Pierre LEMAITRE : Trois jours et une vie

0
3832
France

Le nouveau roman de Pierre Lemaitre nous offre une écriture qui est toujours belle et fluide

INFOS ÉDITEUR

Pierre LEMAITRE Trois jours et une vie-poche
Trois jours et une vie

Parution aux éditions Albin Michel en mars 2016

Parution aux éditions Livre de Poche en mars 2017

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

(Source : Albin Michel – Pages : 288 – ISBN : 9782226325730 – Prix : 19,80 €)

L’AVIS DE PEPITA SONATINE

Que dire du nouveau Pierre Lemaître « Trois jours et une vie  » ?

Déroutant, dérangeant, surprenant…

Certes l’écriture est toujours belle et fluide, toutefois je n’ai pas retrouvé l’enthousiasme que j’avais eu avec Alex, Robe de marié ou bien encore Au revoir là-haut. Il faut dire que la barre était haute !

A près un démarrage sur les chapeaux de roue, j’ai été légèrement déçue par quelques longueurs mais très agréablement surprise par cette fin tonitruante.

En bref, pas un coup de coeur mais une belle lecture quand même.


L’AVIS DE CÉLINE MARION

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître

Après le Goncourt, retour au polar avec Trois jours et une vie.

La force de ce roman est à mon sens dans la profondeur psychologique de l’événement et de son incidence sur la vie d’un jeune garçon de 12 ans devenu assassin et de ceux qui l’entourent.

Il va vivre avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête : coupable certes mais quand serai-je confondu ? et le serai-je un jour ? Puis-je vivre avec cette culpabilité ? Quelqu’un sait-il quelque chose ? Tant de silences qui pèsent, qui pourrissent l’existence.

Nombre de portraits se dessinent autour de ce personnage qui se construit avec ce poids, la famille de l’enfant « disparu », sa mère, ses camarades de classe, les accusés potentiels… tous jouent un rôle dans cette descente aux enfers et chacun à sa façon enfonce le clou sans le savoir car tout ce passe dans la tête d’un enfant de 12 ans au cours de ces 3 jours.

Pas de suspense au même titre qu’un thriller mais une oppression s’installe à la lecture de cette vie détruite, de ce rouleau compresseur qui n’a de cesse de tout écraser, de revenir sur ces pas et de recommencer encore quand on croit que c’est fini.

L’auteur réussit par ses mots à nous faire avoir de l’empathie pour ce pauvre garçon assassin un jour… On vit ses peurs, ses craintes, ses doutes, sa paranoïa…

Alors bien sûr il y a un dénouement choisi par l’auteur et je vous laisse le découvrir car il est impossible d’en dire plus sans en dévoiler trop !


L’AVIS DE JEAN-MARC VOLANT

Un enfant disparait et c’est tout un village qui s’émeut, qui part à sa recherche.

Que s’est-il passé ? l’enfant a t-il été enlevé ? ou pire…

Après la superbe saga policière consacrée à son héros le commissaire Verhoeven (3 romans et une nouvelle) et un roman sur l’après guerre 14/18, couronné du Prix Goncourt, Pierre Lemaitre nous revient avec un roman oscillant entre le genre policier et le drame social. Dans le registre social, l’auteur français nous avait concocté il y a quelques années un excellent roman, un petit bijou d’humour noir, corrosif à souhait appelé « Cadres noirs » (l’histoire d’un cadre prêt à tout pour obtenir un boulot après plusieurs années de chômage et de galères) et que je vous recommande vivement à la lecture. Ce roman était une excellente satire de notre époque actuelle (chômage, le risque de perdre son chez soi, l’humiliation quotidienne, la vie en mode « loser » etc…) et nous faisait réfléchir sur certaines difficultés de la vie quotidienne.

