B. A. PARIS : Défaillances

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Royaume-uni

INFOS ÉDITEUR

B. A. PARIS - Defaillances
Défaillances

Parution aux éditions Hugo et Cie le 4 janvier 2018

Traduit par Vincent Guilluy

Tout a commencé cette nuit-là, dans la forêt.

Cassandra ne s’est pas arrêtée pour proposer son aide à la conductrice de la voiture immobilisée sur le bord de la chaussée, en plein orage.

Lorsqu’elle apprend le lendemain que la femme a été retrouvée sauvagement assassinée, Cass est assaillie par la culpabilité. Et les coups de fil anonymes qu’elle reçoit désormais chez elle ravivent son angoisse. Elle en est persuadée : quelqu’un l’a vue, ce soir-là. Quelqu’un qui continue de l’observer. Quelqu’un qui pourrait bien être l’assassin.

Pourtant ni son mari, ni sa meilleure amie ne prennent ses craintes au sérieux. Et alors que Cass elle-même commence à douter face à ses trous de mémoire de plus en plus fréquents, ses angoisses se transforment en terreur.

(Source : Hugo et Cie – Pages : 400 – ISBN : 9782755636512 – Prix : 19,95 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Défaillances est un thriller psychologique dont la version française sort en janvier 2018. J’ai pu le lire en avant-première grâce aux éditions Hugo et Compagnie. L’histoire est écrite au présent selon le point de vue de Cass, l’héroïne, qui raconte jour après jour sa vie depuis qu’elle a bousculé un fameux vendredi 17 juillet. Ce parti pris de tout raconter à la première personne a pour double effet une immédiateté qui s’apparente au déroulement d’ un film, mais également une restriction de notre marge de manœuvre puisque seules les pensées, ressentis et actions de Cassandra ne nous sont accessibles; nous ne possédons que sa vision des choses pour nous faire une idée générale de l’histoire. Dès lors, il devient aisé pour l’auteur de manipuler son lecteur, ce qu’elle réalise parfaitement :

« Peut-être que mon silence le frustre, peut-être qu’il veut que je crie au téléphone, comme je l’ai fait avec John, peut-être veut-il que je le menace d’aller voir la police, pour avoir une raison de me tuer, comme il a tué Jane. » (Page 127).

Le roman est construit un peu comme un journal intime : Cass détaille ce qu’elle fait, les divers événements de sa vie, importants ou non, jour par jour, comme si elle réalisait un devoir de mémoire. Mais attention, Défaillances n’a que l’apparence d’un journal intime. De par la précision et la sobriété du style, il s’apparente plus à une chronique journalistique.

L’intrigue

Cassandra avait pourtant promis à Matthew, son mari depuis un an, de ne pas emprunter le raccourci par la forêt afin de rentrer chez eux plus vite après la soirée qui clôture l’année scolaire. Mais voilà, le ciel nocturne de juillet se couvre de gros nuages menaçants. L’air est lourd. Les éclairs illuminent les ténèbres toujours plus envahissantes. Lorsque la pluie torrentielle s’abat sur la campagne, Cass décide quand même de braver les creux et les brusques virages de Blackwater Lane.

Malgré la violence de l’orage, la route se passe sans encombre jusqu’au moment où la jeune femme arrive à la hauteur d’une voiture bizarrement stationnée sur une petite aire de stationnement. La personne assise au volant ne se manifestant pas, Cass décide de passer son chemin. Mais quand le lendemain elle apprend que la femme de la voiture a été retrouvée sauvagement assassinée, elle se sent coupable. Si elle s’était arrêtée, peut-être qu’elle serait encore en vie ?

Peu encline à révéler à Matthew qu’elle a failli à sa promesse, Cass ne dit rien à personne. Mais des appels anonymes émanant, elle en est certaine, de l’assassin qui l’a vue ce soir-là, transforment sa vie en cauchemar. Il la surveille, elle en est certaine. Pourtant, ni Matthew, son mari, ni sa meilleure amie Rachel ne prennent ses craintes au sérieux. Comment pourrait-elle s’accrocher à une quelconque certitude alors que, chaque jour, sa mémoire se délite de plus en plus: elle oublie le code de leur alarme, ne retrouve pas l’emplacement où elle a garé sa voiture, reçoit des objets qu’elle ne se souvient pas avoir commandé… Alors que s’est-il réellement passé cette fameuse nuit qui a bouleversé sa vie ?

