Maurizio DE GIOVANNI : Inspecteur Lojacono – 02 – La collectionneuse de boules à neige

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Italie

INFOS ÉDITEUR

Maurizio DE GIOVANNI - Commissaire Lojacono - La collectionneuse de boules a neige
La collectionneuse de boules à neige

Parution aux éditions Fleuve en mars 2015

Parution aux éditions 10/18 en avril 2016

Traduit par Jean-Luc DEFROMONT

Fraîchement muté dans un commissariat napolitain de seconde zone, l’inspecteur Lojacono, encore auréolé de l’affaire du ” crocodile “, doit enquêter sur le meurtre d’une notable tuée à coups de boules à neige

Au commissariat de Pizzofalcone, l’heure est à la reprise en main. Pour redorer le blason de la police dans le quartier, le commissaire Palma s’est mis en tête de recruter tous les flics fêlés et meurtris des commissariats des environs, jusqu’à l’inspecteur Lojacono, encore auréolé des retombées médiatiques de l’affaire du ” crocodile “. Le meurtre d’une notable donne très vite à son équipe hétéroclite l’occasion de faire ses preuves. Cecilia De Santis, épouse d’un notaire réputé, et membre du gotha napolitain, a été retrouvée morte dans son salon, le crâne fracassé par une boule à neige. C’était pourtant une femme généreuse, qui vivait presque recluse, et dont le seul travers connu consistait à collectionner les objets les plus kitsch…

(Source : 10/18 – Pages : 360 – ISBN : 9782264068729 – Prix : 8,10 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

La collectionneuse de boules à neige, I Bastardi di Pizzofalcone en langue originale, paru en 2013 en Italie, traduit par Jean-Luc Defromont, a été publié en 2015 par les éditions Fleuve Noir, et réédité en 2016 par les éditions 10/18, dans la collection “Domaine policier”.

C’est un roman sombre, qui explore les tréfonds de l’âme humaine, dans ses aspects les plus noirs, les plus misérables aussi : la complexité des rapports humains, la solitude, la détresse et l’égoïsme de notre société moderne :

“Elle habite seule dans un deux-pièces où elle a vécu avec sa mère. Ça fait des mois qu’elle ne paie plus le loyer, parce que son allocation de solidarité lui suffit à peine pour se procurer un repas par jour et les médicaments nécessaires à sa survie.” (Page 189)

“Vue de dos, elle est le portrait du désespoir. Échine voûtée, tête baissée, mèches sales pendouillant comme des feuilles mortes.” (Page 190).

Le récit alterne les passages de l’enquête avec les passages en italiques qui dévoilent les pensées que l’on comprend être celles du tueur et de la jeune fille “prisonnière”, configuration qui existait dans La méthode du crocodile, première enquête de l’inspecteur Lojacono.

L’originalité de ce roman réside dans l’histoire du commissariat de Pizzofalcone suite à l’énorme scandale de corruption qui avaient contraint les autorités à destituer une grande partie de ses membres, remplacés par les “rebuts” des commissariats de Naples, dont Lojacono. La psychologie des personnages y est remarquablement fouillée.

L’intrigue

Quelques mois après l’affaire relatée dans La Méthode du crocodile, qui “l’a réhabilité professionnellement mais l’avait rendu impopulaire auprès de ses collègues: il ne connaissait pas la ville, ne disposait pas de réseau d’informateurs, mais s’était pourtant payé le luxe, avec sa seule logique, de trouver la solution d’une série de crimes aussi complexes, damant le pion à la préfecture acculée au mur par la presse et l’opinion publique.” (Page 12). Evidemment, après cet exploit, le commissaire Di Vincenzo ne pouvait décemment pas le laisser croupir au service des plaintes. Mais le commissaire Palma, le nouveau chef du commissariat de Pizzofalcone, qui l’avait rencontré lors de l’affaire du “crocodile”, l’a demandé expressément comme collaborateur.

Alors que Lojacono vient de prendre ses nouvelles fonctions à Pizzofalcone, Cécilia de Santis est brutalement assassinée, la nuque brisée par une boule à neige de sa collection. Certains objets en argent ont disparu, mais ni les bijoux coûteux, ni le presse-papier en or. Le voleur a-t-il été dérangé ? Ou a-t-on voulu faire croire à un vol afin de masquer un crime prémédité ? Mais par qui ? Et pourquoi ?

