Estelle THARREAU : De la terre dans la bouche

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France
Estelle THARREAU- De la terre dans la bouche
De la terre dans la bouche
  • Éditions Taurnada le 18 janvier 2018
  • Pages : 260
  • ISBN : 9782372580380
  • Prix : 9,99 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Les vieux de Mont-Éloi savent pourquoi ils s’aiment ou se détestent, même si les autres l’ignorent. La seule histoire à laquelle il faut croire est celle qu’ils ont écrite au musée de la Chênaie.

Elsa refusera cette vérité lorsque sa grand-mère lui léguera une maison perdue dans la forêt, à deux pas d’un village martyr.

Guerre. Occupation. Épuration.

Quarante années ne seront jamais suffisantes pour oublier et chasser les fantômes du passé !

L’AVIS DE LAURENT FABRE

De la terre dans la bouche d’Estelle Tharreau est un thriller remarquable, terrible et fort émouvant !!!

La vie est pleine d’incertitude, des décisions sont prises en haut lieu, une fois entérinées, vous êtes juste impuissant et n’avez d’autres choix que de les appliquer.

Cela est valable à tous les niveaux, à toutes les époques, à tout le monde, hommes, femmes et enfants, toute catégorie confondue sauf si vous êtes … en haut de la pyramide.
Vous aimerez que les choses bougent, changent, la nuit porte conseil, demain est un autre jour et pourtant, force est de constater que rien n’est venu ébranler la marche inéluctable de l’existence et de la destinée. Subir, obéir, tracer sa route malgré tout ou contre son gré, irrémédiablement, nul n’est épargné, nul censé ignorer la loi, un point barre.

Pour Elsa, ce 19 décembre 1986 résonnera longtemps comme le début d’une nouvelle vie en apprenant qu’elle est l’unique héritière de la maison de sa grand-mère.

Ce qui ne devait être qu’une simple formalité pour solder la succession de son aïeule va prendre une tournure qu’elle était loin, très loin d’imaginer …

Après Orages et L’Impasse, voici le troisième thriller de l’auteure, Estelle Thareau.
Une nouvelle fois, l’intrigue oscille entre présent et passé.
L’auteure fait preuve de nouveau de cette capacité à disséquer les âmes tourmentés des vivants mais aussi des défunts, ces fantômes qui ne cesseront jamais de réclamer leur dû, de hanter la mémoire des vivants, de crier justice, de revendiquer le pardon, de prêter une voix à tous les innocents, de dévoiler des vérités, d’obtenir réparation et reconnaissance, rédemption et vengeance …

A l’instar de ses deux premiers thrillers, pourquoi changer une recette qui marche, le personnage principal va progressivement réaliser à quel point elle connaissait mal son entourage principal, à encaisser des révélations qui vont tour à tour la déboussoler, la saisir d’effroi, lui faire remuer plus d’une fois les tripes, lui faire prendre conscience que cette affaire d’héritage est presque comme un cadeau empoisonné …
Quand Elsa commencera à soulever des pierres, à faire délier des langues malgré elle, à remuer un passé que les habitants du village auraient préférés laisser enfoui à jamais, que les spectres de l’histoire vont se manifester d’une manière ou d’une autre, que les certitudes des uns et des autres vont se muer en incertitudes, que l’absolu se conjugue en doutes, que la raison sera emporté dans les abîmes, que la vérité percutera et sonnera le glas de toutes les consciences, vous connaissez les expressions « Ne réveillez pas un volcan qui dort » ou bien « Il faut se méfier de l’eau qui dort. » n’auront jamais été si appropriées en la circonstance.

Quarante années après que le pays a vécu une des pages les plus sombres de son histoire, les rancunes sont toujours tenaces, les blessures sont toujours béantes, les stigmates de la guerre, les âmes des vivants sont comme des entités terrestres naviguant en eaux troubles, ils doivent composer entre le présent et le passé, les sentiments sont immuables et encore vifs, ce qui est intéressant dans ce thriller, c’est ni plus ni moins l’application de l’auteure à dresser une mosaïque de personnages qui ont tous quelque chose à se reprocher, à vouloir défendre la veuve et l’orphelin, chacun avec ses principes et ses scrupules, les actes et les souvenirs confus rendront l’intrigue étouffante, un certain fatalisme les imprègne donnant une forme d’ambigüité propre, chacun cherchera à défendre son honneur, ses choix et surtout … son héritage.