Dans son nouveau roman, Pierre Lemaitre nous convie dans le quotidien tranquille d’une petite ville de France. Une petite ville secouée par la disparition brutale d’un jeune enfant dont on a aucune nouvelle depuis quelques jours. L’enfant a t-il enlevé ? A t-il fugué ? ou doit-on pensé au pire ? Si il y a eu un malheur, qui est l’auteur de cette disparition ? Fait-il partie de la population de cette petite ville ? Dès lors, interrogations, suspicions, interrogatoire de la gendarmerie, garde à vue… Tout le monde est suspect ou presque. Et devant ce drame, s’ajoute la venue soudaine d’une tempête épouvantable qui s’abat sur cette petite bourgade déjà durement secouée…

Disparitions d’enfants, enlèvements, meurtres et pire même… Récemment, nous avons été en tant que télespectateurs, abreuvés de téléfilms, de séries TV françaises et étrangères sur le même sujet. Un sujet à la mode semble t-il et que l’on retrouve aussi en littérature policière. Doit-on penser que Pierre Lemaitre ai cédé à la facilité ? A t-il voulu « surfer » sur la vague de ce type de récit ? Non ce serait trop simple de penser cela.
Même si cela m’a effleuré l’esprit pendant la première partie de ma lecture, j’ai dû reviser mon avis final sur ce roman qui, si au final, il ne fera pas parti pour moi des meilleurs ouvrages publiés de l’auteur primé, il aura eu le mérite de retenir toutefois mon attention sur des aspects de la vie quotidienne et sur des sentiments humains contradictoires comme le regret, la culpabilité, le remord, le doute…

Du fait de ces nombreuses adaptations sur le sujet à la télévision, et qui donne à cette nouvelle publication du romancier, un petit air de « déjà-vu » trop présent, le nouveau roman de Pierre Lemaitre reste une chronique sociale sur la vie d’un petit village qui bascule dans l’horreur avec la disparition d’un jeune enfant et avec tout le drame que cela apporte pour les proches de la famille et des habitants du lieu. A travers ses différents personnages qui cotoient ce roman (certains d’entre eux tirent leur épingle du jeu et sont partie prenante du récit) l’auteur tisse une histoire sur un sujet dur, qui peut bouleverser le moindre d’entre nous.

Un récit sobre, efficace, prenant avec son petit lot de rebondissements (juste ce qu’il faut pour éviter les pièges trop éculés du genre).

Pierre Lemaitre confirme son talent pour écrire des histoires hors du genre qui l’a fait connaitre.

Un bon roman, bien écrit et bien mené, malgré un sujet sentant un peu trop le « déjà-vu ».


L’AVIS DE HÉLÈNE B.

Tout d’abord, je tiens à préciser que ce roman est le premier de Pierre Lemaitre que je lis, je n’ai donc pas de point de comparaison.

J’ai été séduite par ce roman qui traite avec force les idées de la culpabilité, du remord et de la complicité inavouée.

Ce livre est fort et dérangeant car il traite de la mort accidentelle de Rémi, petit garçon de 6 ans causée par un autre enfant Antoine (12 ans).

Si la mort est accidentelle, elle n’en est pas moins violente et surtout inacceptable d’autant plus quand on sait la raison qui a poussé Antoine à brandir ce bout de bois sur ce pauvre petit Rémi.

Ce roman exploite les mécanismes psychologiques de l’angoisse. Cet adolescent est pris entre deux feux : avouer ou s’enfuir. Les descriptions des nombreuses pensées lui traversant l’esprit après son acte, l’état d’angoisse dans lequel il se trouve, les questions que lui pose la police participent à instaurer un climat mêlant suspense et effroi.

Le titre du roman résume parfaitement l’idée et l’intrigue , les événements tragiques de ces trois jours poursuivant Antoine jusqu’au bout.  Il a fui ses responsabilités à 12 ans  mais ne sera plus jamais libre,une épée de Damoclès pendant au-dessus de sa tête depuis ce drame.

Attention spoiler !

Les années s’écoulent, Antoine  devient médecin. Le drame de sa vie est finalement son retour forcé à Beauval …et si sa peine était son enfermement dans cette ville qu’il a voulue oublier…..


