Franck BOUYSSE : Glaise

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Franck BOUYSSE - Glaise
Glaise

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au coeur du Cantal, dans la chaleur de ce mois d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre, là-bas, loin. Joseph, tout juste quinze ans, doit prendre soin de la ferme familiale avec sa mère, sa grand-mère et Léonard, vieux voisin devenu son ami. Dans la ferme voisine, Valette, tenu éloigné du front par sa main atrophiée lors d’un accident, ressasse ses rancoeurs et à sa rage. Et voilà qu’il doit recueillir la femme de son frère, Hélène, et sa fille Marie, venues se réfugier à la ferme. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Roman d’amour et de fureur, Glaise confirme l’immense talent de son auteur à mettre en scène des hommes et des femmes aux prises avec leurs démons et avec les fantômes du passé. Des espaces, des personnages d’une terrible force, l’art de la narration : l’univers, l’écriture, la musique font de Franck Bouysse un raconteur d’histoires dans la plus grande tradition américaine.

Après Grossir le ciel ( Prix Polar SNCF 2017, le plus grand prix de lecteurs en France) et Plateau (lauréat du prix de la Foire du Livre de Brive), Franck Bouysse s’impose comme une voix incontournable de la littérature française contemporaine (+ de 140 000 livres vendus dont 85 000 ex du roman Grossir le ciel).

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

L’heure a sonné. Inéluctable. Celle du départ au front. Celle de se rendre au combat pour les hommes valides.

« – T’en fais pas, on mettra pas bien longtemps à renvoyer les boches chez eux, la queue entre les jambes.
Ils doivent penser la même chose, les boches.
Le sergent recruteur a dit que c’était l’affaire de quelques semaines, dit Victor en forçant à sourire » Extrait de la page 12.

Pour le jeune Eugène c’est le déchirement de voir son père Victor partir. Il devient l’homme de sa famille, il doit composer avec sa mère Mathilde et sa grand-mère paternelle Marie qui a toujours tenu les rênes de la ferme. Dans l’exploitation voisine, la scène est presque similaire mais là c’est la fils qui part à la guerre car le père est en partie invalide suite à un accident.

Les adieux ne sont pas forcément tendres. Il y a des non-dits dans ces couples, dans ces familles. Si l’amour a été là un jour, il s’est peut-être effacé usé par le quotidien et la dureté de la vie campagnarde.

Le vieux Leonard tente malgré tout d’aider le jeune garçon. Un coup de main à la ferme, prêter sa mule. Mais la vie n’as pas fait de cadeau non plus à lui et sa femme.

Le conflit rime également avec l’exil des citadins, c’est le cas pour Hélène et sa fille Anna qui viennent trouver refuge chez Eugène.

Mais cela accentue encore plus l’amertume du maître des lieux qui se sent moins homme que son fils, comparé à son frère Emilie qui peut porter le nom de famille là-bas. Et même si la guerre est déclarée, il faut continuer à moissonner, à faire vivre les bêtes, si elles ne sont pas réquisitionnées de manière brutale et expéditive au nom de l’effort de guerre.

Noirceur, routine or il y a aussi des moments de magie et de lumière. Celle où Anna apparaît aux yeux de Joseph et faire naître en lui des émotions cachées dont il ne connaissait pas l’existence. Premiers émois amoureux. Premiers sourires. Regards complices. Douceur des caresses. Le temps s’arrête pour ces deux là comme rien ne pouvait les atteindre dans leur bulle sensuelle.

Mais la brutalité du quotidien est autre. L’oncle a un côté bestial accentué par le refus de sa femme de se donner à lui. L’excitation peut-il l’amener à commettre l’irréparable ?

Les permissions sautent. Les courriers arrivent. Nouvelles parcellaires. Envie de rassurer et mots fatidiques. Peut-on continuer d’avancer quand l’un des siens vient de tomber au combat. De plus nous sommes pendant la guerre 14-18 combien de temps cette nouvelle mettra-t-elle à arriver ?

Avec « Glaise » publié aux Editions La Manufacture de Livre, Franck Bouysse confirme son talent que beaucoup de lecteurs ont découvert avec « Grossir le ciel ». Il a cette capacité à plonger son lecteur dans le récit par le soin apporté à chacun de ses mots. Poésie parfois sentimentale qui n’est pas sans me rappeler des auteurs romantiques du XIX° siècle que je chéris tant. Il sait mettre en lumière les « petites gens » et leur quotidien. Une ruralité réelle et difficile. Nous ne sommes pas dans le jugement mais dans le portrait. En écrivant ces mots je ne peux m’empêcher de penser aussi à des passages de Maupassant et de Flaubert. Il y a cette alchimie parfaite entre la transmission du passé et une véritable modernité de l’écrit. Pas de temps mort si j’ose dire.

« Glaise » fait penser à ces vieilles photos de soldats tellement élégants dans leur uniforme mais qui sont partis trop tôt. Combien sont-ils dans les campagnes et dans les villes à avoir cru que cette guerre ne durerait que quelques semaines et nous allions la gagner brillamment. Une de forces de ce récit, c’est de pas nous entrainer dans le conflit mais plutôt de nous faire vivre, presque au jour le jour, les coulisses, l’ombre du front.

Les familles qui doivent continuer à vivre malgré tout, les lois arbitraires : peut importe que la bête fasse vivre le ferme, il fallait la donner pour le bien de la Nation.

Ce sont les codes du roman noir, on se sent une tension mais on ne sait pas où l’auteur va nous emmener. C’est rare chez moi mais je me demande si les larmes n’ont pas coulées toutes seules à la fin du récit car on oublie que c’est une fiction.

J’ai parfois eu l’impression de lire un journal intime voir même de vivre certaines scènes comme dans un rêve ou un cauchemar, à ressentir les choses de manière très fortes, sans pouvoir agir, de voir le Destin dessiner son projet. Tracer des routes qui s’effacent et se perdent sous la pluie de l’orage.

Un texte, un visage qui se dessine dans la Glaise, profitez de cette vision, de ce moment de bonheur car il est éphémère….

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Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire et modératrice professionnelle de rencontres littéraires. Elle a été chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et pour la radio.

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