De la terre dans la bouche est un thriller qui va vous donner du fil à retordre, en suivant l’enquête d’Elsa mais aussi de son acolyte, Fred, l’histoire demande à être recomposer, à être écrite et éclairer sous un jour nouveau, à prendre des virages et des courbes pour mieux esquisser un tableau d’ensemble, il y a des faux semblants, des fausses pistes, des masques qui vont tomber, des personnages incarnant la beauté du diable, des secrets à exhumer, des sources inaliénables, l’histoire baigne dans un climat qui varie entre l’âpreté de l’environnement montagneux constrastant avec l’inquiétude des lieux, la forêt est témoin, les vestiges de la grande Histoire imprégnant pour se métarmophoser dans une certaine quiétude mais attention aux apparences trompeuses …

Alors que le lecteur pensait avoir fait le tour du propriétaire, l’intrigue est loin d’avoir encore donné toute la mesure de ses angles et hauteurs, il va falloir s’accrocher jusqu’au bout pour concrétiser et additionner un et un, jusqu’à l’épilogue, le doute, l’imbroglio des deux personnages principaux dans leur quête de la vérité, ils vont devoir mettre leur connaissance en commun, faire preuve de perspicacité car des ombres, des fantômes, des vivants attendent, guettent le moindre de leur faux pas, mensonges et impondérables seront partie intégrante, tout est prétexte pour ralentir et refréiner les ardeurs d’Elsa et Fred.

Ceux-là formeront finalement un trio attachant avec l’appui de Francky, ils sont jeunes, naïfs eu égard à une certaine innocence mais s’aperçevront surtout combien toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, combien il est difficile de vivre et de cohabiter avec les « anciens ».

Elsa qui doit d’abord surmonter la perte de sa grand-mère qu’elle pensait bien connaître, le deuil, l’image de la bonté va trouver des failles, des répercussions viscérales dans ses convictions, ébranler sa sérénité, ce sera l’incrédulité puis le déni avant le dénouement surprenant, une palette d’émotions contradictoires en butte avec son entourage familial et aussi celle des locaux entourant cette mystérieuse maison au lieudit « La Braconne ». Tout un programme qui n’a fini de la contraindre à revoir ses jugements et ses fondements même de sa vie … à ses risques et périls.

L’importance de l’empathie et de la compassion encore une fois à travers ce récit, la frontière qui délimite le bien et le mal est tellement fragile, imprécise qu’il est difficile d’éprouver de l’aversion pour tel ou tel personnage, certains ne se dévoilent pas de prime abord, il faut les travailler qui au corps qui au mental, le temps universel n’est pas une sinécure par hasard et dans cette position qui embrasse la destinée, rien n’est jamais garanti, ne s’agit nullement d’une vision manichéenne des personnages, la vie prend comme elle donne, la terre est toujours là, la forêt suit les saisons, les pierres sont millénaires, les hommes … mortels.

Une intrigue brillante qui ne faiblit jamais, pourtant cette alternance entre aujourd’hui et hier aurait pu tourner en vain mais elle sert fort justement le propos, la réhabilitation, le rétablissement du déroulé plausible et tangible, à Mont-Eloi, les langues étouffées, les retournement de situation ne manqueront pas de vous surprendre, de vous chambouler alors que vous pensiez déflorer un pan de l’histoire, l’auteure sait instiller des doutes, des pistes jonglant entre le chaud et le froid, ces bribes et fragments du passé ne cesseront jamais de jouer à cache-cache avec les vivants, le musée de la Chênaie qui recense tous les souvenirs liés au village, les personnages troubles et inquiétants, des lieux hantés à jamais par de terribles épisodes, des suspicions qui sèmeront la méfiance et envoûtera le lecteur dans les brumes de la nature des hommes.

Une photo est un instantané figé dans le temps, un moment unique, une révélation, une date, un fait, souvent elle révèle plus ce que les figurants auront bien voulu et constater au moment venu, ce lien invisible qui relie les morts et les vivants, ce fil imaginaire et toutefois si sensible qui enchaîne la mémoire des défunts avec les autres, comment vivre avec cette conscience quand elle est empreint de mensonges, de contre-vérités comme vont s’en aperçevoir le trio de personnages principaux ? Quel héritage laisserons-nous à ceux qui viendront après nous ? Quel est le poids des secrets et des mensonges dans la part de la vérité qui détermine le destin des uns des des autres ? Qu’avons-nous fait pour mériter çà et comment trouver sa voie pour réparer les fautes des anciens ? Comment tourner la page à défaut de tourner le dos au passé ?

