Ryan DAVID JAHN : De bons voisins

0
309
Flag-ETATS-UNIS

INFOS ÉDITEUR

Ryan DAVID JAHN - De bons voisins

Parution aux éditions Actes en janvier 2012

Parution aux éditions Babel en avril 2013

Traduit de l’américain par Simon BARIL

A quatre heures du matin le 13 mars 1964, à New-York, dans le Queens, une jeune femme qui rentre chez elle est agressée dans la cour de son immeuble. Des voisins entendent ses cris, mais personne n’appelle les secours. Concentrée sur deux heures, « Des bons voisins » raconte les derniers instants de cette femme. Mais c’est aussi l’histoire de ses voisins, témoins inertes de son calvaire : une jeune recrue de l’armée, angoissée à la veille de la visite médicale qui décidera de son départ pour le Vietnam ; une femme qui pense avoir tué un enfant : un couple qui fait sa première expérience échangiste…

C’est enfin l’histoire de la ville, de ses nuits faussement calmes, de sa violence aveugle.

Ryan David Jahn s’empare ici d’un fait réel divers réel, le meurtre de Kitty Genovese, qui a défrayé la chronique dans les années 1960 et donné naissance à la notion d’effet témoin : lors d’une situation d’urgence, les témoins sont d’autant moins susceptibles d’intervenir qu’ils sont nombreux.

Usant de toutes les ressources du roman pour interroger cette criminelle passivité, l’auteur mène de concert de multiples fils narratifs, les entrecroise avec un art consommé du récit et tisse le solide canevas de nos démissions ordinaires.

(Source : Actes Noir – Pages : 272 – ISBN : 9782330002299 – Prix : 21 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Meurs, mais en silence…

Kat finit son service de nuit dans le bar dans lequel elle travaille. Retour en voiture où elle croise toujours le même voisin. La vie ne s’arrête jamais à New-York mais elle bat à un rythme différent lorsque l’obscurité est tombée. Kat va faire à pied les deniers mètres qui la sépare de son domicile lorsqu’une ombre s’abat sur elle.

Pendant ce temps dans les tours des immeubles des drames, des petits scènes de la vie se déroulent : un homme va enfin assumé un peu plus son homosexualité en s’abandonnant dans les bras d’un ami, un jeune homme doit trouvé les mots pour dire à sa mère malade qu’il doit partir au Vietnam, une femme tente d’être sensuelle et de vivre un beau moment avec son mari qui tarder à rentrer, un couple se laisse convaincre par une expérience échangiste sans peser les conséquences…

Dans la moiteur de la nuit, chacun est concentré sur ses envies intimes, sur sa petite vie. Même si des cris de femme vont venir plusieurs fois déchirés la nuit. Tellement de lumières se sont allumées, quelqu’un a bien appelé la police…

Kat se bat pour survivre. Elle est tellement proche de son home sweet home. On viendra bien à son secours….

Un texte magnifique. Une structure narrative très intéressante. Il y a comme des effets de caméra au début de chaque chapitre et on se retrouve plongé dans des appartements différents. En ayant le sentiment d’être dans la tête du protagonistes. Des univers différents à chaque fois mais un point commun, l’individu est tellement centré sur sa vie, sur ses doutes, sur ses rêves, sur ce qu’il vit, qu’il ne prête qu’une infime attention au danger qui règne dehors. Il est très troublant de se dire que cet événement a déjà eu lieu. Mais le roman est tellement réaliste que l’on a l’impression d’assister à cet événement en direct tout en étant prisonnier à chaque fois de consciences différentes qui auraient pu mais qui ne sont pas intervenues.

Au-delà de ce fait divers, c’est également une peinture de New-York en 1964. Les rapports hommes-femmes, vivre son homosexualité au grand jour, la guerre du Vietnam…. des thèmes forts qui laissent parfois des individus sans réponses, comme si ils avaient démissionné face à leur époque. A la la lecture de ce roman noir, je n’ai pu m’empêcher de penser au Dahlia Noir de James Ellroy et Un pays à l’aube de Dennis Lehane. Lorsqu’on a le sentiment d’être, l’espace d’un roman, projeté dans une autre époque, vers d’autres moeurs. Et au fil des pages, on touche du bout des doigts, une époque révolue que l’on a pas connu mais qui a marqué de nombreux individus.

Advertisement
Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire et modératrice professionnelle de rencontres littéraires. Elle a été chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et pour la radio.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.