Valerio VARESI : Une enquête du commissaire Soneri – La pension de la Via Saffi

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Italie
Valerio VARESI - enquete du commissaire Soneri - pension de la Via Saffi
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  • Éditions Agullo le 23 mars 2017
  • Éditions Points le 5 avril 2018
  • Traduit par Florence Rigollet
  • Pages : 312
  • ISBN : 9782757869581
  • Prix : 7,50 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quelques jours avant Noël, Ghitta Tagliavini, propriétaire d’une petite pension à Parme, est retrouvée assassinée. Cette pension, le commissaire Soneri la connaît bien : il y a rencontré sa femme, Ada, tragiquement disparue. Très prisé des étudiants, ce lieu se révèle alors régi par l’adultère, le chantage et la corruption. La découverte, au cours de l’enquête, d’une mystérieuse photographie jaunie fait vaciller les certitudes de Soneri : qui est l’homme qui enlace sa femme ?

L’AVIS DE CATHIE L.

La pension de la via Saffi, L’Affitacamere en version originale parue en 2004, traduit par Florence Rigollet, a été publié en 2017 par Agullo Editions dans la collection « Agullo Noir ». Le ton du roman est légèrement nostalgique, un tantinet désabusé, l’histoire flottant entre le monde d’avant, celui de la jeunesse, et le monde moderne.
La pension de la via Saffi est d’ailleurs construit selon cet axe: d’un côté de le regard désenchanté de Soneri sur la Parme et l’Italie d’aujourd’hui; deux visions, deux mondes opposés :

« C’est devenu la patrie des bureaucrates, des escrocs et des financiers qui remuent du fric et des dettes en les faisant monter comme des blancs en neige. Cornetti savait travailler, l’autre avait fait des études. Cornetti construisait des maisons pour les gens, l’autre pour gagner du fric. » (Page 183)

La construction de l’enquête est assez inaccoutumée, pas tant dans la façon de la mener (quoique…) mais dans le fait qu’elle s’arrête au moment où le commissaire identifie le coupable. Début : découverte du cadavre… Fin : identification du coupable (pas l’interrogatoire et la mise en examen habituels). Entre les deux, se déploient les méandres des investigations du commissaires mêlées à son passé personnel et à l’histoire politique de Vecchia Parma.

L’intrigue

Quelques jours avant Noël. Fernanda se rend à la Questure (commissariat) pour signaler la disparition de sa voisine, Ghitta Tagliavini, propriétaire de la pension portant le même nom. Finalement, elle est retrouvée morte dans sa cuisine, le corps déjà froid et raidi, ne portant aucune trace de sang. Pourtant, Soneri est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre.
Commence alors pour lui une curieuse enquête qui va le mener dans un lieu qu’il a fréquenté lorsqu’il était étudiant, éclairant une partie de sa jeunesse sous un jour beaucoup moins agréable que dans ses souvenirs.

La disparition de la vieille Fernanda a-t-elle un lien avec le meurtre de son amie Ghitta ? Savait-elle ou aurait-elle vu quelque chose qui menace sa sécurité ? Car selon certains témoins, la propriétaire de la pension, ces derniers mois, se sentait menacée. L’ambiance de son établissement n’était plus la même depuis qu’elle avait remplacé les étudiants par une clientèle de couples clandestins bien plus lucrative.

De nombreuses question émergent au fur et à mesure que Soneri fouille dans le passé de la vieille dame. Sa disparition brutale a-t-elle un rapport avec son activité de guérisseuse ? De faiseuse d’anges pour des femmes mariées issues d’un milieu aisé? Avec le meurtre d’un jeune gauchiste vieux de 28 ans mais jamais élucidé ? Avec l’organisation occulte orchestrée par Ghitta où il est question de beaucoup d’argent, de secrets honteux, de chantage, de haine larvée… Tout un monde que le commissaire ne soupçonnait pas et qui va remettre en question certaines de ses certitudes…

Ambiance

Tout le récit se déroule dans une ambiance particulière due en partie au brouillard et au manque de luminosité, compliquant les investigations du commissaire :

« Il la vit nier dans la pénombre en hochant la tête; on pouvait facilement se méprendre sur le sens de chacun de ses gestes. Ils n’étaient que deux voix et deux silhouettes imprécises (…) La ville dans le brouillard, surtout. La ville sans aucun dimension certaine, au cœur sinué de ruelles, là où un voile d’eau déforme les distances comme un verre mal poli et les transforme en perspectives trompeuses. Là où les pas qui résonnent semblent attirés par un gouffre tout proche où le chemin s’enfonce. » (Page 43).

Le brouillard crée une atmosphère de films noirs :

« Le clocher du duomo et les flèches du baptistère donnaient l’impression d’être amputés. De temps à autre, une voiture annoncée par le bruit de son moteur ou quelques bicyclettes silencieuses qui couraient vers le centre ville en roue libre surgissaient de la grisaille. » (Page 60).

En conclusion

Par bien des aspects, La pension de la via Saffi est un polar rendu intimiste par les nombreux passages d’introspection du commissaire :

« L’assassinat de Ghitta, au contraire, l’obligeait à affronter ce qu’il avait enfoui en lui et il était troublé par les souvenirs qui remontaient à la surface car il craignait d’en vérifier l’inconsistance. » (Page 60)

Le + : le jeu de cache-cache dans les rues sombres emplies de brouillard à la poursuite d’un homme pressé non identifié dans une ambiance de film noir des années quarante…

Le + : l’enquête policière parallèle à l’enquête personnelle de Saveri. Toutes ses certitudes concernant sa jeunesse et sa sa femme s’envolent au fur et à mesure de son avance et se désagrègent dans le brouillard.

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