Travail de la police

Les investigations du légiste et de l’équipe scientifique sont très professionnelles, très proches de la réalité, donnant au roman un sceau d’authenticité très appréciable. Quant au travail de la police et à l’organisation de l’enquête, tout est organisé selon le concept que “la clé du mystère, c’est la personnalité de la victime: elle seule explique ses comportements.” (Page 158).

Les personnages

Tous les personnages de ce roman, les principaux comme les secondaires, n’ont rien des héros habituels de roman. Au contraire, ils sont très réalistes, avec les manies, les habitudes, les lubies, ainsi que les sentiments et émotions des gens ordinaires, des gens que l’on peut rencontrer partout autour de soi, incarnant toutes les facettes de la société italienne.

  • Giuseppe Lojacono : surnommé “le Chinois”, la quarantaine ; d’origine sicilienne. prend des notes dans un calepin.
  • Di Vincenzo : commissaire, supérieur de Lojacono à San Gaetano.
  • Laura Piras : substitut du procureur.
  • Commissaire Palma : nouveau commissaire de Pizzofalcone. La quarantaine, les traits tirés, une ombre de barbe. Il donne l’impression d’être plongé dans une perpétuelle activité : “Toujours à votre disposition, je ne ferme jamais la porte de mon bureau, sauf quand ça peut mettre mon interlocuteur en difficulté. Je suis convaincu qu’à force de travail, et de travail honnête, on finit par obtenir des résultats satisfaisants. J’essaie de ne pas avoir de préjugés et je me fiche de tout ce qui a été écrit sur vous.”
  • Giovanni Guida : agent au commissariat de Pizzofalcone.
  • Ottavia Calabrese : brigadier, fait partie de l’ancienne équipe de Pizzofalcone. Belle femme d’une quarantaine d’années, sobre, l’air fatigué, cheveux ramassés en chignon, une belle voix; chargée de l’informatique et du secrétariat, mais aussi des relations avec la presse.
  • Giorgio Pisanelli : capitaine de police âgé de 61 ans; dans les murs de Pizzofalcone depuis quinze années; il a une mémoire historique du lieu. Habite le quartier depuis longtemps, où il connaît tout le monde.
  • Alessandra Di Nardo : gardienne de la paix, vient du commissariat du Decumano Maggiore; 28 ans à peine; un goût prononcé pour les armes, elle obtient la note la plus élevée à toutes les épreuves de tir. “Elle n’était elle-même que lorsqu’elle tirait au fusil, au pistolet ou à la mitraillette (…) Alex s’entraînait constamment; c’était son père, un général de l’armée désormais à la retraite, qui lui avait enseigné à tirer.”
  • Marco Aragona : gardien de la paix stagiaire qui vient de la préfecture centrale, pistonné par son oncle ; “jeune homme dont le visage s’ornait de deux rouflaquettes et d’une étrange banane à la Elvis camouflant une calvitie naissante (…) De petite taille, il portait une chemise ouverte sur un torse soigneusement épilé…Il arborait des Ray-Ban bleutées qu’il enlevait avec une lenteur étudiée.”
  • Francesco Romano : sous-brigadier, homme massif à la mine patibulaire; cheveux en brosse, cou large et mâchoire carrée. Caractère pour le moins impulsif : “Sa main droite est dans sa poche comme d’habitude. Pour qu’elle reste sage. Pour qu’on ne la voie pas. Elle fait penser à une bête mal dressée, un de ces chiens dangereux interdits par la loi, qu’il faut promener attachés à une laisse courte et muselés. Sauf que le sous-brigadier n’arrive pas à lui passer la muselière, à sa main droite.”
  • Amalia Guardascione : vieille femme impotente.
  • Cecilia de Santis : issue de la haute bourgeoisie, famille très riche ; épouse du notaire Arturo festa ; collectionne les boules à neige ; femme effacée, qui s’occupe essentiellement de bonnes œuvres.
  • Mayya Ivanova : jeune femme bulgare, bonne de Cecilia de Santis.
  • Arturo Festa : notaire, époux de la victime ; mondain, ne sort presque jamais avec sa femme ; bel homme, coureur de jupons; grand, vêtu élégamment, cheveux poivre et sel, visage hâlé, jeune d’allure malgré ses 60 ans.
  • Rino de Lucia : travaille à l’étude de maître Festa; également chauffeur de Cecilia de Santis.
  • Imma Arace : travaille à l’étude de maître Festa.
  • Mme Rea : travaille à l’étude de maître Festa.
  • Marina Lanza : travaille à l’étude de maître Festa ; gère son système informatique.
  • Iolanda Russo : maîtresse d’Arturo Festa ; comptable et experte-conseil assez connue, s’occupe de recouvrement de créances, spécialisée dans les relations avec les banques; 28 ans.
  • Nunzia Esposito : jeune fille qui vit enfermée dans l’appartement situé en face de celui de dona Amalia ; très belle : “peau lumineuse, sans la moindre imperfection; ses joues encore légèrement rebondies. Grands yeux noisette, lèvres charnues, grain de beauté au coin de la bouche. Grande, longues jambes, ventre plat.” (Page 180).
  • Germano Brasco : architecte, propriétaire de l’appartement où vit Nunzia; 60 ans, grand, élégant, cheveux blancs abondants, moustache blanche soignée.
  • Baronne Ruffolo : visage ridé lourdement fardé, énormes lunettes fumées, collier de perles, précieuses boucles d’oreilles anciennes.
  • Leonardo Calisi: vieil ami de Pisanelli ; de petite taille; franciscain au couvent de Maria Annunziata.
  • Georgia : épouse de Romano.
  • Gaetano : époux d’Ottavia Calabrese ; ingénieur, gagne très bien sa vie.
  • Riccardo : leur fils autiste.
  • Lucio Marchitelli : médecin légiste.
  • Letizia : propriétaire de la trattoria où Lojacono prend la plupart de ses repas ; est devenue une sorte d’amie-confidente.
  • Sonia : ex-femme de Lojacono.
  • Marinella : leur fille.

