Alfredo COLITTO : Le grimoire de l’ange

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Italie
Alfredo COLITTO - Le grimoire de ange
Le Grimoire de l'ange
  • Éditions Archipel le 13 juin 2018
  • Éditions Archipoche le 5 juin 2019
  • Traduit par Laura BRIGNON
  • Pages : 400
  • ISBN : 9782809824520
  • Prix : 22,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Venise, mai 1313. Alors que les préparatifs pour la fête de l’Ascension vont bon train, l’eau charrie jusqu’à la place Saint Marc les cadavres de trois enfants crucifiés.

Le Conseil des Dix, puissant organe chargé de veiller à la sécurité de la République de Venise, accuse Eleazar, un vieux juif, d’avoir perpétré ces meurtres.

Son amie Adia, alchimiste, ne peut croire en la culpabilité d’Eleazar, et décide de demander l’aide de Mondino de Liuzzi, célèbre anatomiste bolognais – et ancien amour de jeunesse. Celui-ci, bien que sur le point de se marier, accourt immédiatement à Venise.

Il apparaît bien vite qu’un mystérieux livre, Le Grimoire de l’ange, serait à l’origine de cette punition inique. Et que l’un des membres du Conseil des Dix souhaite s’emparer de ce manuscrit qui permettrait de s’octroyer des pouvoirs phénoménaux…

Épaulé par son fidèle ami, le Templier Gerardo, Mondino devra enfreindre les lois de la cité et l’autorité du Conseil pour restaurer justice et équité.

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Le Grimoire de l’Ange, Il libro dell’angelo dans la version originale parue en 2012 par les Editions Piemme, a été oublié par les éditions L’Archipel en 2018. Le style du romancier italien est fluide, très agréable à lire, laissant ainsi au lecteur toute latitude pour se concentrer sur l’histoire construite en allers-retours entre Venise et Bologne pour deux récits récits qui semblent n’avoir rien en commun.

La reconstitution historique très soignée s’appuie sur une documentation précise, notamment concernant la religion juive et la justice vénitienne du XIVe siècle. Alfredo Colitto ne laisse rien au hasard, tout est pensé jusque dans les moindres détails afin de faire revivre au lecteur le contexte historique du récit. Par exemple les costumes et leurs codes : « …lorsqu’on est loin de chez soi, on est jugé en fonction de sa tenue vestimentaire. Il avait donc accordé une attention particulière à sa mise pour le voyage: des habits confortables mais de belle facture. Il désapprouvait la dernière mode qui voulait que les vêtements masculins soient de plus en plus courts, et il lui paraissait indigne d’un médecin de se promener avec des jupettes arrivant à mi-cuisses et des chausses bariolées. » (Page 11)…« Les Sages, les Avocats et les chefs de la Quarantaine portaient une toge de drap noir aux larges manches doublées de tissu rouge, tandis que la toge rouge était l’apanage des sénateurs et des six conseillers du doge. Le tout était complété par une calotte cylindrique de tissu noir et par une écharpe qui indiquait le rang au sein des magistratures. » (Page 119).

Contexte politique et religieux: l’action se déroule principalement à Venise, en 1312, quelques années après l’arrestation des Templiers par le roi de France, Philippe le Bel, dans le but de s’emparer de leurs immenses richesses, sans que le pape Clément V n’intervienne. Le grand maître de l’ordre, Jacques de Molay, attendait dans sa prison parisienne d’être brûlé sur le bûcher, tandis que le roi était toujours à la recherche de la moindre de l’hypothétique trésor.

Pendant ce temps, l’Italie, territoire divisé en fiefs, communes, républiques autonomes et terres appartenant à l’Eglise, était la proie d’ Henri VII, prince de la maison de Luxembourg, roi de Germanie et d’Italie, qui venait d’être sacré empereur des Romains. Prince autoritaire, il ambitionne de rétablir la gloire du Saint-Empire romain germanique et le pouvoir impérial dans le nord de la péninsule, mais il se heurte à la résistance des cités libres de Toscane, notamment la cité de Florence, ainsi qu’au roi de Naples, robert d’Anjou, et au pape Clément V. => C’est dans ces circonstances tendues que Mondino se rend à Venise.