Quand je lis un thriller, je m’attache d’abord aux personnages, à l’intrigue, aux décors ou à l’environnement, au contexte social ou historique ou géopolitique ou écologique ou judiciaire ou policier, au suspense qui doit demeurer constant, comme un lac miroitant sous les reflets du soleil hivernal ou printanier et qui succède à des remous, à des vagues de révélations et retournements propre à provoquer un cataclysme, à défaut d’un tsunami de sentiments contradictoires, de colère, de honte, d’esprits tordus et pourtant humains, flux et reflux, une décrépitude latente de l’esprit et des souffrances endurées, un passé qui n’en finit pas de corrompre la mémoire des vivants, de souiller toutes les âmes, pour le malheur et le pire.

Un troisième roman qui conforte la place de l’auteure, Estelle Tharreau, parmi les meilleurs du genre, une couverture sublime qui en dit long sur l’histoire, sur le devoir de mémoire qui vous agrippera à coup sûr et vous donnera le tournis, il est relativement facile de vivre avec le présent mais ô combien, compliqué de composer avec le passé, avec les méandres des souvenirs, si douloureux et obscur soit-il …

L’occasion aussi de saluer le travail de l’auteure à révéler des pans cachés ou très peu connus de la petite histoire intégrée dans la grande et ici dans le genre thriller, elle révèle ses sources documentaires, à travers certains ouvrages qui l’ont inspirée, en fin de livre, dans la page Remerciements de l’auteur.

Je remercie les Editions Taurnada de m’avoir permis cette très belle lecture du nouveau d’Estelle Tharreau, De la terre à la bouche.


L’AVIS DE HÉLÈNE B.

A la mort de sa grand-mère, Elsa découvre que celle-ci lui lègue une petite maison appelée « la braconne ». Elsa n’a jamais entendu parler de cette petite propriété nichée dans un bois et isolée de la ville. Le notaire lui donne, selon les dernières volontés de sa grand-mère, une enveloppe dans laquelle se trouve l’élément déclencheur de ce polar : une photo et surtout un mot qui résonne comme une invitation à découvrir la vérité sur son passé familial : « La Braconne, le passé que je n’ai jamais eu le courage de te raconter. Tous ces fantômes qui n’ont jamais cessé de me hanter ». D’emblée, Le prologue donne alors le ton et le lecteur est invité à remonter le temps avec Elsa.

Les quêtes familiales et personnelles sont des sujets souvent intéressants dans les polars puisque le lecteur accompagne le héros dans des découvertes sur son origine, sur un passé parfois honteux et obscur que tout un chacun cherche à oublier. Le roman d’Estelle Tharreau n’échappe pas à la règle puisqu’Elsa, à défaut d’être bien accueillie à la Braconne, va vite comprendre que sa présence va remuer et secouer les anciens.

C’est la seconde guerre mondiale qui est au centre de ce roman, la chênaie, village voisin de la braconne est un village martyr, plusieurs habitants y ont perdu la vie, sur une dénonciation. Les plaies ne se sont jamais fermées et la vérité est finalement inconnue de tous. Car chacun a sa vérité sur le massacre mais personne ne détient la bonne et ce qu’Elsa va découvrir est effroyable et va remettre en question toute la tranquillité du village.

Estelle Tharreau est vraiment une auteure à découvrir, c’est le troisième roman que je lis et à chaque fois elle réussit à me tenir en haleine. Une fois encore, le passé vient perturber le présent et cela questionne forcément le lecteur. On peut aussi voir à quel point l’histoire familiale est importante dans la construction de soi. Si lever un secret peut être salvateur, il peut dans d’autres cas remettre en question l’équilibre familial et personnel.

L’Histoire – la seconde guerre mondiale – s’invite dans l’histoire d’Elsa. L’ambiance du roman est assez anxiogène, il y a le lieu de la Braconne bien entendu, mais également les cocottes en papier déposées pour Elsa un peu partout et enfin le personnage de Jeanne, qui habite une maison non loin de la Braconne. Cette femme mystérieuse contribue à semer peur et doute tout au long des pages. Le titre, enfin, ne laisse pas indifférent. Il promet un roman sombre et inquiétant. Que peut signifier un titre évoquant la mort ou du moins la douleur ? Peut-on y voir justement une volonté de taire la vérité, de l’étouffer comme la terre étoufferait quelqu’un. Ce n’est qu’à la fin que le titre prend tout son sens, que la vérité sera connue et dévoilée. Le dénouement est inattendu, l’auteur a su réserver jusqu’au bout la vérité pour nous surprendre.

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