Elly GRIFFITHS : Mortelle dédicace

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Elly GRIFFITHS - Mortelle dedicace
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Présentation Éditeur

La mort de Peggy Smith, âgée de quatre-vingt-dix ans, n’a rien, a priori, de suspect… C’est ce que tout le monde pense jusqu’au moment où Natalka, son aide de vie, découvre que la vieille dame se sentait suivie…

Au moment de ranger les affaires et les nombreux romans policiers de la défunte en vue de la vente de son appartement, Natalka découvre une curieuse carte de visite sur laquelle il est écrit : Peggy Smith, consultante en meurtres. Elle remarque aussi que de nombreux livres lui sont dédicacés :  » À PS : merci pour les meurtres « . La nonagénaire avait donc pour habitude d’aider les auteurs de romans policiers en panne d’inspiration…

Natalka, prête à tout pour découvrir ce qui est arrivé à Peggy Smith, embarque avec elle dans sa quête de la vérité les amis de Peggy Smith : Benedict (qui a renoncé à devenir prêtre pour finalement tenir un café) et Edwin (ancien journaliste de quatre-vingt ans). Lorsqu’elle se fait menacer par une personne masquée et armée venue récupérer un mystérieux ouvrage, elle prévient la lieutenant Harbinder Kaur afin qu’elle mène l’enquête.

Cette mort est finalement très suspecte…

Origine Flag-ROYAUME-UNI
Éditions Hugo Thriller
Date 6 mai 2021
Éditions J’ai Lu
Date 1 juin 2022
Traduction Vincent Guilluy
Pages 411
ISBN 9782755687873
Prix 19,95 €

L'avis de Cathie L.

Elly Griffiths, nom de plume de Domenica de Rosa, est une romancière britannique auteur de romans policiers née le 17 août 1963 à Londres. Elle a longtemps travaillé dans l’édition. En 2009, après avoir écrit quatre romans publiés sous son patronyme, elle fait paraître le premier tome d’une série de romans policiers consacrés au duo formé par Ruth Galloway, une archéologue médico-légale, et Harry Nelson, inspecteur en chef détective près de Norfolk, avec lequel elle obtient le prix Mary Higgins Clark en 2011. La série comprend douze titres dont seulement les trois premiers ont été traduits en français.

Le roman

Mortelle dédicace, The Postsript Murders dans la version originale parue en 2020, a été publié par les éditions Hugo Thriller en 2021. Le style clair et neutre mêle sérieux et fantaisie, pour un résultat étonnant :

 » Comme elle s’y attendait, Miles est dans la cuisine et mange sombrement un toast. Edwin y est aussi et contemple la bouilloire comme s’il voulait qu’elle chauffe toute seule. A côté de lui, une cafetière dégage un délicieux arôme de café. Les aiguilles de la pendule sont en forme de carottes pourchassant divers légumes autour du cadran. Il est sept heures trente, un radis passé d’une carotte. » (Page 323).

Construction : le roman est raconté à la troisième personne au présent: immédiateté de l’intrigue étayée par un narrateur omniscient qui délivre au lecteur tous les détails auxquels il a accès.

Fil rouge: littérature policière (la victime collectionnait les romans policiers qu’elle possédait en très grand nombre) ; lectures : nombreuses allusions à des oeuvres littéraires disséminées aux quatre coins du roman :

« Elle regarde la série de portes en enfilade devant elle, toutes peintes d’un vert uniforme qui parvient à jurer avec la moquette, et s’imagine que derrière chaque porte il y a une réalité différente: une planète couverte de glace, un royaume des ombres, un monde fait entièrement de livres de bibliothèque. Ce doit être parce qu’elle a lu Le Neveu du Magicien à un âge où elle était encore impressionnable. » (Page 59).

Thème : détectives amateurs/police =>Cohabitation parfois burlesque qui donne tout son sel au roman :

« Après le déjeuner, les détectives amateurs vont s’asseoir dans le hall en essayant de réfléchir aux mobiles et aux moyens. Les vrais policiers les surveillent lugubrement depuis une table voisine. » (Page 304).

