Erik Axl SUND : Les visages de Victoria Bergman – 3 – Catharsis

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Suede

INFOS ÉDITEUR

Erik Axl SUND : Les visages de Victoria Bergman - 3 - Catharsis

Parution aux éditions Actes Sud collection Actes noirs en mai 2014

Traduit par Rémi CASSAIGNE

Une voiture est dévorée par les flammes au sommet de Tantoberget. À l’intérieur, on retrouve les corps calcinés de deux femmes. Il s’agit des principales suspectes de la série de meurtres ayant touché d’anciennes élèves de l’internat de Sigtuna – l’école où Victoria Bergman a passé une partie de sa scolarité. Chez l’une d’entre elles, la police découvre des polaroïds documentant les meurtres alignés devant un gros bouquet de tulipes jaunes.

La commissaire Jeanette Kihlberg comprend bientôt que, sous les dehors de l’aveu et du suicide collectif, la folie meurtrière est toujours à l’œuvre.

Pendant ce temps, Sofia Zetterlund poursuit ses séances d’autothérapie pour essayer de comprendre enfin qui elle est vraiment. Mais Victoria Bergman ne se laisse plus dompter et menace de prendre définitivement le dessus. Quant à Madeleine, elle songe à sa prochaine victime. L’heure est venue pour elle de faire payer celle qui fut jadis sa mère…

Brutal, imprévisible, porté par une écriture térébrante, Catharsis révèle l’âme sombre et violente d’une œuvre hors norme.

(Source : Actes Sud – Pages : 437 – ISBN : 9782330031930 – Prix : 23,00 €)

L’AVIS DE MARIE H.

Avec Catharsis se clôt la trilogie des auteurs suédois. L’acharnement de la commissaire Jeanette Kihlberg à résoudre les meurtres des jeunes sans papiers (Persona) malgré les réticences du procureur sera enfin récompensé mais cela ne se fera pas sans une vraie descente aux enfers.

Le profil psychologique qu’élabore Sofia Zetterlund se précise. Elle le présente désormais comme un criminel artiste : « au lieu de peindre avec des couleurs, l’artiste utilise le formol et les fluides d’embaumement – comme je l’ai dit plus tôt, c’est justement un autoportrait, mais pas seulement sur le thème de la honte. Le motif central est la perte de l’appartenance sexuelle. » (p. 223) et elle cite Ed Gein pour renforcer son hypothèse. Le désir du sérial killer américain était de changer de sexe et de se transformer en sa propre mère ; avec des cadavres déterrés, il cherchait à se fabriquer un costume pour devenir une femme. On peut rappeler qu’Ed Gein devint Norman Bates sous la plume de Robert Bloch en 1954 (Psychose est réédité en Point Seuil en 2013) et porté magistralement à l’écran par Hitchcock en 1960.

Jamais – à ma connaissance de lectrice de polars nordiques et autres – un polar n’aura autant interrogé la question de l’identité pour arriver à ce paradoxe. Carolina Glantz, l’actrice de porno, un temps patiente de Sofia, gagne sa vie grâce à la célébrité ; elle vend sa personne, remodèle son corps par la chirurgie esthétique :

« La façon d’être de Carolina Glantz a sa logique, une logique instinctive qui vient aussi de son cœur. Elle sait par quels biais montrer qui elle est.

Pas comme moi, pense Sofia.

En elle se déroule un bal masqué dont les figures ont des caractéristiques si différentes et diamétralement opposées qu’elles ne peuvent pas, toutes ensemble, constituer une personne unique. Aussi curieux que cela puisse sembler, Carolina Glantz, avec son apparence construite de toute pièce, est plus authentique et cohérente qu’elle-même ne le sera jamais.

Je n’existe pas comme sujet. » (p. 115)

Exister comme sujet : telle est la question pour toute victime d’abus sexuels, ne plus être l’objet de l’autre mais le sujet de sa propre vie.

Question que se pose Madeleine qui fut aussi victime d’abus sexuels. Notons que les auteurs lui donnent le nom de Duchamp : l’artiste français se travestit en femme en 1920 et prend le nom de « Rrose Sélavy ». Le jeu de mot phonique laisse entendre « Eros, c’est la vie ». Mais la libido dont les auteurs Erik Axl Sund font état est essentiellement morbide, déviante :

« Madeleine songe aux hommes qui sont venus la nuit dans sa chambre. Se souvient de la douleur et de la honte. Cette petite bille dure au fond d’elle qui s’est peu à peu pétrifiée jusqu’à faire corps avec sa chair. » (p. 126) C’est cette même douleur qui est à l’origine des personnalités multiples de Victoria. La dissociation de personnalité est alors un mécanisme de défense :

« Je suis une invention de Victoria.

Rien n’a commencé avec moi, j’étais juste une alternative pour survivre, être normale. Être comme tout le monde, supporter les souvenirs des abus sexuels en les refoulant. » (p. 139)

Survivre aux camps de concentration ? Survivre à l’horreur des enfants soldats (Persona) ? Survivre aux abus sexuels subis dans l’enfance ? Les auteurs n’auront cessé de poser cette question : « La vengeance peut-elle vraiment être un processus de purification ? » (p. 278). Est-ce que la haine disparaîtra après la mort de l’agresseur ? Pourra-t-on vivre en paix avec soi-même, avec les autres, après un abus sexuel ?

Cette trilogie se vit comme une véritable expérience de lecture, expérience de la folie, expérience du Mal. Ce dernier tome est d’une noirceur absolue qui me rappelle celle des romans de l’anglais

Robin Cook mort en 1994 (Comment vivent les morts, J’étais Dora Suarez, Le mort à Vif, tous ces livres sont publiés chez Rivage) : hommes et femmes des prédateurs redoutables en puissance, l’histoire familiale comme une répétition de l’horreur qui ne laisse la place qu’à une relation manquée : « Tu es comme moi. Pas de passé et pas d’avenir. Comme la première page d’un livre qui n’a pas été écrit. » (p. 363). Ainsi s’adresse Madeleine à sa mère…

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