B. A. PARIS : Le dilemme

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B. A. PARIS : Le dilemme
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Présentation Éditeur

S’il parle, il la détruit.S’il se tait, il se détruit.Et vous, que feriez-vous ?

Depuis toujours, Livia rêve d’une énorme soirée pour ses 40 ans ; et Adam, son mari, met tout en oeuvre pour que la fête soit inoubliable. Il s’organise pour que leur fille Marnie vienne exprès de Hong Kong – ce sera une surprise pour Livia.

Mais quelques heures avant la soirée, Adam apprend que le vol dans lequel se trouvait peut-être Marnie s’est crashé. Est-ce qu’elle avait pu prendre cet avion, sachant que son vol précédent
avait décollé en retard et qu’elle pensait ne pas pouvoir attraper sa correspondance ? Adam doit-il en parler à Livia, au risque de l’inquiéter pour rien ? Et pourquoi Livia semble-t-elle soulagée que Marnie ne soit pas là ?

Lorsque la fête commence, chacun devra danser avec ses secrets et ses peurs. Jusqu’à ce que s’ouvre enfin le portillon du jardin et qu’une silhouette s’avance vers les invités…

Origine Royaume-uni
Éditions Hugo & Cie
Date 28 mai 2020
Traduction Vincent GUILLUY
Pages 377
ISBN 9782755644777
Prix 19,95 €

L'avis de Cathie L.

Le Dilemme B.A. Paris

Le Dilemme, The Dilemma en version originale parue en 2020, a été publié en mai 2020 par les éditions Hugo Thriller. Raconté au présent et à la première personne selon le point de vue des deux protagonistes, le style fluide de l’auteur permet au lecteur de ne se concentrer que sur le déroulement de l’intrigue.

Thème : la culpabilité ; le poids insupportable des regrets et l’effet destructeur des non-dits ; les relations parents/enfants, notamment père-fils. La perte d’un être cher, le deuil.

Construction : le récit commence lentement, le temps au lecteur de faire connaissance avec les personnages et leurs proches, un peu comme le calme avant la tempête :

« L’idée de la revoir me donne le sourire. Neuf mois, c’est long. Je passe par la terrasse et monte les cinq marches inégales, savourant le contact de la pierre brute sous mes pieds nus, puis celui de l’herbe couverte de rosée tandis que je traverse la pelouse. » (Page 15).

=> Chacun des deux personnages principaux expose son ressenti, ses motivations. L’action se déroule sous nos yeux dans un constant aller-retour entre Livia et Adam, chacun évoquant la situation de son point de vue, en fonction de ce qu’il sait des agissements et pensées des autres, ce qui a pour effet d’ouvrir certaines fenêtres selon un angle rétréci à travers lequel le lecteur assiste à cet échange comme l’on regarde un match de tennis : « En quittant l’atelier pour rentrer dans la maison, j’aperçois Liv qui papote avec Josh dans la cuisine. Même s’ils ne sont pas particulièrement près l’un de l’autre -Livia est assise à table, Josh adossé au réfrigérateur- je me sens soudain exclu, un peu comme un étranger sous mon propre toit. » (Page 51)… « Adam rentre du jardin, laissant derrière lui une vague traînée de sciure. J’y suis tellement habituée que ça ne m’agace plus. » (Page 55).

Depuis sa jeunesse, Livia rêve d’une grande fête pour ses quarante ans. Elle la prépare de longue date. SA journée exceptionnelle est enfin arrivée. Alors pourquoi Livia se sent-elle si désemparée ? Pourquoi ne veut-elle que sa fille Marnie, qu’elle adore pourtant, ne rentre pas chez eux pour les vacances comme la jeune fille l’a prévu ?

Quel secret cache-t-elle à son mari depuis six mois : « Il prend la fête très à coeur, et ça ne fait que renforcer mon malaise à cause de ce que je lui cache depuis six mois. La culpabilité me reprend… » (Page 26) Et pourquoi évite-t-elle Max, le copain d’enfance de Josh, qu’elle considère portant comme son second fils ?

Malgré le temps radieux et la présence de nombreux proches et amis, une chape de plomb s’abat sur la maison, rendant l’atmosphère presque irrespirable : l’avion que Marnie devait prendre et qu’elle a raté s’écrase au Caire le matin même de la fête. Si la jeune fille a vraiment raté son avion, pourquoi ne répond-elle pas aux sms d’Adam ? De dernier se retrouve face à un cruel dilemme: les heures passent sans aucune nouvelle mais il ne peut se résoudre à en parler à sa femme; tout en sachant que, si Marnie était vraiment dans l’avion et qu’il a laissé la fête se dérouler comme si tout allait bien, Livia ne lui pardonnera jamais…

…Tandis que Livia se débat avec son propre dilemme : doit-elle ou non révéler le secret de Marnie qu’elle même a découvert par hasard, en sachant que leur groupe d’amis n’y survivrait pas… => Chaque personnage de ce roman ne joue un rôle que par rapport au lien qui l’unit aux deux personnages principaux, créant une sorte de canevas complexe d’inter-relations. De ce fait, l’auteur ne donne que de rares indications physiques.

Toute l’intrigue, conçue comme un huis-clos, se déroule dans la maison et le jardin des Harman : il s’agit d’un cottage centenaire qui avait nécessité de nombreux travaux afin de le rendre habitable, dont Livia était instantanément tombée amoureuse « à cause de son jardin magnifique, qui débordait déjà de fleurs et de buissons. C’était le décor parfait pour un mariage, ai-je pensé avec nostalgie, en voyant la pergola couverte de clématites nichée dans un coin. » (Page 60-61).

La cabane-atelier d’Adam qui symbolise tout à la fois son lieu de travail mais également son refuge :

« Un établi de six mètres de long borde le mur du fond, où sont accrochés à intervalles réguliers les outils électro-portatifs et les serre-joints. Mes outils à main sont rangés sur deux étagères. Dans le coin opposé, il y a un écran de télévision avec un lecteur DVD et deux vieux fauteuils. Nelson et moi venons ici de temps en temps… » (Page 33).

=> L’auteur excelle à créer un décor qui, en apparence, pourrait sembler de rêve, alors qu’en réalité, une ombre s’y dissimule, une faille dans laquelle le malheur attend la première occasion pour s’y engouffrer et détruire l’harmonie factice derrière laquelle se cachent les secrets, les non-dits, les trahisons…

Avec ce nouveau roman, j’ai le plaisir de retrouver les qualités qui m’avaient séduite dans Derrière les Portes et qui, à mon sens, faisaient défaut à Dix Petites Poupées que j’avais modérément apprécié : une intrigue cohérente alternant la vision alternée des deux personnages principaux, des personnages attachants empêtrés dans leurs contradictions, une construction favorisant un suspense montant crescendo grâce à de petites phrases assassines qui génèrent de nombreuses questions sans apporter le moindre élément de réponse: « Il a dû vivre pendant des années avec le spectre de ma fête, et s’il savait combien de vérités j’ai déformées, combien de choses je lui ai cachées pour qu’elle soit exactement comme je le veux, il serait choqué. » (Page 59)…« …Je ne peux pas voir plus loin le jour où Marnie va rentrer. Je ne peux pas réfléchir au-delà, pour l’instant. Les répercussions de son retour vont être tellement énormes que je suis incapable d’imaginer la suite. » ( Page 106).

Le + : l’auteur joue avec les nerfs du lecteur en multipliant les malentendus entre les personnages qui interprètent des paroles faussement des paroles entendues fortuitement.

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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