Nicolas LEBEL : Dans la brume écarlate

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Dans la brume écarlate, un bon polar bien ficelé avec tous les ingrédients indispensables : une atmosphère pesante à souhait

Nicolas LEBEL : Dans la brume écarlate
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Présentation Éditeur

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais…

Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ?

La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…

Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Dans la brume écarlate, qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Dans la brume écarlate, Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Origine Flag-FRANCE
Éditions Marabout, collection Black Lab
Date 27 mars 2019
Éditions Le Livre de Poche
Date 10 mars 2021
Pages 9782253181378
ISBN 544
Prix 8,70 €

L'avis de YANNICK P.

Un caractère de daube, un argot bien à lui, une gitane coincée entre ses lèvres, une tronche de kermit jaune sur un imper défraichi, tu l’auras deviné, le capitaine Merhlicht est de retour dans un 5ème opus.

Nous sommes en avril après l’escapade irlandaise de Merhlicht. Une mare de sang au cimetière du Père Lachaise. Pas de cadavre. Une jeune femme nue et exsangue avec deux trous rouge retrouvée dans la Seine.

L’intrigue paraît jouer avec le mythe du vampire dans un Paris saturé par un épais brouillard – une pensée à Stocker et à Shelley – on y retrouve les fameuses sonneries de téléphone et bien entendu Questions pour un Champion. Merhlicht, dénué de charme sexy mais tellement attachant, traine sa crève tandis que des jeunes femmes disparaissent et personne ne croit aux vampires. Pourtant les codes gothiques des copains de Vlad s’inscrivent dans les rues nébuleuses de Paris. La Roumanie obscure durant et après Ceausescu, aussi. Mais l’essentiel est ailleurs.

Les personnages de Nicolas évoluent. Ces retrouvailles sont un vrai plaisir. Aucune lassitude car Nicolas les fait grandir. Ils sont toujours très bien travaillés. Comme tout à chacun, leurs vies sont en mouvement. Chaque protagoniste paye le prix de ses décisions, de son mode de vie trainé durant les tomes précédents.

Les réfugiés syriens de la Porte de la Chapelle, les extrémistes, sont bien sûrs présents, mais il s’agit avant tout d’amour. Ceux de Sophie Latour, ceux de Mickaël Dossantos, quoique, et ceux de Merhlicht bien entendu, mais pas que. Chaque homme porte l’amour pour une femme. Car il y a toujours une femme désirée. L’amour et ses conséquences sur la vie, la mort.

On déchire le brouillard au fil des pages, de ce polar vif où il n’y a pas une seconde d’ennui. On dévore l’enquête de l’équipe qui vient de toucher un nouveau patron. Les dialogues peuvent être drôles, mais l’écriture sait se faire subtil si besoin. On ne parlera pas de la fin. J’ai hâte de lire le 6ème tome. Même si je crains le pire. Bref, Dans la brume écarlate est un parfait polar qui démontre si besoin était que Nicolas Lebel fait désormais parti du cercle restreint des auteurs à suivre.

L'avis de Stanislas PETROSKY

Nicolas Lebel a su créer un vrai personnage, un vrai flic qui diffère de tous ceux que l’on croise au fil de nos lectures.

Pas facile de créer un héros qui va marquer le lectorat… non, plus un anti-héros qu’autre chose. Mehrlicht n’a rien pour plaire au départ, pas forcément pourvu d’un physique avenant, un sale caractère, pas un pro du sport de combat et du tir, à l’opposé de ce que l’on nous offre d’habitude.

Rien pour te séduire tu vas me dire, sauf que le Nicolas il l’a rendu plus qu’attachant son condé… tu ne sais pas pourquoi, mais tu l’aimes ce con !

Et dans ce nouvel opus, encore un peu plus…

Quand Mehrlicht est confronté au surnaturel, il s’en fout, royalement, complètement, ça ne l’effraie pas plus que ça, vu que pour lui, tout est logique.

Alors une brume où les femmes disparaissent pour être entre les mains, voir les canines d’un vampire, très peu pour lui…

Alors, tel un sanglier têtu, il va avancer, faire son bonhomme de chemin, tenter de comprendre, de démasquer.

