Sylvie BARON : L’héritière des Fajoux

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France
Sylvie BARON - heritiere des Fajoux-
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  • Éditions Calmann-Lévy le 15 février 2017
  • Pages : 320
  • ISBN : 9782702159552
  • Prix : 19,50 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À la mort de son père, lors d’un accident de débardage dans la petite scierie familiale auvergnate, Marie, qui résidait depuis vingt ans au Québec, décide de revenir sur sa terre natale, l’Aubrac. Elle y voit la possibilité d’un nouveau départ après une crise conjugale. Sa fille Flore, âgée de dix-huit ans, l’accompagne afin de découvrir ses racines.

La reprise de l’affaire se révèle difficile. Aidée par ses amis d’enfance, Marie se bat sur tous les fronts dans un univers dominé par les hommes. Elle doit se familiariser avec un dur métier qu’elle apprend petit à petit à maîtriser pour faire face à la convoitise des grosses scieries industrielles.

Alors qu’elle reprend goût à la vie, Marie commence à soupçonner que le décès de son père n’était peu t-être pas accidentel. Menant sa propre enquête, elle comprend qu’elle est étroitement surveillée…

L’AVIS DE CATHIE L.

Sylvie Baron est un écrivain, mais, mais aussi professeur, passionnée de littérature, amoureuse des jardins à l’anglaise, de la nature et des grands espaces.C’est pourquoi, elle a choisi de s’installer en  Haute Auvergne  pour poursuivre son travail d’écriture.

Admiratrice des « grandes dames du crime » comme Agatha Christie, Patricia Wentworth ou Patricia Mac Donald, elle a à cœur de retracer cette atmosphère si particulière des romans dits à énigme avec des personnages forts et  attachants et des intrigues diaboliques.

Ses histoires proposent des fictions ancrées dans le présent et s’inscrivent pour la plupart dans ce territoire si fort du Cantal. Vous trouverez d’autres romans de Sylvie Baron

Le roman

L’héritière des Fajoux a été publié par les éditions Calmann-Lévy, dans la collection France de toujours et d’aujourd’hui, en 2017. Sylvie Baron écrit dans une langue chantante et sensuelle, à l’image des torrents qui dévalent les montagnes de son cher Cantal: « Dans l’atelier, les rayons du soleil se reflétaient furtivement sur la lame de la scie avant que celle-ci ne disparaisse, sous l’effet de la vitesse, dans un éclaboussement de sciure dorée au cœur du billon de bois. »(Page 61)… »La fraîcheur nocturne avait chassé la brume. Le ciel orgueilleux de l’Aubrac crépitait d’étoiles pointues qui enveloppaient le soir d’une écharpe de lumière. » (Page 184).

La construction du roman, dont de nombreuses scènes sont évoquées après coup, entretiennent le suspense…et la frustration du lecteur qui doit patienter un certain nombre de pages pour accéder à la suite d’une partie de l’intrigue. L’histoire est racontée du point de vue du personnage principal, Marie, dont les pensées sont transcrites en italique.

Chaque roman de Sylvie Baron permet de défendre une cause qui semble perdue mais légitime, de se battre contre la disparition de nos traditions, d’un monde, peut-être pas meilleur, mais moins vénal, plus en adéquation avec la nature, des valeurs humaines que nous devons défendre de toutes nos forces. Ici, c’est le combat d’une petite scierie artisanale contre une grosse machine de guerre qui dévore tout sur son passage, hommes, forêts, convictions, transmission d’un héritage qui revêt une signification, qui a du sens…

L’intrigue

Suite à l’accident qui a coûté la vie de son père, propriétaire d’une petite scierie dans l’Aubrac, Marie, qui vient de passer vingt ans au Québec avec Gilles, père de sa fille dont elle vient de se séparer, décide de revenir au pays et de relever le grand défi qui l’attend: reprendre la direction de la scierie paternelle. L’occasion pour elle de recentrer sa vie et de faire le point sur la suite à donner à la trahison de Gilles.

