Interview de l’auteur Denis JULIN

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Rencontre avec l’auteur Denis JULIN pour son premier roman « La Lézarde du Hibou » paru aux éditions Pavillon Noir en avril 2018

Denis JulinJérôme PEUGNEZ : Bonjour Denis JULIN, pouvez-vous me décrire votre parcours ?

Denis JULIN : Né en 1956 en banlieue parisienne, enfant de divorcé, rêveur et avide d’espace, j’ai trouvé dans l’aéronautique une porte ouverte sur le monde. Bourlinguant d’îles en continents, je me suis rapidement spécialisé dans l’humanitaire (récupération des blessés, recherche de personnel ou navire en détresse, etc). Marié, 2 enfants, je me suis finalement posé en Aquitaine pour travailler à la Sogerma et chez Dassault aviation (1998 à 2009). En 2010, après mon remariage, j’ai finalement décidé de profiter de la vie et de prendre un retraite anticipée. Après un séjour de quatre ans en Charente, je suis venu m’installer en limousin.

JP : Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

DJ : Mes premières nouvelles datent de 1973, timides essais de plume demeurés bien au chaud dans un cahier de classe. Durant presque 20 années de pérégrinations, cette envie latente, reprendre l’écriture, m’a accompagné partout, que ce soit dans les airs, au fond d’une jungle stressante ou bien au-dessus des étendues bleutées d’un océan enivrant. Un soir, en février 1992, à 7000 kilomètres de l’Hexagone, j’ai visionné un film : Misery, tiré d’un roman de Stephen King. James Caan tapait son roman sur une vieille Underwood tandis que derrière lui, à travers la large fenêtre, les saisons défilaient inlassablement. Impression de sérénité ? Caricature d’un destin en marche ? Je n’ai pas dormi de la nuit et au matin, mon premier roman voyait le jour… Deux mois plus tard j’attaquais le suivant.

JP : Quelles étaient les lectures de votre enfance ?

DJ : Très banales et communes à tous les garçons de mon âge. À cinq ans, quand ma mère ou ma grand-mère m’emmenaient quelque part, pour que je me tienne tranquille, j’avais droit soit à une petite voiture, soit à une bande dessinée. À l’époque, avec le plan Marshall qui abreuvait la France de produits américains, c’était souvent des albums de Bug Bunny. Ce sacré lapin m’a accompagné partout ! Ensuite le mystère m’a attiré, avec Bob Morane d’Henri Vernes puis vers 13 ans Jean Ray et son univers fantastique. Je n’ai appris que plus tard que Jean Ray et Henri Vernes (qui aura 100 ans en octobre !) étaient amis… Comme quoi…

JP : Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

DJ : Je n’ai aucun rythme de travail. Selon le cas je peux rester un an sans écrire une ligne ou bien me consacrer 12 heures par jour à un roman (j’ai une femme très compréhensive !). Quand j’écris une nouvelle, c’est d’un seul jet, en quatre ou 6 heures selon la longueur. Ce qui n’exclut pas parfois plusieurs heures de corrections… Roman ou nouvelle, je pars souvent d’une fin, une « chute ». Hangar 31 a vu le jour sur une idée banale mais puissante dans un certain contexte. Le travail a ensuite consisté à créer des personnages puis une logique de récit amenant à ce final… Dans d’autres romans, comme « Mes amis de toujours », j’ai crée des personnages et ce sont eux qui, à force de les étoffer et d’affiner leur caractère, ont finalement dirigé le récit dans une autre direction. Ce qui m’a placé dans la position de l’écrivain qui « lisait » son roman… Ce n’est pas désagréable. À préciser que pour une nouvelle, texte très concis avec peu de personnages, cela ne se produit jamais : on ne sait pas toujours d’où on part, mais on sait toujours où on arrive. Enfin en ce qui me concerne parce qu’avec mes lecteurs, j’éprouve un malin plaisir à leur prendre la main puis les amener à un endroit totalement inattendu… C’est ce qui fait le charme du genre, véritable joyau de la littérature anglo-saxonne mais peu reconnu chez nous…

JP : Quelle est la genèse de votre dernier roman « La Lézarde du Hibou »?

DJ : L’idée de départ vient, comme souvent, d’une accumulation de faits. Articles de journaux, image fugitive, confessions d’un proche, l’esprit est un verger de semences portées par le vent. Un de mes amis avait des soucis conjugaux et il lui venait des idées de meurtre. Comme tous les auteurs noirs, j’avais extrapolé la situation à la recherche du crime parfait échappant à la présence de la justice. J’ai simplement supprimé l’idée d’une justice possible…

Denis JULIN - La Lezarde du hibou
La Lézarde du hibou

JP : Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

DJ : Le personnage principal, c’est moi, vous, n’importe quel lecteur ou lectrice. Simplement un être humain qui désire vivre en harmonie avec ses contemporains et c’est cette transparence qui au final fait la force du livre. Tout le monde connaît dans son entourage un supérieur qui harcèle, un voisin qui lorgne trop souvent par dessus la clôture, un acheteur indélicat, etc. Face à la bêtise (le terme est faible mais poli!) de certains, on préfère parfois baisser la tête et subir, afin de ne pas aller contre notre nature pondérée et non belliqueuse. Simplement parce que « cela n’en vaut pas la peine »…. Mais il arrive parfois que quelqu’un se lève et recadre les fâcheux, au détriment de la justice officielle. Je le réprouve mais c’est un fait avéré, et cela redonne de l’espoir aux plus malheureux. En ce qui me concerne, le voisin voyeur et l’acheteur peu scrupuleux sont réels. Bien entendu noms et faits ont été changés mais, hélas, ils existent bien…

