Gin PHILLIPS : Le zoo

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Etats-unis
Gin PHILLIPS - Le zoo
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  • Éditions Robert Laffont collection La Bête Noire le 21 septembre 2017
  • Éditions 10/18 le 6 septembre 2018
  • Traduit par
  • Pages : 288
  • ISBN : 978-2264072689
  • Prix : 7,95 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Parution aux éditions

Titre original : Fierce Kingdom (2017)

Traduit de l’américain par Dominique HAASLe zoo est sur le point de fermer ses portes. Joan et son fils de quatre ans, Lincoln, sont dans leur coin préféré, à l’écart du chemin principal. Ils profitent des dernières minutes. Mais quand ils se dirigent vers la sortie, ce qu’ils découvrent transforme cette journée de rêve en cauchemar : des corps étalés sur l’herbe, des hommes armés de fusils. Sans réfléchir, Joan prend son enfant dans ses bras et court, jusqu’à en perdre le souffle, jusqu’à ce que ses muscles la brûlent.

Pendant trois heures, la mère et son fils vont se retrouver piégés avec les animaux et les tueurs. Pour sauver Lincoln, Joan est prête à tout… même au pire.

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

L’amour viscéral et presque primitif d’une mère face aux morsures des balles.

Joan sait que le zoo va bientôt fermer ses portes, qu’elle doit avec douceur mais fermeté incité son petit bonhomme a ranger ses super héros pour regagner leur maison. Le rituel est toujours le même dans ce parc qui s’est transformé au fil des ans avec ses aires de jeux et ses espaces parfois abandonnés. Visiteurs, promeneurs, joggeurs, chacun s’est créé ses habitudes. Mais quelque chose est étrange dans l’air aujourd’hui, nul trace des soigneurs dans l’espace des éléphants, ces claquements dans l’air. La sortie proche. La vision brutale. Reculer. Courir, fuir, se protéger surtout le protéger.

Comment convaincre un petit garçon de quatre ans, curieux, avide de réponses et de savoir de se taire. En tout cas de faire le minimum de bruits. Espérer qu’il n’ait pas vu les corps, qu’ils n’en croisent pas d’autres.

Mais ils sont traqués. Joan va devoir trouver les mots pour expliquer à Lincoln qu’il n’y a pas que Loki qui veut faire du mal à Thor, que dans la vie réelle des individus peuvent être happés par une folie destructrice. Pas de terrorisme, deux jeunes hommes (ou plus ?) qui savourent cette fusillade qui prend des allures de chasse.

Car Joan a déjà suivi de tels événements aux actualités : sectes, fusillades dans un établissement… mais le temps s’est comme dissolu et rien ne semble pouvoir arrêté ces prédateurs des temps modernes qui font des cartons sur leurs contemporains et sur des animaux en ricanant.

Elle tente de se concentrer, d’apaiser les craintes de son fils, de ne jamais le lâcher. Car au fond d’elle, elle sait qu’elle est prête à tout pour le protéger. Sera-t-elle obligée de tuer à son tour ? Et si autre enfant avait besoin d’aide mais qu’il risquerait de les mettre en danger tous les deux, quel choix fera-t-elle ?

Kailynn travaille au zoo. Margaret aime s’y promener. Elles ont entendus ces bruits, vus des gens affolés courir, maintenant elles se cachent. Robby ne trouve plus Mark. Ils se sont mis à courir, se sont perdus de vue. Des destins se croisent. Il y aura-t-il un seul survivant dans ce bain de sang ?

Le zoo de Gin Phillips publié dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont se révèle être un texte surprenant et moderne. Malheureusement d’actualité, une mère et son fils vivent un moment de quiétude familiale en se promenant au zoo et leur quotidien bascule en un instant. Les balles ont fusés tout prêt d’eux, arriveront-ils en s’en sortir vivants ? Il y aussi l’inquiétude du père qui a envoyé un SMS en espérant qu’ils ne sont pas se promener dans leur lieu fétiche aujourd’hui car il a appris la nouvelle par les infos. Son sentiment d’impuissance. Ces moments où le couple tente de se soutenir à distance. Elle réussira à envoyer quelques infos mais le moindre bip, la moindre lumière ne risque-t-elle pas de les faire repérer. Terrible quand les agresseurs sont à porté de voix, leur souffle, leur pas, comme un fauve qui aurait flairé sa proie et serait en train d’approcher en attendant le meilleur instant pour leur bondir dessus.

L’amour maternel est superbement décrit. Il y a une forme de candeur, de béatitude, d’intensité des échanges mère-fils, du langage des tout- petits qui ne peut être compris que par leurs parents. Des petits riens qui font la magie de l’existence. De cette fusion presque viscérale, animale, de la peur que certaines ont que tout se brise tellement ce bonheur est fort (chute, accident). Et cette interrogation tellement pertinent qui m’avait également troublée dans « Le feu de Dieu » de Pierre Bordage (Au Diable Vauvert, Le Livre de Poche) : si quelques minutes accordées à un inconnu pouvaient mettre en péril un de vos proches quel choix feriez-vous ?