Puis il n’y a pas que Mehrlicht, il a aussi Dossantos, Latour, ses assistants et tout les autres.

Un roman qui vous balade dans un Paris gothique, dans des milieux défavorisés, qui vous transporte en Roumanie, avec un joli suspens, et surtout cet humour magnifique que possède Nicolas, qui vos accompagne tout au long du livre.

Lebel fait parti de cette jeune génération montante du polar, avec un univers, des personnages qui lui sont propres, qui diffère de la production actuelle, et ça, ça n’a pas de prix.

Il est donc impératif de lire Dans la brume écarlate, et tous les autres écrits par Nicolas.

Je sais, une fois de plus j’ai peu causer de l’histoire, à toi de la découvrir, de le lire, je ne veux que te donner mon ressenti, et te donner envie de te plonger dans le roman.

L'avis de Cathie L.

Dans la brume écarlate a été publié en 2019 par les éditions Marabout. La version poche, publiée par les éditions Le Livre de Poche, est parue en 2021. Je qualifierai le style de Nicolas Lebel de caméléon, s’adaptant à son propos avec aisance. Haché, énergique, au vocabulaire pêchu, quand l’auteur s’insurge :

« Quelques championnes du féminisme, à l’acmé de leur ferveur, avaient clamé qu’on pouvait « jouir d’un viol » et qu' »un homme sur deux ou trois était un agresseur ». L’outrance du propos et le scandale médiatisé avaient porté un coup fatal au débat attendu, éteint le vent libérateur, étouffé ce « printemps des femmes ». Et Vincent Demagny avait pu de nouveau tabasser sa femme. » (Page 40)…

Haché pour traduire la peur :

« Lucie percuta un arbre surgi du brouillard, perdit une chaussure et tomba au sol, hébétée, s’empêtra un instant dans les ombres osseuses des ramures noires, se releva, reprit sa fuite aveugle, des larmes dans les yeux, traversa une ruelle en piaulant à l’aide, boitant sur son pied nu, trouva un hall d’immeuble, une porte fermée, des rangées de boutons d’interphone, lueurs dans la nuit, pressés du plat de sa main écorchée… » (Page 14).

Ou plus fluide dans les passages narratifs consacrés à l’enquête.

Construction : chacune des quatre parties correspond à une journée précise, le récit se déroulant du dimanche 15 avril au mercredi 18 avril. Chaque chapitre indique l’heure à la minute près => Contenu très structuré comme dans un compte-rendu de presse.

Thèmes: sujets d’actualité: la guerre en Syrie ; le sort des réfugiés (tarifs pratiqués par les passeurs, camps insalubres) ; trafic d’êtres humains; violences faites aux femmes.

L’intrigue

Un brouillard de poix enferme Paris dans ses serres acérées depuis quelques jours. Mehrlicht et son équipe sont appelés par le gardien du Père-Lachaise, célèbre cimetière parisien, qui a découvert dans une allée reculée une mare de sang sans cadavre. Comme si le corps qui avait perdu tout ce sang s’était évaporé…Ou alors caché quelque part dans le cimetière. Situation cocasse dans d’autres circonstances…

Madame Maturin déclare la disparition de sa fille Lucie, âgée de vingt et un ans. C’est alors que deux pêcheurs sortent des eaux putrides de la Seine le cadavre nu d’une jeune femme. Serait-ce celui de la jeune étudiante, Lucie ?

Dès lors commence une enquête ardue dans laquelle le capitaine Mehrlicht devra se montrer particulièrement perspicace et inventif s’il veut arrêter au plus vite ce tueur qui sème des cadavres exsangues aux quatre coins de la capitale. Enquête rendue encore plus difficile par les conditions météo.

