Fred VARGAS : L’homme aux cercles bleus

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France

Fred Vargas nous offre ici, avec cette première enquête d’Adamsberg, une intrigue bien ficelée, complexe à souhait afin d’égarer le lecteur

Fred VARGAS - homme aux cercle bleus
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  • Éditions Hermé en 1991
  • Éditions Viviane Hamy le 11 juin 1996
  • Éditions J’ai Lu le 16 juin 2005
  • Pages : 224
  • ISBN : 9782290349229
  • Prix : 6,10 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

«Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?» Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus tracés à la craie, durant la nuit, sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, comme prisonniers, des objets perdus : trombone, bougie, patte de pigeon… Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent : un maniaque? un joueur?

Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite suintent la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, l’anodin saugrenu deviendra tragédie.

L’AVIS DE CATHIE L.

Fred Vargas, de son vrai nom Frédérique Audoin-Rouzeau, est née le 7 juin 1957 à Paris. Elle exerce la profession d’archéozoologue médiéviste ; depuis la fin des années 1980, elle écrit également des romans policiers qui ont obtenu un grand succès, notamment la série consacrée au commissaire Adamsberg.

Le roman

L’homme aux cercles bleus, paru aux éditions Hermé en 1991, a obtenu le prix du festival de Saint-Nazaire en 1992. Il a été adapté en livre audio en 2006 avec Jacques Frantz comme narrateur. Il a également été adapté pour la télévision par Josée Dayan sur un scénario d’Emmanuel Carrère. C’est dans ce roman qu’apparaît pour la première fois le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, personnage principal de la série éponyme, ainsi que d’autres personnages qui le suivront dans ses enquêtes ultérieures, notamment l’inspecteur Danglard.

L’homme aux cercles bleus évolue à un rythme très lent, selon trois phases bien distinctes : dans  la première phase, très lente, on fait connaissance avec les personnages principaux dans de nombreuses scènes où chacun se raconte un peu (Mathilde, Danglard, Charles). Mais c’est surtout Adamsberg que l’on découvre, son mode de fonctionnement, ses manies, ses intuitions ; on a l’impression qu’il ne fait rien, qu’il est inactif ; c’est la phase où, comme une boule à neige que l’on vient de retourner, ses réflexions, ses pensées et ses intuitions s’agitent dans sa tête. Ensuite, commence la deuxième phase : le rythme est moins lent: les pensées et les intuitions d’Adamsberg commencent à redescendre pour se déposer sur le fond de son cerveau; il peut donc les vérifier une à une afin de voir si elles s’emboîtent dans la théorie qui émerge peu à peu. Puis arrive la troisième phase, celle de l’action; elle est plus courte mais plus intense que les deux autres car toutes les pièces du puzzle se sont mises en place dans l’esprit d’Adamsberg pour donner l’image finale; il est temps d’arrêter le coupable et de tout expliquer à Danglard.

L’intrigue

Jean-baptiste Adamsberg vient de s’installer à Paris suite à une mutation. C’est son douzième jour. Mais depuis quelques mois, la capitale est la proie d’un petit plaisantin qui trace, la nuit, de larges cercles bleus sur le bitume entourant des objets hétéroclites sans aucun lien apparent entre eux, ornés d’une phrase mystérieuse écrite d’une belle écriture soignée : « Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? », sans qu’il semble y avoir de logique ni dans le moment ni dans les lieux choisis.

La plupart des gens s’amusent de cette bizarrerie mais le commissaire Adamsberg est inquiet : « Un jour, ça grossira, la chose dans le cercle, petit à petit, ça grossira…Je ne peux pas vous interdire de le suivre, ajouta-t-il, mais je vous le déconseille. Soyez sur vos gardes, faites attention à vous. N’oubliez pas. » (Page 37). Une fois encore, son instinct lui donne raison: le cadavre d’une femme égorgée est découvert dans un nouveau cercle bleu. Pourtant, malgré les maigres indices relevés, l’enquête se traîne. Ils ont beau éplucher la vie de la victime aussi soigneusement que possible, rien n’indique pourquoi elle a été sauvagement égorgée.

Puis, le rythme s’accélère: deux autres cadavres sont découverts, celui d’un homme et celui d’un femme égorgés de la même manière que le premier et eux aussi placés dans un cercle bleu. Avec l’aide de Mathilde, qui a suivi l’homme aux cercles bleus à plusieurs reprises, et de Charles l’aveugle, le commissaire compte bien boucler cette affaire déroutante, au grand dam de Danglard qui ne comprend pas pourquoi Adamsberg persiste à fouiller dans la vie de Le Nermord, mari de la troisième victime, qui semble bien insignifiant.

Faisons plus ample connaissance avec Adamsberg

Sa méthode: très intuitif, Adamsberg semble vivre dans sa bulle alors qu’en fait il se laisse imprégner de toutes les sensations qui l’entourent jusqu’à ce que la lumière se fasse dans son esprit : « Il avait débrouillé coup sur coup au cours des cinq années suivantes quatre meurtres d’une manière que ses collègues avaient trouvée hallucinante, c’est-à-dire injuste, provocante. T’en fous pas une rame, Adamsberg, ils lui disaient ; tu es là, tu traînes, tu rêves, tu contemples les murs, tu griffonnes des croquis sur tes genoux, comme si t’avais la science infuse et la vie devant toi, et puis un jour tu rappliques, nonchalant, gentil, et puis tu dis : Faudrait arrêter monsieur le curé, il a étranglé le petit pour ne pas qu’il raconte. » (Page 11). Il ne se trompe jamais sur le compte des gens, « comme dans un film morose où vous devinez qui va tomber amoureux de qui et qui va avoir un accident. » (Page 21).

Personnage très atypique mais finalement attachant : « Mais au bout de onze jours, ses collègues ne s’approchaient toujours pas de lui sans l’expression d’hommes se demandant à quelle nouvelle espèce du monde vivant ils ont affaire, et comment on la nourrit, et comment on lui parle, et comment on la distrait et comment on l’intéresse. » (Page 12). Pourquoi il a choisi la carrière de policier : « Peut-être parce que dans ce métier on a des choses à cherche avec des chances de les trouver. Ça console du reste. » (Page 191).

L’ambiance

Ce roman flotte dans une ambiance de fin du monde, avec des personnages un peu désaxés, chacun à la poursuite de quelque chose : Clémence, l’amour ; Mathilde, les poissons ; Charles, la vengeance; Adamsberg, la petite chérie dans un monde concret ( celui de Paris) et désenchanté. Magnifique !!

Mon avis

Fred Vargas nous offre ici, avec cette première enquête d’Adamsberg, une intrigue bien ficelée, complexe à souhait : les fils s’emmêlent afin d’égarer le lecteur qui ne saisit pas l’ensemble des indices pourtant disséminés çà et là, ne sait pas interpréter les données généreusement mises à sa disposition par l’auteur, et, surtout, se laisse endormir par la nonchalance et l’apparente inactivité de cet insupportable commissaire qui se laisse guider par son incroyable intuition aussi sûrement que Thésée par le fil d’Ariane.

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