JP : Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

DJ : L’écriture s’est avérée très facile et fluide. Les personnages ont demandé un peu de recherche et de travestissement. J’ai confié le texte à ma correctrice préférée (ma femme) puis l’ai rangé dans un tiroir de mon passé (le texte, pas ma femme!). Au bout de deux mois, je l’ai ressorti et envoyé à plusieurs maisons d’édition. Corsaire a été la première à répondre positivement. Il a fallu attendre deux ans pour que ce récit prenne sa place dans la procédure de mise en édition puis le lire, le relire, le corriger… On ne le sait pas toujours mais entre acceptation et parution il s’écoule parfois deux à trois ans d’attente, temps mis à profit pour sortir un produit bien fini, bien pensé, presque irréprochable au niveau grammatical, tout en conservant la fraîcheur d’origine… Le tout pour la plus grande satisfaction du lecteur !

JP : Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs, à propos de vos romans ?

DJ : Ce roman étant le premier à être publié, je ne puis vous répondre. Par contre, en ce qui concerne mes nouvelles, j’ai quelques anecdotes à citer. À Arcachon, en 2006, une institutrice a acheté « Arcachon sur crime » à 11h30. À la réouverture de la librairie, elle est revenue en me disant qu’elle avait littéralement dévoré les sept nouvelles et qu’elle voulait l’autorisation de les faire étudier par ses élèves… Au Maroc ! Une amie de ma mère a « oublié » de préparer le repas de midi, tout à la lecture de « Meurtres en quinconce », le premier recueil… Peut-être devrais-je classer ma prose dans la rubrique « Produits de régime » ??? Ce qui est le plus amusant c’est que certains lecteurs dissèquent littéralement l’ouvrage et posent ensuite des questions existentielles sur certaines phrases écrites. Parfois c’est très pertinent et cela m’étonne. Le plus amusant, un libraire de Blaye m’a assuré n’avoir pas pu fermer l’œil de la nuit suite à la lecture de l’une des nouvelles de « D’outre Mort »… C’est le but : inspirer des sentiments à son public.

JP : Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

Volvo PV544 3108.jpgDJ : La vie est si riche en sensations qu’il serait trop restrictif de se contenter de quelques unes. De mon enfance j’ai gardé le goût de la lecture et des voitures. Simplement je suis passé des Dinky-toys aux réelles. Passionné de véhicules anciens, j’ai eu plusieurs américaines (Corvair, Corvette, Mustang, Pontiac, Dodge, etc) et européennes (Frégate , Rambler, 404, etc). Actuellement, je restaure une Volvo pv544 de 1960. J’aime redonner vie et entretenir les vieilles mécaniques (cela va personnellement me servir vu que je vieillis…). Quand je passe dans une de mes anciennes, je suis heureux de voir le bonheur dans les yeux d’un enfant : ce n’est que juste retour des choses. J’adore aussi la musique et surtout le cinéma. En bref, tout ce qui génère des sentiments de bonheur…

Depuis quelques temps, nous sommes famille d’accueil pour une association. De ce fait, à la maison, il y a 5 chats et 7 chiens, dont deux sont adoptables. Ma femme et moi leur redonnons foi en l’être humain, un foyer accueillant avec banquette et croquettes à volonté, sans oublier les promenades quotidiennes. Quel bonheur de voir un chien très craintif prendre au fil des jours de l’assurance et s’endormir contre vous… En plus je leur communique la passion du cinéma ! Il n’y a pas qu’au théâtre qu’il y a des « cabots »… Le seul problème, dans le film, dès qu’un klaxon retentit, ils foncent tous au portail…

JP : Quels sont vos projets ?

DJ : Assurer au mieux la promotion de mon premier roman. Ensuite préparer le suivant. À l’heure actuelle, il y en a six d’écrits dont trois de véritablement exploitables, après correction. Ensuite… Vivre avec le sourire, donner du bonheur aux uns, de la joie aux autres, de l’espoir enfin aux plus démunis… C’est déjà un sacré programme !

JP : Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

DJ : Je lis beaucoup, au moins une heure par jour. Mes goûts sont très éclectiques, cela va du roman policier à l’horreur, en passant par le drame et la science fiction. J’ai apprécié « Au revoir là-haut », le Goncourt de Pierre Lemaître. Parfois je reprends un Frédéric Dard, l’un des meilleurs (sinon LE meilleur) auteur populaire du siècle dernier, un récit historique… En ce moment je relis l’intégrale de Doberman, de Joël Houssin. J’apprécie aussi les policiers limousins, avec Linol, Nivard. Avant tout, un livre doit être facile à lire et pas trop embrouillé. J’ai horreur des gros pavés tendancieux ou bien des confessions à scandale : la lecture doit apporter calme et sérénité, c’est un apaisement, une parenthèse heureuse dans notre vie, et non une lutte glauque pleine de ressenti…

JP : Une bande son pour lire en toute sérénité votre roman ? A moins que le silence suffise ?

DJ : Le silence pour toute mélodie ! Mais dans ma jeunesse, je ne détestais pas un fond sonore. J’ai lu les chefs-d’œuvre de Jean Ray en écoutant Graeme Allwright, ce qui fait naître chez moi un parfum de mystère à la ré écoute de certaines chansons…

JP : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

DJ : Pas encore mais cela va venir. J’aime la technique moderne mais ne l’utilise que si elle m’est vraiment nécessaire. Pour la sortie de ce premier roman, je vais créer un site afin de pouvoir m’entretenir plus facilement avec mes lecteurs…

JP : Merci Denis Julin d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

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