Les personnages

Tous les personnages de ce roman sont directement liés à Cass, le personnage principal autour de qui toute l’intrigue est bâtie. Volontairement, l’auteur donne peu de détails concernant leur apparence physique, leur caractère et leur passé, créant ainsi une ambiance huis-clos angoissante, voire étouffante, enfermant le lecteur dans le psychisme de Cass.

  • Cassandra : mariée avec Matthew depuis un an ; professeur ; 33 ans.
  • Matthew : mari de Cass.
  • Rachel : meilleure amie de Cass.
  • John : collègue et ami de Cass.
  • Jane : la femme retrouvée assassinée dans sa voiture.
  • Connie : collègue et amie de Cass.
  • Mary : directrice de l’école où travaille Cass.
  • Susie : amie de Cass.
  • Andy : ami et partenaire de tennis de Matthew.
  • Hannah : femme d’Andy.
  • Alex : époux de Jane.

Psychologie de Cass : Cassandra est une jeune femme sensible, attachante, heureuse en ménage, épanouie dans son travail et entourée d’amis bienveillants… Mais si tout ceci n’était qu’une façade derrière laquelle se dissimulent de petites failles qui, peu à peu, vont lézarder tout l’édifice sur lequel repose sa vie. B.A. Paris excelle à créer une atmosphère de doute en détournant des éléments en apparence insignifiants, par exemple lorsque le représentant en alarmes vient explorer leur maison :

« Plutôt que de l’attendre, je descends à la hâte dans le couloir et me tiens près de la porte d’entrée, en me répétant que je suis idiote, que je panique pour rien. Mais quand il descend, je reste à ma place et le laisse visiter le reste de la maison tout seul. Il lui faut dix longues minutes pour réapparaître dans le couloir. » (Page 56)

=>A l’instar de Cass, le lecteur se retrouve pris dans l’écheveau de l’angoisse, et commence à se poser les mêmes questions qu’elle: tout le talent de l’auteur réside dans sa capacité à nous associer aux doutes qui peu à peu envahissent son esprit. Et plutôt que de chercher une explication rationnelle aux petits événements en apparence inexplicables, inconsciemment nous nous posons les mêmes questions que Cass, ressentons les mêmes soupçons :

« Je veux lui rappeler que je suis chez moi mais je me retrouve quand même à le suivre dans la cuisine. C’est comme ça que ça marche… C’est comme ça que les gens se laissent entraîner dans des situations potentiellement dangereuses, comme des agneaux à l’abattoir. Mon anxiété monte d’un cran quand, au lieu de s’asseoir à la table face à moi, il se met à côté de moi, et me coince. » (Page 57).

Mon avis

Démence ou manipulation ? Coupable ou innocente ? Cass est-elle vraiment épiée par le tueur ou est-elle victime de son imagination ? Que s’est-il vraiment passé le soir de l’orage ? That is the question… Questions qui nous suivent tout au long du roman jusqu’au coup de théâtre qui fait basculer l’intrigue sous un tout autre aspect et donne une nouvelle orientation à l’histoire.

Après le succès de son premier roman Derrière les portes qui n’avait pas été écrit comme un thriller psychologique, B.A. Paris revient avec une plume plus affinée, une meilleure maîtrise de la manipulation et d’une atmosphère de doute, un personnage de femme extrêmement bien étudié. Défaillances, de son propre aveu, a été conçu dès le départ comme un thriller psychologique, qui m’a fait penser au roman de Boileau-Narcejac intitulé Celle qui n’était plus adapté au cinéma dans la magnifique version que Henri-Georges Clouzot  a réalisée en 1955 sous le titre « Les Diaboliques ».

Pour commencer cette nouvelle année sous des auspices « thrilleresques » à vous faire frémir, je vous invite à vous plonger sans tarder dans cette intrigue bien ficelée, où le mot « soupçon » règne en maître. Peut-être vous souviendrez-vous de la fameuse scène du film d’Hitchcock dans laquelle Cary Grant tend à sa femme incarnée par Joan Fontaine un verre de lait qu’elle soupçonne être empoisonné… Nous retrouvons chez B. A. Paris la même tension dramatique délicieusement angoissante. Alors, démence ou manipulation?

 

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