L’ambiance

Le brouillard épais qui enveloppe la capitale française donne au roman son allure de film noir américain des années quarante. Avec en prime une enquête d’autant plus complexe à mener que l’on n’y voit pas à quinze mètres. Avouez que cela ne facilite pas les choses…Sauf pour le criminel, of course !! Mise en scène particulièrement évocatrice :

« On distinguait à peine le groupe de copains qui les attendaient à une quinzaine de mètres. Le brouillard était si épais qu’il estompait les détails, les traits des visages, ne concédant à l’œil que des masses brutes et floues, des formes spectrales. Au-dessus des têtes, les lumières des réverbères se changeaient en boules de feu orangées et lointaines, soleils de minuit urbains qui déformaient les ombres arrachées à la nuit. » (Page 12)…

« Dans le jour déclinant de cette fin d’après-midi, on voyait des silhouettes s’affairer dans les brumes grises, surgir soudain, puis disparaître. On se hélait ici et là, se repérait à la voix. Chacun semblait perdu dans ce grand vide blanc. » (Page 241)

=> Le thème du brouillard n’est certes pas nouveau mais de la mise en scène soignée de Nicolas Lebel résulte un roman à l’atmosphère étouffante, angoissante.

En conclusion

Dans la brume écarlate, un bon polar bien ficelé avec tous les ingrédients indispensables : une atmosphère pesante à souhait, une enquête complexe, un enquêteur imbuvable mais diablement efficace, des portraits brossés à coups de pinceaux parfois tendres, parfois rageurs, un style énergique…Et, ce qui ne gâte rien, bien au contraire, de petits coups de pied dans la fourmilière bienvenus. Cela ne changera peut-être pas la donne, mais ça fait un bien fou…

Le + : discours positivement féministe, pas de fanatisme délétère, mais bienveillant et constructif. Juste histoire de remettre les pendules à l’heure : « Nouvelle recrue deux ans auparavant, Sophie Latour avait obéi aux ordres et accepté à contre-coeur les corvées de secrétariat que lui avaient réservées ses deux collègues mâles. C’est notoire : la femme a un talent naturel, un don génétique, pour la dactylo. Nombre de savants mâles l’ont confirmé. Mais un jour, la femme s’était révoltée. Depuis, chacun tapait ses rapports. » (Page 49)… Et toc!!

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

1 COMMENTAIRE

  1. Livre dans lequel il vaut mieux ne pas investir. Le style est enfantin, aucune profondeur, on attend du genre « fantastique » qu’il réfléchisse sur le réel, et non pas que ce soit un vulgaire remix de contes enfantins.

    Je tiens à rappeler que ce n’est pas parce qu’on décrit quelque chose de morbide que le reste devient intéressant.

    En outre, les capitales n’ont pas lieu d’être pour les noms des personnages. On préférait les petites capitales (« small-caps » sur les logiciels si jamais c’était là seulement un problème informatique, ce qui peut se comprendre si un petit budget a été investi).

    Les échanges entre les personnages sont affreux, on se demande s’il n’y a pas une quelconque inspiration venant de la téléréalité, du moins dans le fond. Quant à la forme, qui dirait de nos jours : « Il me chatouille les nerfs au chalumeau » ? Préférer une pudeur du vocabulaire à de vrais échanges, cela me donne l’envie de passer le livre au chalumeau. Quelques petits extraits si vous voulez faire un petit retour de 70 ans dans le milieu pseudo-aristocratique : « Je suis furibard » ; « Quelle cruche » ; « bêla le repenti » ; « Dans le mille, Émile » ; « Ahhhh, pu… rée » ; …

    Le livre est tellement lent qu’on s’attendrait à reculer, vous me voyez étonné qu’il n’y ait pas de flash-back.

    Pour finir en beauté, il fallait que le capitaine soit contre les anglicismes. Quel boomer ce capitaine… Je cite : « La tim ? répéta le capitaine anglo-proof ». Pour la team évidemment. Cela colle bien avec ce livre sans fond, superficiel, sûrement là pour faire des ventes puisqu’il ne demande aucune réflexion, et plaire aux gens qui se croient supérieurs parce qu’ils sont contre les anglicismes et ne sauraient pas définir ce qu’est un anglicisme d’un point de vue linguistique…

    À fuir…

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