Mickaël KOUDERO : La faim et la soif

0
242
Mickael KOUDERO - La faim et la soi-
-

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris, juin 2015. Dans un appartement aux allures de chapelle, une jeune femme s’est tailladé les veines. Avant de commettre l’irréparable, elle a cherché à s’arracher les yeux. Plus étrange encore, ces liasses de feuilles froissées sur lesquelles elle a griffonné le même nom : Nosferatu. Un mot roumain qui renvoie aux non-morts, aux vampires et au Diable.

Ancien journaliste d’investigation, Raphaël Bertignac fait le lien avec la découverte dans un parking en construction, quelques mois plus tôt, du corps d’un jeune Roumain sans papiers. Vidé de son sang. À moitié dévoré. Les organes arrachés. Deux affaires en apparence distinctes. Et pourtant…

Cannibale, Diable, organes… des mots aux sonorités animales qui poussent Raphaël à mener l’enquête à Paris, à Prague et jusqu’au tréfonds de la Roumanie. Dans ces territoires interdits où il comprendra que sous les cendres de la révolution de 1989 et la chute de Ceaușescu, une menace est née. Intime. Cannibale. Sauvage. La faim et la soif.

Origine France
Éditions Hugo & Cie
Date 7 février 2019
Pages 525
ISBN 9782755640663
Prix 19,95 €

L’AVIS DE YANNICK P.

Quelle excellente surprise. Un vrai bon thriller mainstream comme Hugo & Cie savent les dénicher.

Très bien construit, un scénario léché, chargé de ce qu’il faut de descriptions et sans aucun temps mort, ce pavé de 540 pages met en scène Raphaël, Bertignac, ancien journaliste d’investigation. Il mènera son enquête à Paris, à Prague, et jusqu’aux tréfonds de la Roumanie.

Une ombre d’histoire, la Securitate de Ceaușescu qui nous renvoie en décembre 1989 en Roumanie, et un voile entre-ouvert, à Paris, juin 2015 à travers un nom laissé sur des feuillets par une femme qui avant de se donner la mort, s’est énucléée. Nosferatu, un nom roumain pour dire non-mort. Delà commence la descente vers les enfers de Raphaël, à travers les bas fonds et des pays de l’Est abandonnés après des révolutions hâtives.

Sans aucun doute, beaucoup y verront une trace de Chattam et de Grangé (du temps où le 1er faisait de très bons thrillers, le 2nd m’ayant surpris pour le meilleur ces derniers temps). Avide de vérité, Raphaël porte sa propre blessure.

Les phrases courtes de Mickaël Koudero confèrent une vivacité plaisante alors que les thèmes évoqués font froid dans le dos. La folie, les trafics, la pauvreté, les effets d’un totalitarisme. C’est avec un véritable engouement que l’on suit Raphaël et les rares personnages. Octavian, Antarès, Valérie, Pierre ou Daian, aucun ne capte la lumière.

La Faim et la Soif, est un réel thriller sombre qui sans être étouffant, malgré des scènes sanglantes, glace le lecteur en une lecture tendue et décochée d’un trait.

L’AVIS DE CATHIE L.

La Faim et la soif a été publié par les éditions Hugo Thriller en février 2019. C’est à coups de machette que l’auteur se fraie un chemin dans la jungle des mots avec pour résultat une alternance de style quasi télégraphique immergé dans des passages plus classiques : « Les cours enrichissent sa culture générale, dopent ses qualités rédactionnelles, cisèlent la structure de ses phrases, approfondissent son esprit critique, apportent rigueur à ses analyses et synthèses. » (Page 20)… « On se bat, se déchire, pour un peu de maïs. Des pluies tombent du ciel. Des clous glacés qui perforent les peaux et le paysage. Transforment le décor en boue. » (Pages 22-23)… « Trottoirs brûlants, touristes en sueur. Le sombres battaient la retraite. Il marcha d’un pas pressant vers sa camionnette, indifférent à ces rues pavées… » (Page 80).

Le ton est désabusé, parfois cynique, les dialogues sont explosifs, les formules lapidaires : « …de la guillotine aux urnes, de la rage aux mirages, on avait aboli les privilèges, mais oublié les privilégiés. » (Page 111)… jusque dans les descriptions : « A présent, la Skoda traversait un agencement de prairies fleuries, d’où s’étiraient des arbres fracturant la perception de l’espace. Le soleil mordait la terre, se réfléchissait sans réserve sur des panneaux… » (Page 234).

Thèmes : le trafic de drogue, le trafic d’organes humains, le satanisme, la prostitution, => La Faim et la Soif propose une descente dans les tréfonds des noirceurs humaines. Tout un programme !!