Peggy Smith, 90 ans, est retrouvée morte dans son fauteuil favori, installée devant la baie vitrée d’où elle observait les oiseaux, pas son aide de vie, la jeune Natalka. Quoi de plus normal. Peggy était très âgée. Et tout le monde sait qu’à cet âge, la faucheuse peut arriver à n’importe quel moment, sans crier gare.

Alors qu’elle range les affaires et les nombreux livres de la défunte, Natalka découvre que la vieille dame est citée dans de très nombreux romans policiers. Curieux… Et que signifie cette carte de visite sur laquelle est inscrite la mention : « Peggy Smith, consultante ès meurtres » ? La jeune femme comprend que Peggy avait pour habitude d’aider les auteurs de polars en panne d’inspiration pour faire disparaître leurs personnages… Et qu’elle se sentait suivie.
Il n’en faut pas plus à Natalka pour imaginer le pire scénario. Elle convainc Edwin et Benedict, amis de Peggy, de mener leur propre enquête sous la lointaine et réticente collaboration du lieutenant Harbinder.

Leurs pérégrinations soulèvent plus de questions que de réponses : Pourquoi Nigel, fils unique de Peggy, semble-t-il si empressé de se débarrasser des livres de sa mère ? Que signifient les mots « On vient vous chercher » inscrits sur une carte postale glissée dans le livre que la vieille était en train de lire lorsqu’elle est morte ? Qui sont les deux hommes dans la Ford Fiesta blanche qui semblent les suivre ?

C’est alors que l’auteur de romans policiers Dex Challoner, ami de Peggy, est retrouvé mort, abattu d’une balle dans la tête. Et si Natalka avait raison ? Et si Peggy, qui se sentait surveillée, considérée comme un témoin gênant (n’oublions pas qu’elle passait de nombreuses heures devant sa fenêtre à observer les allées et venues) avait elle aussi été assassinée ?

Tous les personnages de ce roman sont unis par un même point commun : Peggy Smith, la première victime : soit qu’ils la connaissaient personnellement, soit qu’ils enquêtent sur sa mort. A part Claire Cassidy, issue du précédent thriller de l’auteur… Ils vont et viennent, se relayant sur la scène de l’intrigue, comme dans une pièce de théâtre.

Mortelle Dédicace est un roman policier original par bien des aspects : le trio d’enquêteurs amateurs dont la route croise celle du lieutenant Harbinder et de son co-équipier Neil ; la personnalité de la victime et sa mission littéraire ; le lieu : une petite station balnéaire sans prétention, engoncée dans sa quiétude des bords de mer… Cerise sur le gâteau, le petit grain de fantaisie, la petite touche spéciale aux romanciers britanniques qui donne au roman des couleurs chatoyantes bien qu’il s’agisse d’une enquête criminelle. Jamais l’auteur ne sombre dans le sordide ou le macabre. Tout le roman est centré autour de l’enquête et de sa résolution, explorant les différents moyens de parvenir à faire éclater la vérité et à démasquer le criminel.

Le + : Les dialogues savoureux, l’humour qui apparaît au fil des pages à des moments parfois inattendus, désarçonnant le lecteur. Mais quel lecteur de polars n’aime pas être parfois gentiment chahuté par l’auteur ? :

« -Comment vas-tu Harbinder ? Toujours dans la police? Non, les menottes que j’ai à la ceinture, c’est parce que j’ai perdu un pari ! Voilà ce qu’elle voudrait répondre. » (Page 26)…

« Techniciens en identification criminelle, traduit mentalement Benedict. Il l’a lu dans des programmes télé. Il doit réprimer un frisson d’excitation. C’est du sérieux, se dit-il. Mais il ne peut pas nier que c’est la chose la plus passionnante qui lui soit arrivée depuis la fois où frère Giles a oublié la doxologie lors des matines. » (Page 67)…

« Benedict se réveille tôt en se demandant pourquoi il y a un train qui traverse la chambre. Et puis, il prend conscience que c’est Edwin, allongé à deux mètres de lui, qui ronfle bruyamment. » (Page 189)…

Passionnant, addictif, drôle. Rien à ajouter…

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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