K. W. JETER : Dr Adder

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Etats-unis

INFOS ÉDITEUR

dr adder - jeter

Parution aux éditions Denoël en novembre 1985

Parution aux éditions Denoël en Poche en octobre 1993

Parution aux éditions Actu SF en novembre 2014

Traduit par Michel LEDERER

L.A. est partagé entre d’un côté la Zone-Rat, où échouent les marginaux et les membres du Front de libération, et de l’autre le comté d’Orange, repaire des nantis drogués à leur poste de télévision. Entre les deux, l’Interface, zone neutre où déambulent les putes modelées selon les désirs et pulsions secrètes des clients par le bistouri du Dr Adder, idolâtré par certains, voué aux gémonies par d’autres.

E. Allen Limmit a quitté son Phoenix natal et son Unité de ponte pour vivre lui aussi la grande aventure de L.A. Poussé à rencontrer le fameux chirurgien, il ne se doute pas qu’il va être pris entre les feux croisés du docteur et ceux de son ennemi juré, John Mox, télévangéliste à la tête de l’armée des Forces morales au sein d’une ville à l’âme aussi vérolée que désespérée…

(Source : ActuSF – Pages : 312 – ISBN : 9782917689783 – Prix : 18,00 €)

L’AVIS DE PIERRE-MARC PANIGONI

Nous voici ici en présence d’un roman assez particulier. Voire même très particulier. Afin de le prouver, je pourrais dire simplement qu’il a été écrit en 1972 et publié seulement en 1984, et à cause de Philip K.Dick qui insista de nombreuse année pour cela, mais cela ne prouverait rien.

Prenez tout simplement la citation d’ouverture du livre :

« J’aimerais joindre ma voix à ceux qui réclament des images de femmes amputées dans votre magazine. Les femmes qui n’ont qu’un bras, et surtout celles qui n’ont qu’une jambe, sont particulièrement excitantes et des photos représentant de jolies amputées seraient certainement appréciées par un grand nombre de vos lecteurs… »

Ceci met tout de suite dans l’ambiance du livre. Vous me suivez ?

Nous voilà donc projetés dans un Los Angeles coupé par des zones avec d’un côté des détraqués sexuels, d’un côté des télé-évangélistes bien-pensant et enfin une zone tampon dans laquelle les prostitués estropiées subissent les assauts de tous les autres.

C’est dans cet univers de dépravation et de non-droit que Limmit débarque et se retrouve au milieu d’une guerre entre tous ces groupes et va vite plonger au cœur de la perversion humaine.

Dans ce récit, le docteur Adder est un personnage assez singulier : il mutile les prostitués afin de les adapter aux volontés du marché. La tendance est à femmes manchot ? Il coupe des bras. Vous en voulez une plutôt style Shiva ? Il rajoute des bras. Et j’en passe, car cela est le plus soft qu’il fasse.

Au-delà de ça, Adder incarne la mégalomanie des puissants égocentrique, celle qui suscite attirance et répulsion en même temps. Cet homme nombriliste ne s’intéresse qu’à ses œuvres et se désintéresse totalement, pour ne pas dire se moque totalement de la guerre civile en préparation en bas de chez lui. Même si tout est exagéré, trash, violent, Adder transforme la société. Cet homme est tellement marquant qu’il en éclipse presque tous les autres.

Au-delà ce personnage, l’ambiance est électrique et l’hypocrisie règne en maître dans ce XXIe siècle dépeins. Comme souvent dans les romans d’anticipation, il y a un deuxième niveau de lecture et j’ai le sentiment qu’il faut y voir derrière c’est un malaise grandissant dans la société, mais ce malaise est sous-jacent et cause la une dégradation irréversible de la nature humaine. Pour Jeter cela semble inéluctable et si les vices ne sortent pas contraints et forcés ça va mal finir pour notre société.

Le récit est dense, sombre, sexuel, violent, subversif, trash, noir et perturbant, mais ce roman reste néanmoins et paradoxalement un bon roman… à ne pas mettre entre toutes les mains.

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