Philippe GRANDCOING : Une enquête d’Hippolyte Salvignac – Le tigre et les pilleurs de Dieu

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France
Philippe GRANDCOING - Une enquete Hippolyte Salvignac – tigre et les pilleurs de Dieu
Tigre et les Pilleurs de Dieu
  • Éditions De Borée en mars 2018
  • Éditions De Borée poche le 13 juin 2019
  • Pages : 304
  • ISBN : 9782812922824
  • Prix : 19,90 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris, automne 1906 : Hippolyte Salvignac, antiquaire parisien d’une quarantaine d’années, est recruté par Georges Clémenceau alors président du Conseil pour aider la police à pourchasser des trafiquants d’oeuvres d’art. Ces derniers pillent les trésors qui sommeillent dans les églises de campagne. Et les remplacent par des faux… Flanqué de l’inspecteur Jules Lerouet, Salvignac découvre les méandres d’une situation explosive où s’entremêlent luttes politiques, tensions diplomatiques, conflits religieux et trafics internationaux. Son enquête l’amène à sillonner l’Europe de la Belle Époque, de son Quercy natal à Londres en passant par les stations thermales d’Auvergne ou la banlieue parisienne.

L’AVIS DE CATHIE L.

Philippe Grandcoing est un historien et romancier français né le 6 novembre 1968 à Limoges où il a fait ses études jusqu’à l’âge de vingt ans, avant de rejoindre la capitale pour y achever ses études d’histoire. Ce goût prononcé pour cette discipline lui vient de sa famille « où les traces du passé étaient très présentes où on sentait toute l’épaisseur du temps ». Il obtient l’agrégation d’histoire après avoir soutenu une thèse, à l’université Panthéon-Sorbonne, sous la direction d’Alain Corbin, historien français grand spécialiste du 19e siècle, intitulée Les Demeures de la distinction : le phénomène châtelain dans le département de la Haute-Vienne au XIXe siècle. Depuis 1999, il enseigne l’histoire aux classes préparatoires littéraires du lycée Gay-Lussac de Limoges, tout en continuant ses recherches avec une prédilection pour tout ce qui a trait à la justice et aux affaires criminelles.

Le roman

Le Tigre et les Pilleurs de Dieu a été publié en 2018 par les éditions De Borée, dans la collection Vents d’histoire. Il s’agit du premier tome des enquêtes d’Hippolyte Salvignac, antiquaire à Paris. Le Tigre et les Pilleurs de Dieu, roman policier très cultivé et bien documenté, est rédigé dans un style qui coule tout seul, dans une langue soignée utilisant un vocabulaire usuel, parfaitement adapté aux différents personnages. L’équilibre du récit repose sur une juste répartition entre les scènes d’action, les investigations, les scènes de vie privée et les passages narratifs présentant le contexte politique dans lequel il évolue.

L’intrigue

Novembre 1906. Clémenceau, dit Le Tigre, ministre de l’Intérieur, invite Hippolyte Salvignac, antiquaire respecté, afin de lui confier une affaire délicate: mener une enquête officieuse dans le but de déterminer comment un faux reliquaire a pu se retrouver dans une église de province, comment fonctionne le réseau de faussaires et de pilleurs des biens de l’Eglise et qui sont les intermédiaires. Le rôle de Salvignac consiste à réunir des informations et à les transmettre en toute discrétion à l’inspecteur Lerouet, son contact à la préfecture de police. Bien entendu, en cas de problème, ni vu, ni connu !!

C’est ainsi que Salvignac se retrouve dans le Lot, non loin de la résidence familiale, occasion de renouer les liens relâchés avec son père. Quelques jours plus tard, la colombe eucharistique de l’église de Saint-Michel-de-Bannières est dérobée, objet appartenant aux chefs- d’oeuvre de l’émaillerie médiévale, tout comme le buste reliquaire volé dans l’église de Floirac. Alors que Salvignac se demande s’il a affaire à une bande de trafiquants d’art bien organisée et très au fait de la valeur marchande des biens ecclésiastiques, le curé de la maison de Dieu de Saint-Michel-de-Bannières est retrouvé pendu à la cloche de son église, donnant à toute cette affaire une tournure beaucoup plus inquiétante.