Le roman aborde également la situation des Juifs, à peine tolérés, ne jouissant pas des mêmes droits que les autres citoyens, rendant compliquée, voire dangereuse, l’intervention de Mondino en faveur du jeune Davide, fils d’un marchand juif : « Son impuissance à l’égard de cette situation proprement intolérable l’exaspérait, et il n’était pas certain de pouvoir retourner habiter chez lui sans risque… Cependant, il se refusait à solliciter d’autres Juifs, d’une part pour ne pas les mettre en danger, mais surtout parce qu’il devinait ce qu’ils lui diraient : « Dieu nous frappe à cause de nos péchés, que Son nom soit béni. Réjouis-toi de ton malheur, ça aurait pu être pire. » … Davide, qui était né et avait grandi à Venise, de plus d’une mère chrétienne, avait l’impression de ne rien partager avec eux. » (Page 159).

L’intrigue

Venise 1313. Deux semaines avant la fête de la Sensa (l’Ascension), l’acqua alta, en se retirant, dévoile, dans un coin de la place Saint-Marc, les cadavres non identifiés de trois enfants crucifiés, chacun portant une blessure au côté droit, comme le Christ. Devant l’horreur de ces crimes, aussitôt on avait accusé les Juifs, dont on racontait « qu’ils buvaient le sang d’enfants chrétiens pour se réconcilier avec le Messie qu’ils avaient tué. » (Pages 32-33). L’un d’entre eux, le vieux Eleazar de Worms, est arrêté. Mondino, à la requête d’Adia, se rend à Venise afin de tenter de sauver le vieil homme.

Pendant ce temps, à Bologne, Gerardo, désolé de n’avoir pu accompagner son ami médecin dans son voyage, se voit confier par Michele da Castenaso une délicate mission consistant à emmener Pietro da Bologna, l’avocat des Templiers, jusqu’au Portugal, afin de le soustraire à Béranger de Tours, missionné par Philippe le Bel pour le ramener vivant en France.  Il se retrouve alors plongé dans une intrigue dont il se maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants. Finalement, les deux fuyards, afin de déjouer leurs poursuivants, décident de se rendre à Venise pour s’embarquer.
A Venise, Mondino se demande pourquoi le doge Gradenigo interroge lui-même Eleazar de Worms? Serait-ce pour lui soutirer son secret, à savoir la cache du grimoire sacré? Après de multiples péripéties, Gerardo, Mondino, Pietro et Adia, activement recherchés, parviendront-ils à se sortir du guêpier dans lequel ils se sont fourrés. Si oui, comment ?

Les lieux

Les descriptions de lieux sont à la fois sobres et imagées, reconstituant un monde oublié et en même temps très présent que l’auteur fait revivre sous nos yeux tel un peintre composant un tableau : « Il s’agissait d’une petite bâtisse à deux étages, toute de pierre et de bois, avec une terrasse couverte sur le toit pour faire sécher le linge. Elle se dressait sur une placette guère plus grande qu’une cour, où trois cochons blanc et noir fouillaient la boue à la recherche de nourriture. » (Page 53)

Venise dont l’évocation est intimement intégrée au récit : « Devant eux, s’offraient un grand môle de pierre avec quelques bateaux au mouillage, deux hautes colonnes et, derrière, une place pavée de briques cuites disposées en arêtes de poisson. sur la droite de la place se dressait un palais tout droit issu des récits merveilleux des voyageurs revenus d’Orient. »… »Perdu dans ses pensées, Mondino avait oublié qu’il était en train de vivre un rêve. Il parcourait les canaux de Venise, longeant des maisons et des palais qu’il ne connaissait jusque-là que par ouï-dire, érigés sur des forêts de poteaux plantés dans le sol de la lagune, supports des fondations faites de terre et de pierres. Quand il avait découvert ce mode de construction à travers ses lectures, il s’était étonné que les poteaux ne pourrissent pas alors qu’ils étaient immergés. » (Pages 37 et 52).

Dans ce roman dont l’action se déroule à Bologne puis à Venise, l’auteur montre ce qui caractérise les deux cités et ce qui les distingue, à une époque où les contrastes entre les cités étaient bien plus marqués qu’aujourd’hui : « Un peu plus loin, il y avait un marché, bien différents des marchés bolonais. Des étals de marchandises en tous genres alternaient avec des comptoirs de change, des boutiques de joailliers, et autre. Une odeur semblable à celle du poisson pourri flottait partout… » (Page 35)

En conclusion

La difficulté du roman policier historique ne réside non pas dans la reconstitution des costumes, des lieux et des coutumes, mais dans la capacité de l’auteur à restituer l’état d’esprit, les interactions, politiques et religieuses et les modes de pensés des personnages. Défi relevé haut la main par Alfredo Colitto qui confirme, avec cette troisième aventure du médecin bolonais Mondino, son réel talent.

Le + : les petites choses de la vie quotidienne, d’infimes détails qui donnent de l’épaisseur au récit.

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