Olivia KIERNAN : Les liens du sang

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Olivia KIERNAN - Les liens du sang
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le crime colle à la peau de la commissaire Frankie Sheehan. Mais à Clontarf, petite station balnéaire proche de Dublin, Frankie n’est pas la seule à être familière avec la mort…

Deux corps sont retrouvés dans l’église de la ville, sauvagement assassinés.

Un double meurtre qui coïncide étrangement avec la sortie de prison de Sean Hennessy, condamné dix-sept ans plus tôt pour le meurtre de ses parents alors qu’il était encore adolescent. Sean a toujours clamé son innocence ; et c’est cette version des faits qu’il entend défendre dans un documentaire télévisé en préparation.

Frankie le pressent : pour découvrir l’auteur du double meurtre de l’église, puis d’un nouvel assassinat tout aussi épouvantable, il va lui falloir comprendre ce qu’il s’est véritablement passé voilà dix-sept ans.

Et percer les mystères qui relient entre eux, par-delà les années, les cadavres de Clontarf.

Origine Irlande
Éditions Hugo & Cie
Date 3 octobre 2019
Traduction Vincent GUILLUY
Pages 395
ISBN 9782755641820
Prix 19,95 €

L’AVIS DE CATHIE L.

Olivia Kiernan est une romancière et blogger irlandaise née dans le comté de Meath. Elle a obtenu un diplôme en écriture créative à l’université du Sussex. Elle vit actuellement en Angleterre.

Le roman

Les liens du sang, The Killer in me dans la version originale parue en avril 2019, a été publié en octobre 2019 par les éditions Hugo thriller. Le style est net, direct, un peu brut parfois, mais le ton intimiste est tout simplement addictif… comme tout le roman d’ailleurs! Le récit est raconté à la première personne au présent, du point de vue du commissaire Sheehan qui raconte les étapes de son enquête chronologiquement. => Cette immédiateté de l’action que l’on suit en direct crée un suspense parfois à la limite du soutenable.

Le rythme, dans lequel chaque détail compte, est volontairement lent ; une telle enquête ne pouvant se résoudre en deux temps trois mouvements, l’auteur respecte l’allure des investigations de l’équipe d’enquêteurs : « Je tends la main, le laisse me précéder dans l’église. Il hésite, échange un regard inquiet avec madame Berry, prêt à changer d’avis un court instant. Puis avec une tape de réconfort sur le bras de la vieille dame, il se ressaisit et s’avance vers l’église. Je sais exactement à quel moment il découvre les corps. Il ralentit l’allure, le rythme de ses pas se perd. Il plie le bras, se couvre la bouche. » (Page 35)… « Je prends la cassette, la retourne. Au dos, une étiquette jaune adhésive: Interrogatoire de Sean Hennessy, 13 août 1995. Je me lève et retourne dans ma chambre. Au fond de ma penderie, je déniche un vieux lecteur de cassettes. Je le ramène au salon, le dépose sur la table basse, souffle sur les boutons pour le dépoussiérer, et j’y insère la cassette. Je pets mon téléphone en mode enregistrement, et je lance la lecture. » (Page 208) => On a envie d’appuyer sur la touche « Avance rapide », de secouer Frankie et de lui dire : « Allez, dépêche-toi !! Je veux savoir la suite !! »

Thème principal : l’erreur judiciaire et ses conséquences parfois incalculables, posant la question: la prison est-elle une fabrique à criminels ? La réponse d’Olivia Kiernan a au moins le mérite de toucher du doigt les aspects éthiques du problème.

Le fil rouge : la pluie, omniprésente comme un personnage secondaire incontournable : « Il pleut à verse. Des rideaux de pluie, des vagues qui bouchent l’horizon. »; ainsi que l’omniprésence de la mer, grise, parfois houleuse, que l’on aperçoit en second plan tout au long du roman.

L’intrigue

Août 2012. Sean Hennessy, condamné à quinze ans de prison pour le meurtre sauvage de ses parents et pour avoir presque tué sa petite soeur de dix ans,  a été libéré quatre mois plus tôt. A l’époque des faits, il était âgé de quinze ans. L’association de Tanya, brillante avocate pénaliste, La justice en question, convaincue que l’enquête de l’époque a été bâclée, décide de reprendre le dossier afin de prouver l’innocence du jeune homme, innocence qu’il a toujours clamée. Tanya, qui possède de nouveaux éléments, demande à sa belle-soeur, le commissaire Sheehan, un avis non officiel.

