Sylvie BARON : Un coin de parapluie

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Sylvie BARON : Un coin de parapluie
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Présentation Éditeur

À Vic-sur-Cère dans le Cantal, la villa Médard en impose par son élégance, ses secrets bien gardés, ses vies forgées autour de l’industrie du parapluie et d’une femme d’affaires exceptionnelle, Hélène Vitarelle. Remarquable dirigeante, au tempérament violent et à l’amour exclusif, elle fait trembler le personnel, plier sa famille, courber les échines.
Son assassinat est un coup de tonnerre.
Tout accuse son gendre, Jacques Naucelle, qui se suicide en prison, signant ainsi l’aveu de sa culpabilité. La seule à être persuadée de son innocence est sa maîtresse, Nina.
La jeune femme ne voit qu’une personne capable de faire éclater la vérité : sa tante Joséfa. Bien que dubitative, celle-ci se laisse convaincre par sa nièce de se faire embaucher comme domestique dans la famille Vitarelle pour mener sa propre enquête. Fine mouche sous ses rondeurs avenantes, Joséfa va mettre à nu les rouages d’une diabolique machination.

Origine France
Éditions Calmann-Lévy
Date 12 février 2020
Pages 320
ISBN 9782702161746
Prix 19,50 €

L'avis de Cathie L.

Un Coin de Parapluie a été publié en janvier 2020 par les éditions Calmann-Lévy, dans la collection Territoires. Sans rien retirer de la qualité d’écriture des ouvrages précédents, Un coin de Parapluie est, à mon sens, le plus abouti des romans de Sylvie Baron. Son style allie des phrases sobres et directes : « En bougonnant intérieurement, Joséfa rangea ses dernières affaires, tira les volets, ferma sa porte. Elle termina son tour d’adieux symboliques en glissant la clé dans une anfractuosité du mur. Quitter sa maison, son jardin, sa chère Planèze lui portait peine. Vraiment. » (Page 37)… à des passages plus lyriques, exaltant cette terre qu’elle affectionne tant : « Elle aimait tant filer sur la route bleue avec le ciel à fleur d’horizon. Un pur instant de bonheur. L’automne restait de loin sa saison préférée. Les lumières fugaces conspiraient avec les goulées de vent fou pour lui mordre le visage, fouetter le sang sous sa peau, lui redonner l’ivresse de la jeunesse. Ce paysage millénaire, façonné par le volcan et la patience des hommes, s’offrait à elle dans un kaléidoscope éternel. » (Page 49).

Construction: l’originalité de ce roman est que l’auteur raconte non pas les événements qui ont précédé le meurtre d’Hélène et le suicide de Jacques, mais ceux qui se sont déroulés six mois plus tard => Tout en conservant le suspense, Sylvie Baron distille les indices et les éléments de l’enquête, brouillant les pistes avec dextérité. A charge pour le lecteur de démêler le faux du vrai…

Thèmes: opposition entre savoir-faire artisanal / rendement, mondialisation; tradition / techniques modernes => Sylvie Baron, depuis presque vingt ans maintenant, s’est érigée en militante littéraire pour la sauvegarde d’un monde plus humain, basé sur les valeurs traditionnelles de l’artisanat, de la culture à une échelle humaine, de l’amour et de la sauvegarde de la nature, du plaisir de réaliser soi-même des objets du quotidien sans que cela ne soit rattaché à la mode du DIY, mais à une réelle envie, un accomplissement de soi; mettant en avant des vertus telle que la patience, la tolérance, la bienveillance…

Jacques Naucelle, homme à femmes, amant de la jeune Nina et de la mère de sa femme, Hélène, accusé du meurtre de cette dernière, se suicide en prison: « L’arrestation du gendre, le fameux Jacky, quelques jours après, avait révélé des aspects encore plus croustillants, liaison secrète, adultère, extorsion de fonds, chantage, donnant lieu aux supputations les plus sordides. » (Page 19)…Suicide qui arrange tout le monde, en premier lieu sa belle-famille qui risque de perdre d’importants marchés, grevant ainsi l’avenir de l’entreprise, en coupant court à toutes les rumeurs, puisqu’il signait par là, aux yeux des autorités et du public, la culpabilité du gendre.

Nina, dévastée par le suicide de son amant et du père de ses enfants, s’est réfugiée chez sa tante Joséfa, que nous avons croisée dans Les Justicières de Saint-Flour puis dans Les Ruchers de la Colère. Six mois après le drame, la jeune femme éprouve des difficultés à le surmonter et à se construire une nouvelle vie. Bien que ses jumeaux âgés de quatre ans l’occupent pleinement, elle ne  parvient pas à tourner la page. Nina reste persuadée que Jacky n’est pas un assassin : « Il ne l’a pas tuée, je le sais, je le sens. Simplement, je ne peux pas rester avec toutes ces questions sans réponse, c’est tout bonnement insupportable. J’ai besoin de comprendre pour accepter. Comment ai-je pu croire un tel menteur ? Comment a-t-il pu se fourrer dans un tel pétrin ? De quelle manipulation voulait-il parler ? Que cache ce meurtre? Quel sens faut-il donner à son suicide ? » (Page 21).