Contexte politique et religieux : l’intrigue se situe en 1906, juste après la séparation officielle de l’Eglise et de L’Etat, loi votée par le Sénat le 9 décembre 1905 et entrée en vigueur le 1er janvier 1906, faisant des différentes Eglises des associations de droit privé. Loi qui secoua durablement la société française, notamment par le fait que les ministres du culte ne sont plus rémunérés par l’Etat et que les biens religieux saisis par la République en 1789 restent sa propriété, avec pour conséquence le démantèlement de certaines institutions religieuses.
Philippe Grandcoing restitue avec beaucoup de rigueur et d’authenticité la position délicate, voire périlleuse, du gouvernement concernant la propriété des objets du culte qui, jusqu’en 1905, appartenaient à l’Eglise.

« Mais pour l’instant, on ne peut pas faire appliquer la loi de séparation puisque à Rome Sa Sainteté le pape, fort de son infaillibilité autoproclamée, s’y oppose. Une aubaine pour ceux qui ont cru bon de profiter du flou juridique actuel ». (Page 19)

=>Faille dont l’auteur a profité pour construire son récit avec beaucoup de réalisme, rappelant succinctement dans quel climat explosif baignait la France des années 1900 :

« Depuis l’affaire Dreyfus, les radicaux avaient entamé une vaste offensive anticléricale sous l’égide d’Emile Combes, qui s’était soldée par l’expulsion hors de France de la plupart des congrégations religieuses, la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican et le vote de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat l’année précédente. » (Page 16)

Les différents lieux de crime : l’église de Floirac décrite comme « une construction massive, sans charme, qui avait dû remplacer un bâtiment plus ancien. Elle était flanquée d’une haute tour carrée, vestige d’une fortification médiévale… La niche dans le chœur, à gauche du maître-autel, était désormais vide. Les épais barreaux en fer de sa grille ne protégeaient plus rien. C’est là où, jadis, le buste reliquaire était conservé. » (Page 46).

L’église de Saint-Michel-en-Bannières, dans le clocher de laquelle le cadavre du curé fut retrouvé, auquel on accédait « par une échelle en bois appuyée contre le mur d’une des chapelles latérales. Une porte ouvrait sur le plancher installé au-dessus de la voûte en coupole (…) Le sol était recouvert de plumes et de fientes séchées. L’air y était saturé de poussière. » (Page 84).

En conclusion

Le travail minutieux de reconstitution historique se fait jour non seulement dans la restitution du climat social politique et religieux de l’époque, mais également dans les détails qui agrémentent le récit et lui donnent toute sa richesse d’évocation : le télégramme comme le moyen le plus rapide de communication; l’éclairage au gaz à la pointe du modernisme; les déplacements en fiacre; les pèlerines des gendarmes; la cuisinière à bois…

Le + : Avec Hippolyte Salvignac, nous pénétrons dans les coulisses du monde feutré des antiquaires. Un monde qui possède ses propres règles. Un monde aux arcanes secrets, interlope à ses heures, où toute une faune plus ou moins honnête prospérait : « Dans sa profession, il n’était jamais bon signe d’avoir affaire à la police. C’est pour cela qu’il s’était toujours montré prudent dans ses achats, refusant d’acquérir de belles pièces que lui proposaient à prix bradé des inconnus. Le recel était un délit… » (Page 11)… « Si l’on voulait faire de belles affaires, autant ne pas être trop regardant sur l’origine des objets et encore moins sur leur authenticité…Certains de ses collègues n’hésitaient-ils pas à lourdement restaurer les objets abîmés, voire à remplacer certaines parties ou ajouter des éléments manquants. » (Page 18).

Le Tigre et les Pilleurs de Dieu propose un agréable condensé de connaissances historiques et d’éléments fictionnels se rencontrant dans une intrigue passionnante, très bien écrite. On pénètre sur la pointe des pieds dans un univers suranné, révoqué, disparu à jamais, rétablit sous nos yeux pour quelques instants avec beaucoup de réalisme,  suscitant en nous l’envie de retrouver Hippolyte Salvignac dans de futures aventures que nous souhaitons très nombreuses…

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