Deux cadavres sont retrouvés dans l’église Sainte-Catherine de Clontarf, zone urbaine au nord de Dublin: une femme torse nu et un homme, sans doute mort depuis plus longtemps, revêtu d’un costume noir de prêtre. Le cadavre de l’homme a vraisemblablement été entreposé quelques jours dans un endroit réfrigéré, ce qui signifie que quelqu’un a dû constater son absence. Hors, aucune disparition n’a été signalée récemment. Sur les lieux du crime, la scientifique ne relève aucune empreinte, aucun indice, sinon une trace blanche dans la traînée de sang s’écoulant du cadavre de la femme, indiquant qu’il y avait à cet endroit un objet qui, depuis, a disparu.

S’il s’avère que le jeune homme est innocent des meurtres de sa famille, la Garda se retrouvera face à un procès et contrainte à verser une indemnité compensatoire de plusieurs millions. C’est pourquoi Frankie cherche un lien quelconque entre cette ancienne affaire et le double meurtre de Contarf. Si elle parvient à prouver l’implication de Sean Hennessy, tout ira bien. Mais la commissaire commence à avoir des doutes quant à la culpabilité du jeune garçon dans le meurtre de ses parents. Certains détails ne collent pas. Dès lors, il va lui falloir reprendre tous les éléments des deux enquêtes en prenant le risque de réveiller des démons endormis depuis longtemps…

Bureau des Enquêtes spéciales : bureau monté trois ans plus tôt pour faire face aux enquêtes compliquées, pour lutter contre le crime à l’échelon national. Divisé en quatre secteurs où sont affectés les meilleurs inspecteurs de la Garda.

L’association La Justice en question: son but est de sélectionner les affaires dont elle pense qu’il y a eu erreur judiciaire lorsqu’il y a de nouveaux éléments ou que des pistes ont été négligées.

Méthode de profilage de Frankie: afin de comprendre la psychologie du tueur dans le but de l’appréhender, Frankie se met dans sa peau; elle observe les scènes de crime du point de vue du tueur et non de celui des enquêteurs ou de la victime :

« Alors je l’imagine. Le tueur. Penché sur les cadavres, il place les membres sanglants dans la position qu’il souhaite… Je le sens derrière moi, juste contre ma nuque. Il observe. Il m’observe pendant que j’examine son oeuvre ; son souffle est encore là, dans l’air confiné de l’église. » (Page 29)…

« Les photos de la scène de crime s’étalent sur mon bureau. Debout face à elles, j’étudie les victimes. Nous sommes nos comportements, nos actions, et un tueur n’échappe pas à la règle. Une scène de crime peut nous en dire beaucoup sur son auteur. » (Page 37).

Les lieux

L’essentiel de l’intrigue se déroule à Clontarf, quartier du nord de la capitale de l’état d’Irlande qui longe la côte. C’est la ville natale du commissaire Sheehan, un lieu qu’elle connaît comme sa poche, ce qui devrait faciliter ses investigations… Ou pas, selon les circonstances. Un lieu dominé par le vent de mer, la puanteur des algues, les embruns chargés de sel et d’iode.

Scène de crime dans l’église : protégée par de gros ormes, l’édifice est fermé par une double porte de chêne ouvrant vers l’intérieur; la banalité d’un lieu de culte confronté à la violence :

« Des livrets de messe entassés dans une boîte en carton sur la droite. Une poignée de confetti, oubliés, sous la première rangée de bancs. Une pile de paniers d’osier prête à s’écrouler derrière la porte… A côté d’elle une seconde victime, un homme. Mort. Aussi mort qu’on puisse l’être. Depuis plusieurs jours, selon les apparences. La mort a marbré ses mains, sa figure. » (Pages 21-22).

En conclusion

Le + : un aperçu très réaliste du travail de la police, du déroulement d’une enquête :

« Nous sommes encore du bon côté de l’affaire. Tout est net, propre, qui nous attend. Pas d’erreur commise, pas encore. On peut travailler avec l’illusion qu’en faisant les choses dans les règles, la solution va nous venir bien gentiment. » (Pages 41-42)…

« Au début d’une enquête, il est facile de garder son énergie et de se convaincre qu’on a la main. Certaines se déroulent comme ça, d’ailleurs. Sous la moindre pierre que vous soulevez, vous trouvez des tas d’indices. «  (Page 319).

Le ++ : les passages de profilage sont particulièrement intéressants. La grande maîtrise de l’auteur dans l’analyse de la scène de crime fait que parfois on oublie que nous sommes dans une fiction. C’est tout simplement passionnant !!

Les liens du sang est assurément le meilleur polar que j’ai lus cette année : tout contribue à le rendre parfait : une intrigue particulièrement bien ficelée, sans aucune fausse note ni incohérence ; une finesse d’analyse rarement égalée ; des personnages à la psychologie complexes, représentés avec beaucoup de profondeur ; un travail d’investigation et de police au plus proche de la réalité. Un véritable coup de cœur !!!

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