L’intrigue

Une enquête ont les ramifications nous mènent dans le passé trouble et douloureux de la Roumanie de Ceucescu sur fond de prostitution, de trafic de drogue et d’organes humains.

Raphaël, bien qu’il entame juste ses vacances d’été, est appelé par son patron afin de nettoyer une scène de suicide, le troisième en une semaine. La jeune Mathilde a tenté de s’arracher les yeux puis s’est tranché les veines avec un crucifix. Raphaël est aussitôt interpellé par ces circonstances pour le moins inhabituelles et peu cohérentes avec la personnalité de la jeune femme. Suite à ce qu’il découvre dans son bureau, il décide d’en savoir plus.

Il découvre que trois mois plus tôt, Octavian, un jeune réfugié roumain âgé de vingt-deux ans, a été retrouvé dans un parking en construction pendu par les pieds, énucléé, sauvagement torturé. Raphaël prend contact avec le commandant Toussaint, une vieille connaissance, dont l’enquête n’a pas avancé d’un pouce. S’agit-il d’une vengeance? D’un meurtre rituel ? De vampirisme? Raphaël envisage toutes les hypothèses, même les plus farfelues.

Poursuit-il un vampire ? Un cannibale ? Ou les deux ? Afin de percer ce mystère, il demande à Valérie Auteuil, une ancienne employée à qui il a appris son métier, de lui apporter un soutien logistique. La jeune femme accepte à la condition expresse que BFM TV aura l’exclusivité des résultats de son enquête. Persuadé que la clef qui relie les deux affaires réside dans le mot NOSFERATU et les Commerces du Diable situés dans la capitale de la République Tchèque, il se rend à Prague, sans se douter un seul instant qu’il y trouvera bien plus que les réponses à ses questions.

Les lieux

Les descriptions sont tout aussi sobres, imagées et lapidaires que le style général du roman.

Scène du premier suicide :

« Cinq pas le placèrent à la hauteur d’un canapé d’angle aux formes travaillées. Le coin-repas dans son dos, ses iris bleu pétrole se concentrèrent sur le salon…Une étagère en verre épousait un pan de mur. Dans les niches se serraient des ouvrages consacrés au troisième art et à ses dignes représentants… Sur la table basse Airborne en verre et acier noir, des courbes de sang séché. Les arabesques, couleur marron, lui firent penser au vernis que l’on utilise pour teindre le bois. Il retrouva ces particules d’horreur sur les chandeliers posés sur la table, comme sur ce trousseau de clefs laissé à l’abandon. » (Pages 11-12).

Scène du second suicide :

« Une commode soutenait de nouveaux cadres, des chapelets, des cierges consumés et une série de crucifix à la taille décroissante. Le quatrième manquait, celui dont s’était servi la jeune femme pour se taillader les veines. A la vue de cette tache sombre sur le sol, il devinait qu’elle se situait au centre de la pièce au moment de son acte. » Page 42).

La ville de Prague : théâtre des investigations menées par Raphaël, à la poursuite des hommes responsables des récents homicides, bénéficie d’une présentation atypique :

« Son hôtel se situait en haut de la rue Nerudova, autrefois chemin royal pour les têtes couronnées, au cœur du quartier Malà Strana. Des enseignes pittoresques cohabitaient avec les ambassades étrangères -Italie, Roumanie. Violons, calices, fer à cheval: les façades des maisons s’ornaient de symboles correspondant aux métiers occupés par les propriétaires de l’époque. » (Page 238)…

« Depuis dix minutes, le regard de Raphaël se focalisait sur le paysage. La cité se déployait sous un ciel haut, d’un bleu flamboyant. Des rayons obliques gorgeaient les silhouettes de pierre et dessinaient sur l’horizon une fresque d’ombres chinoises qui sublimaient la démesure de l’histoire. » (Page 267)…

…peu conventionnelle : « Il marchait le long de rues irrégulières. Dépassait des rotondes et de petites maisons fortifiées. Dans ces asymétries, on pouvait repérer d’anciens tracés de chemins commerciaux datant du XXe siècle…Plus loi, il rattrapa la rigueur propre au baroque. Profils massifs, façades ornées de colonnades, radicalité dans les formes et sensation d’uniformité. » (Page 346).

En conclusion

La Faim et la soif est un thriller attachant à plus d’un titre : le style atypique et brut de décoffrage de l’auteur ; ses personnages tout en nuance, écorchés par la vie; ses descriptions à coups de scalpel; son histoire qui nous entraîne dans les plus sombres bas-fonds de l’âme humaine, dans ce que l’homme peut offrir de pire…Qualités qui séduiront les aficionados du genre ainsi que tous lecteurs en quête d’émotions fortes et de vertigineuses montées d’adrénaline.

Partagez votre lecture dans les commentaires !

Sponsor

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre commentaire
Entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.