Douglas PRESTON et Lincoln CHILD : Cycle Pendergast – Le grenier des enfers

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Etats-unis

PRESTON et CHILD confirment ici leur talent pour concocter des thrillers terrifiants et intenses pour laisser une impression vivace à leur lectorat.

Douglas PRESTON et Lincoln CHILD - Cycle Pendergast - Le grenier des enfers
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  • Parution aux éditions Robert Laffont en janvier 1999
  • Parution aux éditions Pocket en février 2000
  • Parution aux éditions de l’Archipel en mai 2009
  • Parution aux éditions J’ai Lu en février 2010
  • Traduit par Philippe Loubat-Delranc
  • Pages : 544
  • ISBN : 9782290023693
  • Prix : 8,10 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

En recherchant dans les égouts de New York un sac de cocaïne jeté par un dealer, un plongeur de la brigade fluviale remonte deux cadavres sans tête, presque réduits à l’état de squelettes. Ils portent des marques de morsures qui n’ont pu être infligées ni par une bête ni par un humain…

On signale au lieutenant Vincent d’Agosta, chargé de l’enquête, que parmi les « taupes », ces sans-abri qui occupent le sous-sol de la ville, d’autres assassinats avec décapitation ont été enregistrés. Là encore, ils ne peuvent être l’oeuvre d’un homme. Qui a commis ces meurtres horribles ? Le monstre hybride que la police croyait avoir anéanti est-il de retour ?

L’AVIS DE CATHIE L.

Le Grenier des Enfers (titre original Reliquary – 1997) paru en 1999 en France, deux ans après Relic dont il constitue la suite, raconte les événements survenus dans le muséum d’histoire naturelle de New-York 18 mois après Relic. Il fut publié pour la première fois en France chez Robert Laffont en 1999. Bien que ce deuxième épisode reprenne des éléments du premier épisode, comme les personnages principaux, certains lieux et la créature appelée  » Mbwun », le scénario reste original, plein de suspense et de rebondissements qui lui sont propres, sans jamais s’enliser. Il peut sans problème être lu indépendamment du premier.

Ainsi, afin d’établir un lien direct avec Relic, quelques allusions très explicites parsèment les chapitres, sans pour autant alourdir le récit :

 » Kawakita était lié à tout ce qui s’était passé (…) au même titre que Pendergast, Smithback, le lieutenant D’Agosta et le docteur Frock. C’était son programme d’extrapolation génétique qui avait permis de mieux cerner le Mbwun, cette créature qui avait semé la terreur dans le musée et qui hantait toujours les cauchemars de Margo. » Plus loin:  » Vous ne m’apprenez rien de plus que ce qui a été dit quand la Bête a été abattue. On n’avait pas d’autre explication à l’époque, et on n’en a toujours pas d’autre aujourd’hui. Le Mbwun est arrivé à New-York. » (Page 208).

Le Grenier des Enfers se découpe en deux parties, la première intitulée « Vieux os » et la seconde  » Cui ci sono dei mostri » , phrase en italien qui signifie  » ici il y a des monstres » écrite sur une ancienne carte du monde médiévale à l’emplacement vide de l’Amérique. L’intrigue, inventée de toute pièce, se base néanmoins sur une réalité bien tangible: l’existence de communautés souterraines vivant dans les égouts de New-York.

L’intrigue :

La brigade fluviale repêche dans les eaux boueuses des égouts de Manhattan deux cadavres sauvagement mutilés. Les marques des blessures retrouvées sur les corps font froid dans le dos : elles n’ont pu être infligées ni par un homme, ni par un animal. Les premières recherches dressent le portrait d’une créature mi-humaine mi-mutante, extrêmement dangereuse et intelligente. Un terrible cauchemar pour les autorités alors qu’une vague d’assassinats sanglants décime les sans-abri et qu’une véritable psychose collective s’empare de la ville.
L’enquête plonge scientifiques et policiers au cœur d’un univers dangereux et oppressant : le repaire des « Taupes », ces marginaux, SDF, criminels, parias qui ont choisi de se terrer sous Manhattan, de vivre

Le docteur Frock et Margo, en tant que scientifiques, sont chargés d’assister la police. Parallèlement, Le Post offre une récompense de 100.000 dollars pour toute information qui conduirait à l’arrestation du meurtrier. => Dès lors, toute la ville se met en chasse.
Tandis que dans les sous-sols de New-York, le peuple de Mephisto subit des attaques des Hydreux, un autre peuple souterrain.

 » Je t’ai dit que ma communauté était un havre de paix. C’était vrai jusqu’à l’an dernier. Depuis plusieurs mois, nous subissons des attaques. Ceux qui s’aventurent au-delà des régions sûres disparaissent ou sont tués. Sauvagement assassinés. Mon peuple vit désormais dans la peur. » (Page 54).

C’est alors que Pendergast fait son entrée en scène afin d’apporter son aide à la police de New-York, dépassée par les événements. Il propose d’infiltrer les sdf souterrains afin de rencontrer Mephisto.

De son côté, Margo enquête sur les lieux du labo incendié de Kawakita. Elle y trouve les restes de la plante du Mbwun alors que, théoriquement, elle n’existe plus depuis que les spécimens détenus par le musée ont été détruits à la fin de Relic. Finalement, elle comprend  » pourquoi Kawakita a consommé cette drogue. A cause de ses propriétés régénératrices et de sa capacité à prolonger la vie. Il semblerait qu’il ait continué à vouloir améliorer les effets de la drogue après avoir commencé à en prendre ». (Page 257).