Pourtant, cette nouvelle vie s’annonce plus complexe à mettre en place qu’elle ne le pensait au départ, mais Marie va découvrir en elle des ressources insoupçonnées: « La nouvelle Marie, heureusement, avait tout de suite repris le dessus. Tout s’écroulait pourtant autour d’elle, n’ayant aucune idée de ce qu’elle allait faire, de ce qu’il fallait faire. » (Page 20), ressources dont elle aura grand besoin pour affronter la tempête qui na heurter la scierie de plein fouet: perte de clients, matériel trop vieux, méfiance des ouvriers à l’égard d’une femme patronne, rendement insuffisant.

C’est dans cette ambiance électrique que Marie commence à nourrir des soupçons quant à la cause du décès de son père: et si la mort du vieil homme n’était pas accidentelle? Qui est l’auteur des cercueils miniatures qu’elle reçoit? Qui est la mystérieuse Louise? Trop de questions restées sans réponse. Mais Marie veut en avoir le cœur net et mène sa propre enquête…à ses risques et périls…

Les lieux

Les romans de Sylvie Baron sont toujours une invitation à découvrir des endroits magiques, qu’elle nous décrit avec passion et lyrisme, ce qui ne les empêche pas d’être parfaitement intégrés à l’intrigue.

Le bois des Fajoux, propriété familiale, « ces hectares de résineux, de feuillus, cette forêt d’exploitation, de rapport qui avait fait vivre des générations d’hommes durs à la tâche, forestiers, bûcherons, scieurs de long, lui appartenaient désormais. Ces bois, c’était avant tout une histoire d’amour… Elle avait besoin de respirer l’humus, de s’étourdir du silence des grands fûts, d’entendre leurs feuilles murmurer dans le vent, de s’imprégner de la paix si particulière qui enveloppait ces lieux. » (Page 12).

Une manière très personnelle et très particulière d’intégrer la région de l’Aubrac dans le récit : « Il connaissait chaque draille, chaque pâturage, chaque ruisseau, chaque piste forestière. Les lacs immobiles, les murets de pierres sèches, les tourbières sombres n’avaient aucun secret pour lui. Il savait où nichaient les faucons pèlerins, pouvait répertorier tous les oratoires, croix, burons disséminés dans les estives…A plus de mille mètres d’altitude, les hauts plateaux de l’Aubrac invitaient à l’élévation spirituelle (…) A l’image de cette terre, Julien, enivré par l’immensité de l’espace et la beauté des paysages, s’était dépouillé petit à petit des choses inessentielles. Il goûtait la solitude, cultivait le retrait, l’abandon, le silence. » (Pages 38-39).

Nous faisons ainsi la connaissance de Saint-Urcize, village médiéval qui semble tout droit sorti des romans de chevalerie qui ont égaillé les soirées de nos lointains ancêtres : « Ancien village carolingien aux limites du Gévaudan et du Rouergue, veillé par un rocher et quelques ruines féodales, le bourg conservait jalousement ses vieilles pierres, ses placettes ornées de fontaines, ses belles demeures, ses maisons renaissance et son église à clocher peigne. »(Page 157).

En conclusion

Le + : cette façon bien à elle de planter le décor, comme un peintre: un lieu ici, un personnage là, un souvenir en fond, une réflexion ou une pensée en premier plan. Un roman à la forte personnalité, qui vous enchantera ou vous transportera, vous intriguera ou vous fera vous interroger, mais ne vous laissera certainement pas indifférent.

Ce que j’apprécie avec Sylvie Baron est qu’elle ne juge pas ; elle montre les deux aspects d’un sujet, le pour et le contre, laissant la place à chacun d’exprimer son opinion et de la défendre, même si cette dernière va à l’encontre de ses propres convictions. Je vous laisse découvrir, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, la plume sensuelle et captivante de Sylvie Baron, ses personnages, son intrigue bien ficelée, son discours vibrant d’émotion et de valeurs humaines puissantes.

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