L’AVIS DE JUSTINE

Trois jours pour une vie est le dernier roman de Pierre Lemaître, prix Goncourt en 2013 et auteur de plusieurs polars (dont l’excellent « Alex »). La curiosité m’a poussée à me pencher sur celui-ci, mais j’en ressors assez circonspecte.

L’histoire se déroule dans un village; en 1999, Antoine, un collégien qui a l’habitude de jouer dans la forêt avec le chien de ses voisins, voit sa vie bouleversée. En effet, le chien en question se fait renverser par une voiture et le voisin l’achève devant lui d’une balle dans la tête. Très en colère, Antoine se réfugie en forêt, où le fils des mêmes voisins, Rémi, âgé de 6 ans, le retrouve. Antoine, qui en veut au père du petit pour la mort du chien, s’énerve contre Rémi et le tue accidentellement. C’est le point de départ du roman ; entre cauchemars fantasmés sur ce qu’il va lui arriver et traque réelle de l’assassin, que va-t-il se passer pour Antoine ? va-t-il être confondu pour ce qu’il a fait ?

Le roman est très court ; c’est plus un drame contemporain qu’un thriller. On tremble avec Antoine en se demandant ce qu’il va lui arriver ; mais tous les autres personnages ne sont que survolés (le roman est trop court pour qu’ils soient tous traités efficacement par l’auteur) et même Antoine manque cruellement de charisme. Il angoisse tout le long du livre, mais ne fait pas grand-chose et se laisse porter par les évènements. L’ensemble n’est pas désagréable à lire mais manque clairement de quelque chose pour en faire une lecture complètement convaincante. En fait, je n’ai pas bien compris où l’auteur voulait en venir avec l’histoire. Veut-il nous faire réfléchir sur ce qu’il conviendrait de faire à Antoine s’il était attrapé par la police, vu son jeune âge au moment des faits ? nous parle-t-il plutôt de culpabilité ? je ne sais pas bien. Bref, je ne sais pas trop quoi penser de cette lecture.


L’AVIS DE ERIC CHAVET

Après avoir lu  Au revoir là-haut, je découvrais avec appréhension le nouveau roman de Pierre Lemaitre. Pourra-t-il m’apporter un tel plaisir de lecture ?

Après nous avoir projeté dans le tumulte de la Grande Histoire, Pierre Lemaitre nous amène dans l’atmosphère figée d’une bourgade jurassienne. Tranquille, jusqu’au jour…  Un événement qui va faire basculer la vie d’Antoine survient dès les premières pages du roman. Dès cet instant, sa vie ne lui appartient plus, à la merci des éléments (un témoin, une tempête…), obligé de survivre le reste de sa vie en portant un lourd secret, qui à chaque instant menace d’être brisé… Même après des années.

Coups du sort, vérité cachée :  deux axes forts qui rassemblent Antoine et Edouard Péricourt (Au revoir là-haut.)

Dérangeant par le thème abordé (la mort d’un enfant causée par un autre), le livre est vite oppressant : le corps sans vie du petit Rémi (vêtu son Tee-shirt « éléphant », ce petit détail qui renforce s’il en était besoin la pesanteur de l’histoire) n’a de cesse de nous poursuivre, on partage l’angoisse et le désespoir des parents. Un meurtrier trop jeune, une vie arrachée trop tôt, d’autres détruites ou simplement blessées…  Pierre Lemaitre nous amène à devenir complice malgré nous d’Antoine, pourtant coupable du pire, à espérer que jamais la vérité ne se fasse jour et que le petit Rémi, victime innocente d’un accident qui n’en est peut-être pas un, ne soit jamais retrouvé, pour toujours abandonné dans sa mort.

Il s’éloigne ici de la fresque magistrale pour signer un nouveau roman qui, sans exceller son Prix Goncourt, nous trimbale d’une émotion à l’autre, entre suspicions et non-dits, nous aspire dans le tourbillon des événements, et aborde cette question qui reste, une fois toutes les pages tournées, sans véritable réponse  : existe-t-il une limite d’âge à l’innocence ?

Sponsor

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici