Natacha CALESTRÉMÉ : Les blessures du silence

0
375
France
Natacha CALESTREME -blessures du silence
Les Blessures du silence
  • Éditions Albin Michel le 28 mars 2018
  • Pages : 300
  • ISBN : 9782226435163
  • Prix : 19,50 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide, ses parents affirment qu’elle a été tuée, ses collègues pensent qu’elle s’est enfuie avec un amant, et autant de témoignages contradictoires qui ne collent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Et puis il y a sa voix, que le lecteur découvre, en filigrane du roman, qui nous raconte une indicible vérité…

Un roman qui dépeint subtilement les affres du harcèlement conjugal. Par le biais d’une enquête de police entraînante, l’auteur parvient avec brio à nous plonger dans le mécanisme de destruction implacable qui se met en place autour de la victime. Elle dépeint la réalité d’un couple rongé par l’emprise, la manipulation et la perversion. Un récit passionnant et touchant grâce à la justesse et à la véracité des dialogues comme des situations.

L’AVIS DE CATHIE L.

Les blessures du silence a été publié en 2018 par les éditions Albin Michel. Il est le quatrième roman de l’auteure que néanmoins je découvre. Le style est fluide, utilisant alternativement un vocabulaire recherché et précis dans proposant une combinaison de mots à la musicalité étrange : « Malheureusement, seule une forme sombre au contour flou me dévisage. Même mon reflet n’arrive pas à s’imposer dans le limon de la ville. Je scrute les rugosités du sol à la recherche d’un signe positif, un morceau d’asphalte en forme de cœur, un brin d’herbe qui s’épanouirait dans le béton. » (Page 7)… ou plus familier si les circonstances l’exigent : « Combien de temps va-t-il jouer au faux-cul? Il n’y a pas de honte à avouer qu’on a été amoureux et qu’on s’est ramassé! Filippo m’emmerde avec son jeu du chat et de la souris. » (Page 65).

L’histoire nous est racontée selon le point de vue de deux narrateurs différents, alternant les chapitres d’avant la disparition dans lesquels Amandine raconte son histoire avec ceux d’après la disparition dans lesquels Yoann raconte l’enquête, à la première personne et au présent, rendant ainsi l’histoire plus vivante, plus aisée à s’approprier. Et là où ça devient encore plus intéressant, c’est que l’auteure présente différentes perceptions d’un même événement du passé, ou d’une même personne, par exemple comment Amandine est perçue par ses proches, proposant des portraits psychologiques très fouillés.

Les thèmes abordés sont le harcèlement au sein de couple et la perversion dont de nombreuses femmes, mais aussi des hommes, sont victimes chaque jour sans que le droit français ne le reconnaisse ; comment sortir de cette spirale de violences verbales ne laissant aucune trace apparente, comment aider les victimes et les comprendre.

L’intrigue

Huit jours après la disparition d’Amandine Moulin, l’enquête menée par le commissariat de quartier, au point mort, est confiée à la brigade criminelle dirigée par le commissaire Hervé Filippo qui, vingt ans plus tôt, a bien connu la disparue, raison pour laquelle Yoann, le meilleur enquêteur de la brigade, relève le défi: reprendre l’enquête à zéro à partir de rien, la jeune femme s’étant volatilisée sans laisser aucune trace. Depuis le 5 septembre 13 heures, plus personne ne l’a vue et son portable reste muet.

Sachant que dans la majorité des cas le mari est responsable de la disparition de sa femme, Yoann oriente son enquête dans ce sens, d’autant que des éléments troublants viennent étayer sa thèse: pourquoi Henry Moulin ne semble pas vraiment inquiet ? Pourquoi n’a-t-il pas cherché à joindre sa femme sur son portable ? Pourquoi a-t-il attendu cinq jours pour signaler sa disparition ? Et surtout, pourquoi parle-t-il d’elle au passé ?

Pourquoi les parents d’Amandine sont-ils convaincus qu’il a assassiné leur fille qui, quelques jours avant sa disparition, leur a confié avoir peur de lui? Qui ment ? Quel rôle Filippo joue-t-il dans cette affaire ? Henry Moulin est-il le manipulateur, froid et sans coeur décrit par les proches d’Amandine ? A moins que les choses ne soient pas si simples… Afin de résoudre cette enquête complexe, le major Clivel devra affronter ses propres démons et regarder la réalité en face.

Psychologie d’Amandine

Dans ce thriller dont l’intrigue est essentiellement basée sur le personnage d’Amandine, la psychologie est particulièrement travaillée car il est essentiel de comprendre que son comportement est motivé par son histoire, son fonctionnement psychique, notamment ses mécanismes de défense, sa manière de gérer la réalité à travers ses émotions et ses pulsions. Ses pensées les plus intimes mais également ses conversations avec sa sœur aident à mieux la cerner et à répondre à la question qui, invariablement, nous vient à l’esprit: pourquoi ne quitte-t-elle pas son mari ? L’auteure explique remarquablement bien, avec les mots justes, le processus psychologique d’une personne soumise à un harcèlement moral de la part d’un proche.

« Quand il se ramollit, j’espère que t’en profites pour lui dire qu’il est un salopard. -Pas du tout. Ces moments-là sont si rares que je ne veux pas les gâcher. Ses mots agissent comme une gomme sur mon désespoir. Ça efface tout. » (Page 95)

Couple Amandine/Henry

L’analyse du fonctionnement du couple est la deuxième composante capitale de Les blessures du silence : un des aspects les plus passionnants du roman est la façon dont l’auteure décortique les mécanismes complexes qui, au fur et à mesure des années, ont conduit à l’impasse dans laquelle se retrouve Amandine au début de l’histoire. Certes, la condition nécessaire à la bonne marche de l’aspect psychologique du thriller réside dans l’empathie que nous ressentons pour Amandine, sans toutefois tomber dans la facilité en diabolisant son mari, ni, à l’inverse, en l’excusant. En effet, l’auteure démontre que tout n’est pas si simple et que Henry est, à sa manière, une seconde victime. Il ne s’agit pas de juger ses agissements mais de les analyser.

Mon avis

Les blessures du silence est mon premier coup de coeur de cette année 2018. Tout y est à sa place : le ton juste, le style fluide, les personnages attachants et bien campés, les descriptions appropriées sans détails inutiles, la construction judicieuse, le thème intelligemment traité. Honnêtement, rien à redire, sinon que je vous conseille vivement de vous plonger dans l’univers de Natacha Calestrémé… ce que je compte faire dès que possible en lisant ses trois précédents romans.

 

Partagez votre lecture dans les commentaires !

Sponsor

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici