Franck BOUYSSE : Grossir le ciel

2
237
France

Un huis clos dans l’univers rural à la fois noir et émouvant. Un texte sobre et puissant.

INFOS ÉDITEUR

Grossir le ciel - franck bouysse

Parution aux éditions La Manufacture du Livre en octobre 2014

Parution aux éditions Livre de Poche en janvier 2016

Prix polar SNCF 2017

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.

Un suspense rural surprenant, riche et rare.

(Source : Livre de Poche – Pages : 240 – ISBN : 9782253164180 – Prix : 6,90 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Gus vit dans un coin reculé des Cévennes avec pour seul compagnon son chien depuis plus de 5O ans. Il y a aussi son voisin Abel encore plus taciturne que lui et plus âgé. On ne peut pas dire qu’ils soient amis. Ils partagent leurs solitudes.  Les bêtes, les petits rituels rythment leur existence.

Il a été amoureux autrefois mais les moqueries des gens du village l’ont enfermé dans sa timidité maladive. La nature est son quotidien. Et lors d’une de ses promenades, il verra avec inquiétude une grosse tache rouge semblable à du sang dans la neige. Mais son esprit ne voudra pas retenir cette information et il regagnera ses pénates.

Des coups frappés à sa porte, complètement inhabituel. Un témoin de Jéhovah égaré qui cherche à tout pris un téléphone. Mais il ne mange pas de ce pain là. Dieu a oublié de se pencher sur son berceau. Il fait partir l’inconnu dans le froid en ayant tout de même au fond de lui une pointe de remords.

Des grains presque invisibles semblent bloquer de plus en plus les rouages automatiques de sa vie si tranquille.

Le texte de Franck Bouysse est sobre et puissant. Un huis clos dans l’univers rural à la fois noir et émouvant. Les noms sont choisis avec soin et trace une fable que l’on ne peut oublier. C’est une sorte d’hommage aux « petites gens ». A ces êtres qui vivent loin de tout et de tous et dont l’univers se délimite à leur propre terre ou à celle des voisins. Le village est la seule ligne d’horizon. A la fois lieu de découverte mais aussi de souffrance. Quand la pauvreté, la différence ou les secrets vous marquent au fer rouge et que l’on ne vous regardera jamais comme une personne à part entière.

Cette scène dans le fond des Cévennes pourrait se dérouler dans un coin de l’Orne ou dans d’autres lieux où le temps semble s’être arrêté. Il n’est pas difficile d’imaginer des êtres rustres malgré eux qui auraient tendance à vous accueillir à la carabine peut-être pour vous effrayer mais surtout parce qu’au fond d’eux ils ont peur de l’inconnu.

« Grossir le ciel » de Franck Bouysse n’est pas un roman policier classique. Il immerge le lecteur dans la vie de gens simples, fragilisés et en même temps endurcis par l’existence. Quelque chose monte de manière à peine perceptible jusqu’au choc final.


L’AVIS DE CHRISTOPHE DUBOURG

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.
Un suspense rural surprenant, riche et rare.

Moins polar que roman social, sociologique, « Grossir le ciel » est un livre où transpire l’humanité des personnages. Un huis clos rural entre deux hommes où l’odeur de la terre est au moins aussi importante que l’histoire qui se joue. La terre est même à mon sens un troisième « personnage ».

Deux hommes en apparence assez semblables. Deux taiseux. Gus tout d’abord, vieux garçon solitaire quelque peu malmené par la vie, paysan aux envies simples, et puis Abel, son voisin de ferme, individu au caractère ombrageux, que l’on devine lui aussi blessé. Ce dernier est un homme qui conserve une part de mystère, qui reste d’une certaine façon une énigme aux yeux de Gus, malgré l’amitié de proximité qui les lie.

Leur relation particulière s’établit sur les silences, les non-dits, la monotonie de leur quotidien, leur existence quasi monacale… Un écho à leur vie de paysan où le labeur de la terre prime sur toute autre activité. Ainsi, la solitude de ces âmes blessées, l’austérité de leur vie, leurs fêlures, renvoient au réalisme brut de la campagne cévenole.

Entre neige et brouillard, ombre et lumière, montagnes et arpents… La rudesse de la campagne rythme les pages du roman ; la terre joue en quelque sorte le rôle de catalyseur dans le drame qui va se jouer. Ces deux hommes, rudes mais meurtris, n’en sortiront pas indemnes…

Pas de grandiloquence chez Franck Bouysse, le réalisme prévaut sur le romanesque. Ce qui n’exclut en aucun cas la beauté du texte, une certaine poésie dans les phrases, la tendresse et la justesse à décrire Gus et Abel, le soin apporté aux descriptions des paysages des Cévennes. Les mots sont employés avec minutie pour décrire la psychologie des personnages, Franck Bouysse prend son temps pour nous immerger dans cette vie campagnarde. Un rythme à la mesure de Gus et Abel. A la lecture de « Grossir le ciel », j’ai parfois eu l’impression de « regarder » une émission, un documentaire sur la vie paysanne ; le sentiment d’avoir été un peu voyeur. Rien de péjoratif à cela, c’est justement parce que Franck Bouysse a su insuffler à Gus et Abel une réalité tangible. Et puis… l’amour qu’il porte à ses personnages transparait à chaque page, c’est dire si ce roman est réussi. Quand les personnages de fiction prennent vie sous nos yeux…

Vraiment un beau et bon roman.

2 Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici