Alfredo COLITTO : L’élixir des Templiers

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Italie
Alfredo COLITTO - elixir des Templiers-
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  • Éditions Archipel le 6 juin 2012
  • Editions Archipoche le 11 septembre 2013
  • Traduit par Caroline Roptin
  • Pages : 450
  • ISBN : 978-2352875369
  • Prix : 7,65 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1310. Alors que l’anéantissement des Templiers voulu par Philippe le Bel a des répercussions dans toute l’Europe, trois chevaliers du Temple reçoivent une lettre d’un « ami » qui leur fixe rendez-vous à Bologne. Là-bas se trouve le secret qu’ils ont toujours cherché à percer, celui de l’élixir de longue vie. Les trois chevaliers s’y rendront… pour leur malheur. On les retrouvera morts, la cage thoracique ouverte, le coeur transmuté en fer.

Deux enquêtes s’ouvrent après le premier meurtre. L’une menée officiellement par l’Inquisition. L’autre conduite par le professeur Mondino de Liuzzi, avec l’aide de l’un de ses étudiants. Les deux hommes, suspectés de ces meurtres par l’Inquisition, ont en effet intérêt à trouver le coupable pour prouver leur innocence.

Une enquête qui leur fera croiser le chemin de la belle Fiamma, une jeune femme dont le visage porte le stigmate d’une profonde blessure, et d’Adia, une « magicienne » aux pouvoirs ensorcelants.

L’AVIS DE CATHIE L.

L’élixir des Templiers, Cuore di ferro dans la version originale parue en 2009 aux éditions Piemme, a été publié par les éditions L’Archipel en 2012. Il est raconté à la troisième personne, au passé, d’un point de vue omniscient. Le style est vivant et très agréable à lire, utilisant un vocabulaire accessible. Les phrases relativement courtes, bien construites, impriment un rythme souvent haletant au récit.

Thèmes : l’intrigue de ce roman est construite autour de trois axes : le procès des Templiers, Sophia, la déesse de la Sagesse et l’Alchimie, l’auteur étant très au fait des connaissances de l’époque, aussi bien concernant les ouvrages : « Mondino s’était même procuré une copie du Lober Aneguemis, traduction latine d’un manuscrit arabe, que l’on considérait comme le livre traitant de la face obscure de l’alchimie. » (Page 25)… que les accessoires utilisés : « L’objet était moins élaboré que les alambics habituels à serpentins, mais il semblait fonctionnel. -C’est un alquitara, expliqua l’alchimiste en remarquant son intérêt. » (Page 122)… « Dans l’alchimie, l’avancée scientifique est le reflet de l’avancée intérieure. Un alchimiste qui ne perfectionne pas ses qualités personnelle aura beau appliquer des formules et des processus expliqués dans les livres, il n’obtiendra aucun résultat. » (Page 287).

Reconstitution historique : L’élixir des templiers, outre son aspect ésotérique, propose au lecteur une reconstitution historique très réaliste de la société dans laquelle Mondino  exerce son activité de médecin et les autres personnages évoluent, que ce soit d’un point de vue politique, religieux et scientifique, montrant combien la politique était intrinsèquement liée aux questions religieuses, suscitant un intérêt supplémentaire pour cette histoire déjà fascinante. L’action se situe en 1310, en pleine chasse aux Templiers ordonnée par le roi de France Philippe le Bel, avec un impact direct sur le récit : « Des procès sont en cours contre votre ordre, le grand maître de Molay est en prison et risque de finir sur le bûcher, l’Inquisition vous recherche. Il suffirait que je crie pour que vous ayez tous les sbires de la ville à vos trousses. » (Page 30). A cela s’ajoute l’attitude intransigeante et obscurantiste de l’Eglise face à la science : « Mais je dois me cacher à cause de l’Eglise qui s’oppose aux progrès de la science et ne perd pas une occasion d’interférer. » (Page 38)…, Alfredo Colitto attestant ainsi combien Mondino marche sur des œufs, pris entre l’exercice de la médecine et de la chirurgie dans le but de soulager ses patients et de sauver des vies : « Accuser en public l’Eglise de prévarication et d’orgueil mal placé est le meilleur moyen de s’attirer des ennuis. » (Page 103).

A ce contexte religieux déjà bien complexe s’ajoute la situation politique de Bologne, déchirée entre deux factions : « Ce n’était un mystère pour personne que Mondino se rangeait, d’un point de vue politique, du côté des Lambertazzi: c’était un gibelin, favorable au gouvernement de l’empereur et opposé à celui du pape. Ses convictions lui avaient coûté l’exil et il n’avait pu rentrer à Bologne que moyennant le paiement d’une amende considérable. » (Page 39)…et les tentatives de l’Eglise pour prendre la direction de la ville : « Bologne ne retrouverait jamais les fastes du siècle passé tant que les Bolonais continueraient à se laisser déchirer par les rivalités entre guelfes et gibelins, respectivement dirigés par les familles Geremei et Lambertazzi. Mais la ville n’était pas non plus disposée à céder sans lutter à la domination que l’Eglise voulait imposer à la commune. » (Page 69).

La médecine en 1310 : nos préjugés d’hommes modernes, aux techniques évoluées, nous font oublier combien le parcours de nos aïeux pour y parvenir fut semé d’embûches, mais aussi combien le Moyen-Age ne fut pas toujours une période sombre et arriérée. Ainsi, Mondino de Liuzzi, médecin, professeur et chercheur, s’appuie-t-il sur les travaux de Galien, célèbre médecin grec ayant vécu au IIe siècle après J.C., et Avicenne, philosophe et médecin persan du XIe siècle, tout en poursuivant ses propres expérimentations en vue d’éditer un traité d’anatomie.