Joséfa, ne pouvant rester de glace face à une telle détresse, et afin de répondre à ces questions lancinantes, prend le taureau par les cornes et les fait embaucher par les Vitarelle afin d’en avoir le cœur net. Elle pense qu’une fois dans la place, il lui sera plus facile de mener sa petite enquête. Il lui faudra à peine quelques jours pour se rendre compte que le décès de la matriarche a laissé une situation qui peut bien vite devenir explosive et que chaque membre de la famille pourrait être son assassin : Charles, le mari sans cesse rabroué et rabaissé ; Laure, l’épouse dépressive de Jacky, pour se venger de la liaison que sa mère entretenait avec son mari ; Sophie, la fille aînée, pour sortir de l’ombre envahissante de sa mère; Hugo, le fils ambitieux bien décidé à prendre les rênes de l’entreprise; Michel, le mari invalide de Sophie, qui ne supportait plus de vivre sous la coupe de sa belle-mère… Un vrai panier de crabes !!

Cantal : terre d’adoption de Sylvie Baron, occupe toujours une place prépondérante dans ses romans; ses descriptions riches et imagées expriment cet amour qu’elle partage avec ses personnages, tentant de le transmettre à ses lecteurs : « Joséfa aimait cette terre digne, de brumes, de vents, une terre pétrie de temps, d’odeurs, de patience. Une terre fidèle qui recelait dans son corps noueux des trésors au goût d’immortalité…Elle aimait se reposer sur cette pierre, se perdre dans ses souvenirs, dans l’ivresse de la solitude, en laissant son oeil se diluer dans les immenses pâturages, à deux pas des nuages. » (Pages 21-22)… « Ce paysage millénaire, façonné par le volcan et la patience des hommes, s’offrait alors à elle dans un kaléidoscope éternel. Les nuages blancs assis sur l’horizon, les montagnes où se répercutaient mille métamorphoses de couleurs, du rouge flamboyant à l’or pâle, s’alliaient au gris des pierres et des maisons dans une combinaison parfaite. » (Page 49) => Comment résister à l’envie de partir sur les routes découvrir ces paysages enchanteurs?

Vic-sur-Cère : quittons un instant ces vastes solitudes pour nous concentrer sur la petite ville « marquée par ses demeures historiques et son statut d’ancienne station thermale, bien trop touristique » au goût de Joséfa. Néanmoins, sous la plume de l’auteur, la petite ville, nichée dans son écrin de verdure, déploie tout son charme, avec « ses maisons pittoresques coiffées de lauze grises », « étagées sur la montagne qui formait un nid protecteur… » (Page 148).

Villa Médard : comme une caméra rétrécissant son champ de vision, notre regard se porte sur la villa Médard, fief des Vitarelle, faite à l’image de cette famille bourgeoise imbue de son prestige et de sa richesse: « Une grande maison élégante en pierre de lave, couverte de lauzes, flanquée de deux tourelles entre lesquelles s’étirait un bâtiment long de deux étages aux fenêtres nombreuses et régulières. » =>Tout est dit en quelques mots, bien choisis. Mais poursuivons notre visite : « On y accédait par un large perron protégé par une balustrade où deux lions en pierre tenaient dans leurs griffes supérieures un écusson représentant une sorte d’ombrelle…De la rue, on pouvait apercevoir le vaste jardin agrémenté d’un potager, d’une serre et d’une roseraie, aucune vue n’embrassait cependant la totalité de l’ensemble en raison des arbres centenaires qui s’écartelaient en autant de draperies obscures vers le ciel. » (Pages 51-52) => Aucune chaleur humaine ne filtre de cette maison certes grande et élégante, mais peu accueillante, à l’image de la famille qu’elle abrite.

Le + : poser la situation de départ sous forme de dialogue entre Nina et sa tante confère au récit, dès les premières pages, son caractère vivant, rehaussé par des portraits tout en contraste et finesse, plus travaillés que dans les romans précédents, donnant lieu à des personnalités ni blanches, ni noires, chacune recelant zones d’ombre et de lumière.

Le + : à travers cette intrigue policière, l’auteure s’attache à dénoncer, montrer du doigt carences et dysfonctionnements sans jamais juger ; à charge pour le lecteur de suivre le mouvement…

Grâce à sa plume magique qu’elle tient fermement dans sa main, Sylvie Baron excelle à montrer les forces en opposition agissant en sous-main : Michel qui veut vendre pour retrouver un semblant d’indépendance ; Sophie qui veut le pouvoir pour elle seule; Hugo qui veut briller ; Charles qui veut la paix. Chacun des personnages, engoncé dans sa gangue d’égoïsme, ne se préoccupe que de ses choix et désirs personnels, les empêchant, au final, de rebondir au décès de la matriarche et de donner à l’entreprise familiale le second souffle dont elle a tant besoin pour résister à la concurrence internationale, aux fluctuations du marché, à l’inquiétude du personnel… Finalement, ils s’en sortiront grâce à Joséfa et Nina, deux femmes « simples » profondément attachées à des valeurs humaines telle que la loyauté, l’amour, la bienveillance, la générosité. Qui a dit que le pot de fer gagnait la bataille contre le pot de terre ?

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