La force de l’auteur s’est de ne pas être dans le gore, dans le sensationnel. Il y a beaucoup de pudeur, nul besoin de décrire de longues scènes de massacres. Un mot, une attitude d’un des personnages font passer tellement de sensations. J’avoue j’avais la gorge nouée tout au long de la lecture, on ressent presque la douleur dans le corps de Joan qui ne veut lâcher son fils même si il commence à peser son poids. C’est tellement réaliste. Il est très facile de se projeter, de s’identifier dans cette femme qui n’est pas une héroïne mais qui laisse ses instincts les plus profonds refaire surface pour protéger son petit.

Seul bémol j’aurai aimé un épilogue pourquoi pas sous la forme d’un article de presse pour avoir plus d’infos sur le(s) tueur(s) et clore des hypothèses que je mettais construite au fil de la lecture. Et savoir si certains personnages que j’avais croisés, je pense notamment à la scène terrible de la poubelle, avaient pu s’en sortir.

C’est dommage car le ton du roman est très juste, il ne se lâche pas et c’est une véritable réflexion sur la barbarie qui peut, hélas, exploser dans des moments ordinaires. C’est aussi un très bel hymne d’amour.

« C’est une intimité tellement différente de celle que l’on a avec un amant, par exemple. Avec un amant, on aura beau être parfaitement à l’aise avec le corps de l’autre, avoir l’impression que son corps est le nôtre et que le nôtre est le sien, on aura beau librement, spontanément, pose la main sur sa cuisse, notre bouche sur la sienne, au lit, il aura beau se lover autour de nous, hanche contre hanche, en fin de compte on sera toujours deux corps différents, et le plaisir vient justement de cette différence.

Avec Lincoln (son fils), la frontière entre les deux moi est brouillée. Elle (Joan) le baigne, elle essuie tous ses fluides corporels, il lui fourre des doigts dans la bouche ou se rattrape quand il perd l’équilibre en mettant sa main sur le haut de sa tête à elle. Il fait l’inventaire de ses grains de beauté aussi minutieusement qu’il tient le compte de ses propres plaies et bosses. Il ne sait pas vraiment qu’il est un être distinct d’elle. Pas encore. Pour le moment, son bras à elle est à sa disposition exactement comme le sien à lui, ses membres à elle sont aussi ses membres à lui ». (page 97)

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L’AVIS DE LÉA D.

Merci à Robert Laffont !

Joan et son fils Lincoln, âgé de quatre ans, sont au zoo. Ils profitent tranquillement de l’endroit, installés dans un de leur coin préféré, un peu à l’écart des bâtiments principaux. A quelques minutes de la fermeture, ils se dirigent vers la sortie, où leur tranquillité explose : des corps étalés par terre, et des hommes armés.

Joan va réussir à s’esquiver hors de vue, mais sans parvenir à sortir du zoo et à échapper aux tueurs. Elle va devoir, avec un enfant dans les bras, louvoyer pour échapper à la mort. Parviendra-t-elle à garder son enfant en sécurité ?

Je suis toujours curieuse des parutions de la Bête Noire, ayant globalement énormément apprécié leurs titres depuis la création de la collection. Alors, lorsque j’ai vu le résumé du Zoo, j’étais curieuse.

Les premières pages commencent fort. On est installés confortablement, on profite de cette belle journée avec une mère et son fils. Un zoo, un enfant qui s’amuse, sa mère qui profite de ces instants avec lui… Jusqu’au moment où l’innommable se produit. Avec les derniers attentats qui se sont déroulés en France et un peu partout dans le monde, malheureusement, on réalise que cela peut se produite n’importe quel moment. Mais cela ne prépare pas du tout à l’horreur de la situation… Que peut-on faire dans ce cas de figure ? Implorer la pitié ? Tenter de fuir et de se cacher jusqu’à l’arrivée des secours ? Se rassembler avec d’autres pour être plus fort ou – au contraire – privilégier la solitude afin d’attirer moins l’attention ? Le zoo soulève des questions intéressante, jusqu’où on irait pour se protéger, et protéger ceux qui nous entourent. Comment réagir ?

Le zoo est un livre intéressant, avec un sujet d’actualité, et j’ai apprécié de changer du format habituel détective/investigation/policiers/enquête. Même si nous apercevons la police, le personnage principal est une femme lambda : pas de badge, pas de compétence en arts martiaux, pas d’armes… C’est vous et moi, quelqu’un de « banal ». Cette situation ne peut que renforcer notre empathie à son égard. Surtout qu’elle doit non seulement penser à se protéger, mais aussi à sauver son fils. Comment expliquer à un enfant de cet âge la gravité de la situation ?

Il y a donc des problématiques intéressants dans ce roman, et pourtant j’ai refermé Le zoo avec un sentiment d’inachevé. Au vu du résumé, je m’attendais à énormément plus de choses vis-à-vis de Joan et des choix qu’elle allait effectuer. Certes, elle se trouve dans une situation particulièrement horrible, ponctuée de choix que personne ne devrait avoir à prendre. Mais… mais j’en attendais peut-être un peu plus ! J’aurais apprécié d’avoir 100 ou 200 pages de plus, qu’on approfondisse encore davantage la psychologie, que ce soit celles des « victimes » ou celles des « tueurs ». D’avoir un épilogue plus long, d’en savoir davantage.

Le zoo est un bon roman, qui offre des pistes et des sujets intéressants, des personnages que l’on suit avidement. Mais, pour moi, il manquait de temps à autre d’approfondissement et des petits passages à vide dans l’intensité de temps à autre. Mais ces quelques fausses notes n’enlèvent rien à la qualité générale !

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