L’intrigue

Dans le contexte d’une Europe soumise au démantèlement dramatique de l’ordre des Templiers, un des leurs se rend à Bologne à la recherche de l’élixir de longue vie. Retrouvé mort la cage thoracique ouverte et le cœur transmuté en fer, par un élève de Mondino, Gerardo, ce dernier emmène le cadavre chez son maître afin que l’Inquisition ne mette pas la main dessus.

Pourquoi l’assassin avait-il tué de cette façon  ? Qu’espérait-il ainsi accomplir ou démontrer ? Chacun mû par une motivation propre, Gerardo et Mondino décident d’unir leurs forces afin de démasquer le tueur diabolique et le secret alchimique qui se dissimule derrière ses agissements mystérieux. dans le même temps, Guillaume de Trèves arrive à Bologne en quête d’un « secret détenu par les alchimistes arabes, bien avant la naissance du Christ, et qui provenait probablement des Indes lointaines. Il s’agissait de ce que les savants européens appelaient « l’élixir de longue vie », une poudre sèche capable de prolonger indéfiniment la vie et de guérir toutes les blessures et toutes les maladies du corps. » (Pages 83-84).

L’enquête menée par Mondino et son disciple s’avère bien plus dangereuse que les deux hommes ne s’y attendaient : au risque de finir  sa carrière dans les geôles de l’Inquisition, Mondino doit retrouver le coupable pour se disculper et déjouer les manœuvres de ceux qui ont juré sa perte. Dès lors, une folle course contre la montre nous entraîne dans les rues de la Bologne médiévale, dans une intrigue retorse, construite avec beaucoup de vraisemblance et de finesse, jusque dans les méandres des agissements inquisitoriaux, exploitant à bon escient  le contexte de rivalité entre l’Eglise et la Commune.

Les lieux

La ville de Bologne, principal théâtre des étranges événements de ce récit, apparaît en filigrane tout au long des prospections menées par Mondino et Gerardo: les rues et les places qu’ils traversent, les bâtisses et monuments, autant d’indices semés sur notre route afin de rendre la cité bien plus vivante qu’un simple décor : « Il était sorti à l’aube de l’école de médecine pour se consacrer à la recherche d’un nouveau logement. Il avait naturellement changé de quartier et opté pour la zone de porta Stiera, et plus précisément le Borgo del Rondone, non loin de l’église Santi Naborra e Felice »« La rue était malodorante, comme toutes les rues étroites de la ville, jonchées d’immondices et d’excréments, en dépit de la vigilance des ministériaux de contrée, censés dénoncer ceux qu’ils prenaient en flagrant délit d’abandon de déchets. » =>Certes, ces indications ne servent de rien à nous lecteurs modernes, mais elles créent tout un monde qui, l’espace d’un instant, crée l’illusion que nous aussi arpentons ces rues médiévales à la poursuite d’un secret mystérieux…

La maison de Mondino : minutieusement décrite, elle est un lieu majeur dans cette histoire, témoin muet de conversations, de conflits et d’événements participant activement à l’évolution de l’intrigue.

« dans la maison de famille des Liuzzi, située dans une rue perpendiculaire à la Via San Vitale, la lumière grise de l’après-midi et l’odeur de terre humide de la cour entraient par la fenêtre ouverte. » (Page 67).

En conclusion

Pourquoi j’ai voulu lire ce roman: première raison, j’adore les polars historiques; seconde raison, la période, 1310, et le lieu, Bologne; mais ce qui m’a définitivement séduite, c’est le rapport avec l’alchimie… J’avoue que ce polar est largement à la hauteur de mes attentes.

Le + : grâce à une documentation précise, la reconstitution très fine de l’époque à travers les vêtements, la vie quotidienne, les règles inhérentes soit à la religion, soit à la gestion laïque de la Commune, forme un tableau très vivant dans lequel les personnages évoluent de manière tout à fait fluide, sans jamais peser : « Mondino poussa la cruche de vin et le bol de noix, approcha la lampe et déroula le parchemin sur la table. Il s’agissait d’une petite feuille de qualité supérieure, douce et sans taches, provenant de la partie interne de la peau de l’animal. » (Page 142).

Le ++ : les  scènes d’action élaborées avec soin, les rebondissements ancrés dans l’intrigue et le contexte confèrent à L’élixir des Templiers un rythme soutenu, grâce auquel le lecteur ne s’ennuie jamais : « Le Templier se pencha pour ramasser l’arme et s’écarta promptement, évitant l’assaut du second homme qui s’était rué sur lui, mais se retrouva à brasser de l’air de ses grands bras. Gerardo décocha un coup de pied qui le toucha à la tête et l’envoya rejoindre son compère. » (Page 92).

Le ++ : j’ai également beaucoup apprécié l’intelligence des dialogues, notamment entre l’inquisiteur et le médecin, reprenant les croyances et superstitions de l’époque, ainsi que les réflexions personnelles de Mondino concernant la médecine et l’anatomie telles qu’elles étaient pratiquées au XIVe siècle, apportant un éclairage intéressant sans pour autant ennuyer le lecteur moderne : « Et si les artères et les veines étaient reliées par des vaisseaux aussi fins que des cheveux, si petits que l’on ne pouvait les déceler à l’œil nu ? Et si ces vaisseaux permettaient d’obturer une ou deux veines sans pour autant interrompre la circulation du sang dans le reste du corps ? » (Page 242).

Une lecture que je recommande à tous les amoureux des intrigues bien ficelées, des polars historiques bien construits et des mystères ésotériques…

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