Les lieux

Comme dans la précédente enquête de Lojacono, Naples, ville où se déroule l’intrigue, est  bien plus qu’un simple décor; elle participe de l’histoire en cela qu’elle influence les comportements, qu’elle explique en quelque sorte pourquoi de tels crimes sont possibles. Ainsi, les descriptions qu’en fait l’auteur non seulement permettent au lecteur de se représenter les lieux, mais encore donnent aux personnages qui y évoluent une épaisseur supplémentaire, un souffle de vie…

Naples

“A travers les vitres détrempées par les rafales de pluie, il aperçut la mer démontée, occupée à son travail millénaire de sape autour du château de tuf allongé sur sa presqu’île. Cette île trouvait toujours le moyen de vous surprendre en vous offrant soudain des panoramas d’une beauté illusoire.” (Page 24)

“La rue en question se trouvait dans une zone populaire à la mode une dizaine d’années auparavant, ce qui avait éveillé les ambitions et fait grimper les prix. Cependant, le projet de revalorisation n’avait pas été mené à son terme, si bien que le quartier procurait au visiteur une impression de croissance avortée, avec son mélange de magasins d’un certain standing et d’échoppes, de nouvelles constructions et d’immeubles décatis.” (Page 83).

Le commissariat de Pizzofalcone

Au sein même de Naples, le commissariat semble comme une enclave, un lieu à part, jouant également un rôle bien plus important que celui de simple décor :

“Sa circonscription assez limitée géographiquement mais très peuplée englobe une partie des quartiers espagnols et descend jusqu’au front de mer. On y trouve quatre mondes, comme on disait autrefois : petit prolétariat, bourgeoisie d’employés, haute bourgeoisie commerçante et aristocratie. Seule manque l’industrie. Tout ça sur trois kilomètres à peine de bout en bout. Un des plus anciens commissariats de la ville, petit mais stratégique.” (Page 16)

“On accédait au commissariat de Pizzofalcone par la cour d’un ancien immeuble. Sa façade décrépite et replâtrée par endroits produisit sur Lojacono une impression de décadence et d’incurie…” (Page 22)

Mon avis

Deuxième enquête de l’inspecteur Lojacono aussi convaincante que la première : des personnages bien campés, intéressants, dont on aime suivre les péripéties aussi bien dans leur vie personnelle que dans leur travail de police, dont l’auteur dévoile peu à peu les ressorts qui les animent, qui les poussent à s’investir de plus en plus dans une enquête plus complexe qu’il n’y parait à première vue ; une intrigue bien ficelée dans laquelle on ne s’ennuie pas une seconde; un style direct, un peu abrupt parfois, à l’image de ce monde sans concession que décrit Maurizio de Giovanni sans complaisance ni apitoiement ; des décors qui n’ont rien d’artificiels, dont on sent qu’ils participent de l’histoire, qu’ils ne sont pas là juste pour meubler. Une intéressante descente au cœur de cette société italienne en proie à des soubresauts révélant ses lacunes, mais aussi ses fragilités. Société dans laquelle les êtres se débattent, essaient de tirer leur épingle de ce jeu qui semble bien perturbé, faussé…

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