme une poupée après s’être fait violée par un objet en bois et scalpée l’abdomen. Mais les meurtres reprennent dans le sud de France où trois femmes sont retrouvées assassinées suivant le même mode opératoire.

Max va devoir plonger dans ses souvenirs et se fier à son instinct pour arrêter ce tueur en série qui semble jouer avec la police.

Origine Flag-FRANCE
Éditions Nouvelles Plumes
Date 5 mars 2016
Éditions Hugo Poche
Date 3 juin 2021
Pages 388
ISBN 9782755688566
Prix 7,60 €

L'avis de Cathie L.

L’Arlequin, publié une première fois en 2015 aux éditions Nouvelles Plumes, a été entièrement récrit pour la présente édition par Hugo Poche. Le style de Sandrine Destombes est fluide et entraînant, enchaînant des mots et des tournures simples afin de se focaliser sur le contenu, ce qui ne signifie pas que l’auteur sombre dans la facilité, bien au contraire. Elle privilégie une langue accessible afin de permettre au lecteur de se concentrer sur l’enquête :

« Max alluma son ordinateur et se massa les tempes en fixant l’écran. La journée allait être longue… Elle ouvrit un document vierge et nota les points que venait de lui exposer Paul et qu’elle estimait assez importants pour ne pas être oubliés. Cela lui permettrait également d’avoir un support quand elle se retrouverait face à la veuve de Desbeaux. » (Page 68).

Thèmes : prostitution, trafic d’êtres humains, tueur en série.

La petite touche de l’auteur : humour, outre le caractère difficile et la personnalité attachante du commissaire Maxime Tellier, l’auteur distille des pointes d’un humour parfois désopilant, parfois grinçant, souvent issues des pensées de son personnage :

« Tout le monde l’accueillait chaleureusement, un verre à la main. Max n’y comprenait rien. Elle ne fêtait que ses cinq ans de poste. Ils feraient quoi pour ses dix ans ? Un feu d’artifice au Champ-de-Mars ? Quant à son pot de départ à la retraite, elle ne préférait même pas y penser! »…

« Max lui serra la main en retour, incapable de dire quoi que ce soit. -Une prochaine fois, peut-être, dit-il avant de saluer Alex et José, et de s’éloigner. -Oui, peut-être, répondit Max dans un filet de voix. Oui, peut-être….Wouah ! c’est sûr qu’avec autant de répartie, le mec ne va pas pouvoir tenir une seconde sans vouloir te revoir ! » (Page 60)…

« -Tu peux m’expliquer pourquoi il se passe toujours plus d’une heure entre le moment où une fille te dit qu’elle arrive et le moment où c’est vraiment le cas ? Vous vivez en perpétuelle ellipse temporelle ou quoi ? Max posa son sac dans un coin et lui répondit avant même de lui faire face : -Et toi, tu peux m’expliquer pourquoi les mecs ne peuvent pas s’empêcher de nous comparer aux autres filles alors qu’ils savent pertinemment qu’ils signent leur arrêt de mort en le faisant ? » (Page 244).

Mi-décembre. Trois morts suspectes dans le même immeuble du 16e arrondissement de Paris. Albert Desbeaux, pharmacien, a vraisemblablement été poussé sous un bus. Serait-ce un meurtre commandité par son épouse aristocrate à cause de ses mœurs douteuses? En rapport avec le fait qu’il se trouvait dans le collimateur des Stups pour trafic d’amphétamines ? Ou Max et son équipe ont-ils affaire à un serial killer ?

C’est alors qu’une ancienne affaire resurgit, une enquête remontant aux débuts de Max, quand elle travaillait sous les ordres de son mentor, Enzo Bertolone: en moins de trois semaines, deux victimes « sauvagement agressées, cause de la mort identique, tout comme la mise en scène des corps… Exactement le même mode opératoire que pour Irina Povlona dont le crime avait été attribué au proxénète Sergueï Coscas. De terribles doutes gangrènent peu à peu l’esprit de Max: serait-il possible qu’ Enzo se soit trompé de meurtrier ? Comment envisager une telle option? Et si c’était le cas, cela signifiait que le véritable assassin de la jeune femme courait toujours et était responsable des deux meurtres de L’Isle-sur-la-Sorgue ? Comment endosser une telle responsabilité ?

Max, se replongeant dans ses souvenirs, est contrainte d’admettre que, douze ans plus tôt, l’enquête a peut-être été classée un peu trop vite… Et de coopérer avec le capitaine Brémont…Et surtout, d’en parler avec Enzo…

De nombreuses qualités pour cette ré-écriture d’un roman initialement publié en 2015.

Son originalité : un crime ancien, en apparence résolu, qui trouve ses ramifications dans le présent… Ou une enquête actuelle dont les racines remontent à une affaire vieille de douze ans… C’est selon. En tout cas, les fils d’une intrigue qui se mêlent tout en abordant des thèmes aussi douloureux que le trafic d’êtres humains, la prostitution. Et oblige Max à comprendre l’essence même de son métier : ne jamais, JAMAIS, se fier aux apparences. Aller au fond des choses et ne négliger aucun fait, si minime soit-il. Sa confiance en son mentor, alors qu’elle n’était qu’une bleue, l’a égarée sur une fausse piste. Bien entendu, elle ne lui jette pas la pierre. Comme on dit, l’erreur est humaine. Sauf que certains se payent au prix fort…

Les réflexions in-petto de Max en italique souvent drôles, la commissaire étant une adepte de l’auto-dérision, principe rafraîchissant, l’empêchant de tomber dans la neurasthénie, et permettant au lecteur de lever un peu le pied avant de se replonger dans les horreurs que les humains sont capables d’infliger aux autres.

Le +: les tueurs en série vus d’un point de vue scientifique avec l’intervention du capitaine Brémont, joignant la réalité à la fiction d’une manière vivante :

« Tout ça pour dire, reprit le capitaine Brémont, que je serai ravi de collaborer avec vous sur cette affaire. Vous vous êtes déjà retrouvée face à un tueur en série, vous savez que le timing est quelque chose qu’on ne peut pas prendre à la légère, et enfin, je sais d’expérience qu’il ne faut jamais rien refuser à une femme déterminée. » (Page 95).

Vous l’aurez compris, je suis une fan inconditionnelle de Sandrine Destombes. J’apprécie particulièrement son style énergique mais également son empathie. Vertes, elle raconte des histoires dérangeantes, sanglantes et glauques parfois, mais elle le fait sans voyeurisme ni se complaire dans la violence gratuite. Certaines choses, notamment la prostitution, la maltraitance, doivent être dénoncées, et elle le fait avec brio, toujours en tenant compte de l’aspect psychologique de ses personnages enquêteurs, tellement humains, eux aussi en proie à des émotions pas toujours faciles à contrôler.

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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