Éléments de mystère :

  • Traces de pas suspectes:  » …là, dans le sol boueux, des empreintes de pas, de pieds nus, récentes, qu allaient vers la ligne principale (…)les orteils se terminaient en pointe, évoquant plus des griffes que des ongles. Entre les orteils, une fine marque suggérait une palmure. » ( Page 233).
  • Le 2e cadavre s’était fait poser une attelle pour corriger une spondylosthésis, mais l’attelle a disparu du squelette:  » Mais voilà où le mystère comment, reprit-il. Aucun chirurgien que je connaisse ne pourrait retirer l’attelle métallique dans ce type de spondylosthésis. Ça ne se peut pas ! Il est impossible de retirer les vis. Elles sont fixées dans l’os (…) Pourtant, j’ai été très surpris par l’état du squelette. Par cette profusion d’excroissances osseuses! » (Page 134).
  • Communautés souterraines: « Il avait déjà entendu parler de vagabonds qui, occasionnellement, trouvaient refuge dans les tunnels du métro, mais toute une population… » … »Contrairement à ce que vous pensez, on n’a pas affaire à une poignée de junkies au bout du rouleau. Il y a des extrémistes, des communautés organisées, des vétérans du Viet-Nam, d’anciens taulards, d’ex utopistes du SDS, des types en liberté surveillée ou en cavale. » (Page 66)… » Personne ne sait exactement combien de gens vivent sous terre, dit Hayward. La seule chose dont on soit sûr, c’est qu’ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. » (Page 167).

Suspense : tension qui monte au fur et à mesure de l’intrigue :

 » Smithback, regardant à travers les lattes métalliques rouillées de la passerelle, sondait le puits sombre qui semblait s’enfoncer vers le centre de la Terre. Il entendait, bien plus bas, Waxie et ses compagnons mais il ne voyait pas ce qu’ils faisaient. » (Page 301)… » Quel est le but de l’opération? se demanda Smithback. Apparemment, ils voulaient bloquer le drainage du réservoir. Mais pour quelle raison? Leur ordinateur a un bug? » (Page 302)… »Smithback courait sur la passerelle en luttant contre la peur qui menaçait de le submerger et de le paralyser une fois encore…J’ai une bonne longueur d’avance. Ces créatures sont encore à une trentaine de mètres plus bas (…) Mais au moment où le petit bout de ciel éclairé par la lune apparaissait enfin au-dessus de sa tête, il vit avec horreur des silhouettes sombres se dresser devant lui. » (Page 306).

Des scènes d’anthologie :

La scène où Méphisto met Pendergast à l’épreuve en lui faisant manger du rat ou la scène de la gigantesque mêlée des sdf prend la ville de New-York au dépourvu sont des scènes très riches en sensation avec une pointe de critique sociale:  » Smithback savait que cette marche, qui rassemblait les gens les plus riches et les plus influents de New-York, n’était prise à la légère ni par le maire, ni par le chef de la police, ni par aucun responsable politique en ville. Ordinairement, ces gens-là ne descendaient jamais dans la rue pour protester contre quoi que ce soit. » (Page 87).

Les personnages :

C’est avec plaisir que le lecteur retrouve certains des personnages avec lesquels il a fait connaissance dans Relic, bien que mûris par les expériences douloureuses qu’ils y ont vécues : Pendergast, l’improbable agent du FBI à la mémoire fabuleuse et à la personnalité tellement complexe; le journaliste Smithback, qui va au bout de ses convictions pour découvrir la vérité coûte que coûte; le lieutenant D’Agosta, toujours aussi fiable et courageux. Ainsi que Margo, la jeune chercheuse en pharmacologie primitive et le docteur Frock qui ont courageusement fait face à leurs côtés.

Auxquels s’ajoute le lieutenant Laura Hayward, nouvelle venue, femme énergique, courageuse et intelligente, ajoutant une touche de féminité qui manquait un peu dans Relic. Ainsi que:

  • Olivia Merriam, la nouvelle directrice du musée.
  • Waxie, commissaire de quartier, supérieur hiérarchique du lieutenant D’Agosta.
  • Pamela Wisher, la première victime repêchée au début du roman.
  • Le vicomte Adair, son petit ami.
  • Madame Wisher, la mère de Pamela.
  • Simon Brambell, médecin légiste.
  • Diamond, ingénieur expert en structures souterraines.

=> Tous ces personnages, qu’ils soient récurrents ou secondaires, sont suffisamment crédibles pour qu’il soit aisé au lecteur de les suivre dans leur descente aux enfers. Chacun occupe un rôle dont les dimensions, aussi modestes soient-elles, participent à l’histoire et font avancer l’intrigue.

Mon avis :

Le Grenier des Enfers, bien qu’il s’inscrive dans la continuité de Relic, est tout aussi intense que celui-ci. Son rythme est enlevé, sans temps mort; son intrigue repose sur un juste équilibre entre un suspense haletant, des scènes d’action très crédibles, du frisson, ainsi que des moments de réflexion rehaussés d’une petite pointe d’humour.

Les points scientifiques , malgré deux ou trois détails inexacts, complètent les bases solides sur lequel le roman s’appuie pour apporter des éléments de réponse à des interrogations aussi importantes que les manipulations génétiques ou le rétrovirus.

En résumé, je dirais que les deux romanciers américains confirment ici leur talent pour concocter des thrillers suffisamment terrifiants et intenses pour laisser une impression vivace à leur lectorat. Car, après tout, un bon thriller, comme le suggère son origine anglo-saxonne qui signifie  » frissonner », n’a-t-il pas pour vocation de susciter en lui une appréhension suffisamment intense pour le maintenir en haleine jusqu’à la dernière page ??

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