Nicolas MALESKI : La science de l’esquive

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Nicolas MALESKI : La science de l'esquive
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Présentation Éditeur

« Rien n’indiquait que c’était son jour. Il n’y avait rien de particulier dans l’air. En refermant la porte derrière lui, il savait que c’était la dernière fois. Il n’y avait plus à réfléchir. Sa décision était prise. Il restait à exécuter le plan. Les trottoirs étaient noirs de monde, les magasins happaient et recrachaient les badauds à jets continus. À cet instant il était encore un homme honnête. C’était facile en vérité de basculer dans l’horreur.»

Kamel Wozniak est en fuite. Locataire d’un meublé où pour rester invisible il faut se montrer habile, l’ancien boxeur sur ses gardes tente de se faire oublier le temps d’un été au vert. Mais de qui ? Et où s’arrête son plan B ? Difficile de disparaître dans une petite ville où un garçon comme lui, aux airs de desperado, n’est pas sans piquer les curiosités.

Après Sous le compost, Nicolas Maleski signe un roman qui s’ouvre comme un film des frères Coen, ménage un suspense de polar et déroule, dans langue où la lucidité combat à armes égales avec la causticité, l’épopée d’un antihéros insaisissable et pourtant pas si éloigné de nous.

Origine France
Éditions HarperCollins
Date 8 janvier 2020
Pages 224
ISBN 9791033904144
Prix 17,00 €

L'avis de Cathie L.

La Science de l’esquive a été publié en 2020 par les éditions Harper Collins. Le style est acerbe, taillé au scalpel à coups de phrases courtes :

« Ses yeux flottent au loin sur la grande pelouse jaune. Wozniak commence à se détendre. Le plus dur est derrière lui. Il a traversé la moitié du pays sans laisser de traces. Trois heures de train plein sud à grande vitesse. » (Page 11)…

« Les stigmates d’un feu. Un tronc creusé en guise de banc. Un hamac tendu entre deux arbres, dont l’un est enraciné dans l’escarpement. Après, c’est le vide. Plus bas, le promontoire d’où Kevin a plongé. En face, la ville dans sa corbeille, décalquée sur le rempart du causse. Au fond du gouffre, la rivière, à l’exacte verticale, les plages de galets, la vasque où s’est produit l’accident. » (Page 126).

Kamel Wozniak loue un meublé dans un petit village perdu, histoire de se mettre au vert pour deux mois, de se faire oublier. De qui ? De quoi ? « Il s’astreint à une période de sûreté, une quarantaine. C’est un forcené. Un dissident, un déserteur. Il fait durer un paquet de riz trouvé dans un placard. La tension, la nécessité de rester caché, ça le dispense du besoin de se nourrir. C’est la malchance qu’il craint le plus, qu’un mec l’identifie par hasard. » (Page 15).

Livré à lui-même, étouffant d’oisiveté et de désœuvrement, il s’occupe l’esprit en espionnant sa voisine. Pourtant, malgré son désir de discrétion, Kamel attire toutes sortes de visiteurs, à commencer par Richard, fils de la propriétaire du gîte qu’il loue, Soraya, gendarmette locale, Kevin et sa bande de jeunes illuminés.

Il lui faut bien l’admettre: les deux mois que devait durer sa planque risquent de s’éterniser.Laure, sa séduisante et énigmatique voisine, s’immisce peu à peu dans sa vie, à pas de loup, en toute discrétion, bouleversant ainsi tous ses projets.

Descriptions des paysages et lieux de l’intrigue concises, en parfaite harmonie avec le style, donnant peu de détails, en tout cas rien de superflu : « Le bourg est plus bas, tapi près de la rivière, canyon creusé dans la masse du causse. Kamel ne connaît pas les lieux, sinon qu’il s’agit d’une petite ville, pas assez grande pour garantir l’anonymat, et cependant assez touristique pour que les gens ne se posent pas de questions sur les étrangers. » (Page 12)… Esquissées comme un tableau : « Le centre est juste après, une esplanade tout en longueur, des commerces à vendre, des terrasses de café sous les platanes. Plus loin il y a des ruelles aux volets coffrés, du linge aux fenêtres, un ruisseau qui descend de la vieille ville. Au second plan, les parois du causse bloquent les regards. » (Page 13).

Le gîte Les Catalpas : « Il est situé à la sortie du patelin, la dernière maison près de la rivière. C’est une construction plus haute que large, une grille rouillée, un jardinet mal entretenu, les arbres qui camouflent la façade. » (Page 13).

La Science de l’Esquive, roman minimaliste qui va droit au but : raconter une histoire, l’histoire d’un homme en fuite, qui se met au vert, et dont on va découvrir l’histoire peu à peu. L’auteur, grâce à une écriture épurée, nous plonge avec une pointe d’angoisse délicieuse dans le psychisme de Kamel, nous introduit dans son intimité tourmentée dans laquelle il se débat, à la recherche de réponses, de solutions :

« Les murs se referment sur lui. L’escalier ressemble à une vis géante qui aurait percé le plafond. Il est comme dans une boîte qui pue la mort, dont le mauvais goût accentue l’oppression… Il ne supporte plus le sifflement de la corde à sauter. Ça ne l’amuse plus les tractions rageuses, suspendu à l’escalier. Se taper la tête contre les murs, il l’a expérimenté en vrai. Parfois, la nuit, il arrête de respirer, la gorge nouée, il se réveille avec la sensation d’avaler une fourchette. Il étouffe. » (Page 27).

Le + : la façon abrupte de décrire les scènes d’action donne au roman toute sa profonde brutalité, sa dimension de film noir, jusque dans son final qui défie la morale et la justice, en tout cas celle des hommes, absolvant tous les péchés, même les plus inavouables, les plus lourds à porter : « Soudain, sa tête se propulsait en avant, un geste plein d’énergie noire, le mec absorbait l’onde de choc avant de vaciller, les mains au front, le nez en sang, tandis que Kamel accueillait la cohue des quais avec le soulagement de se fondre dans la masse. » (Pages 138-139).

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