Liam McILVANNEY : Le quaker

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Liam McILVANNEY - Le quaker
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PRÉSENTATION ÉDITEUR

1969. Glasgow. Trois jeunes femmes sont allées danser dans un dancing populaire, elles y ont rencontré un garçon que leurs amies décrivent comme bien de sa personne et correct, elles ont été très discrètes sur cette relation, puis on a retrouvé leurs cadavres sur des terrains vagues, elles ont été violées et étranglées avec leurs bas. Les recherches piétinent, les policiers de la criminelle sont à cran, ils se perdent dans les détails. L’inspecteur principal Duncan McCormack est appelé pour auditer la désastreuse enquête, ce qui a le don d’irriter les membres de l’équipe qui ont déjà dû essuyer les railleries de la presse pour leur tentative vaine d’attraper le tueur en se mêlant à la foule des danseurs.

Parallèlement on suit Alex Patton, un perceur de coffres-forts venu de Londres pour cambrioler une salle des ventes dans sa ville natale et dont l’histoire croise celle du tueur à mesure que l’intrigue se noue et que McCormack est impliqué dans les deux affaires.

L’auteur dresse un portrait vivant d’un quartier lugubre en pleine démolition, un témoignage sur l’état de la police de Glasgow et ses préjugés, à l’apogée du règne de la mafia locale, tout en menant une intrigue policière solide, tenue par des personnages inoubliables. Il donne alternativement la parole aux victimes et aux enquêteurs.

Liam McIlvanney s’inspire d’un fait divers pour nous raconter la ville et sa police dans les années 60, au moment où un tueur en série, qu’on n’a toujours pas retrouvé, a violé et étranglé trois jeunes femmes rencontrées dans un dancing.

Origine Ecosse FLAG
Éditions Métailié
Date 3 octobre 2019
Traduction David FAUQUEMBERG
Pages 416
ISBN 9791022609630
Prix 22,00 €

L’AVIS DE CATHIE

Liam McIlvanney est né en Ecosse, à Kilmarnock, sur la côte ouest, ville natale du whisky Johnnie Walker. Il est professeur de littérature à l’université Otargo, en Nouvelle-Zélande. Il est également critique littéraire à la London Review of Books.

Après des études à l’université de Glasgow, puis à Oxford, il a enseigné pendant dix années la littérature écossaise et irlandaise à l’université d’Aberdeen. Il vit désormais en Nouvelle-Zélande avec sa femme et leurs quatre fils. A noter qu’il est le fils de l’écrivain et poète William McIlvanney, auteur de romans sociaux et de romans policiers et de nouvelles. Les couleurs de la ville, publié en 2009, est son premier roman.

Le Quaker, The Quaker dans la version originale parue en 2018, a été publié en 2019 par les éditions Métailié. Racontée après coup, l’histoire est racontée selon les points de vue des casseurs, des victimes mortes et des enquêteurs, conférant au roman toute son originalité. Certains chapitres son uniquement dédiés à l’enfance de l’inspecteur McCormack, formant des enclaves au cœur du récit. Les scènes fourmillent de détails, privilégiant sons et images, comme dans un film :

« Il avala une bouffée d’air, ferma les yeux quelques instants, décolla de sa poitrine sa chemise trempée de sueur. Puis, il s’élança hors de l’immeuble en sprint, un peu courbé, avec les mains levées de part et d’autre de sa tête, comme s’il craignait de recevoir des débris tombés d’n haut. Sans même regarder, il sut que la voiture s’était arrêtée… Lorsqu’il déboucha sur l’arrière-cour, Kilgour entendit soudain le vrombissement de l’engin redoubler, tandis que la voiture tournait au coin de la rue et filait sur la ligne droite. » (Page 35).

Le rythme lent, les actions décrites au millimètre près, créent un suspense qui va crescendo :

« Une chaise d’apparence branlante était posée dans un coin. Elle avait un siège rond et pas d’accoudoirs, comme tout droit sortie de la terrasse d’un bistrot grec. Paton posa une main sur le dossier de la chaise et une autre sur le rebord du siège, comme s’il se préparait à quelque acrobatie. Il fit jouer ses épaules: les pieds de la chaise avaient un peu de jeu, mais pas trop. Elle tiendrait. Il souleva la chaise, la posa juste sous la trappe du plafond, et il monta dessus en écartant les bras pour ne pas tomber. » (Page 130)…

« Il remonta chez lui et fouilla dans le placard de l’entrée, y dénicha un vieux rouleau de papier peint. Il déroula ce dernier sur la table du séjour, et découpa aux ciseaux une longueur d’un mètre cinquante environ. Il décrocha trois photos encadrées du mur du fond, et retira les crochets avec un marteau fendu. Puis il retrouva le sachet de colle à papier peint et la vieille brosse à encoller dans le placard. Il mélangea un peu de colle dans un seau, au fond de l’évier, et colla la section de papier peint sur le mur du séjour, dans le sens de la longueur, face vierge apparente. Puis il rangea colle et outils, se lava les mains et revint se planter devant le grand rectangle blanc. » (Page 308)

=> Comment ne pas visualiser et suivre le lent déroulement des scènes, comme au cinéma ?

Construction complexe: l’auteur raconte la préparation du casse en direct mais son exécution par flash-back, tout en racontant l’enquête sur le Quaker après coup : « Cette année-là, 1968, le pire hiver de mémoire d’homme s’installa juste après Halloween. » (Page 12). => Les fils des deux intrigues s’entremêlent en circonvolutions avec pour point commun l’inspecteur McCormack, instaurant le suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

Glasgow. 1968. Trois femmes sont assassinées par le même meurtrier, surnommé « Le Quaker » par la presse. La police piétine et se perd dans les méandres d’une enquête bâclée. Aucun résultat malgré une description du tueur par une femme qui lui a échappé. La presse et la hiérarchie de la police faisant pression, l’inspecteur McCormack, mettant de côté son enquête sur le chef de gang Mc Glashan, est missionné par la brigade volante afin de superviser l’enquête et de la recadrer et de décider si on la retire ou non aux inspecteurs de la Quaker Squad.

Pendant ce temps, Paton vient de Londres pour organiser l’audacieux casse de Glendinnings, une maison de vente aux enchères: dérober des bijoux de grande valeur dans le coffre-fort du PDG. Une fois le forfait accompli, Paton se met au vert quelques jours dans un immeuble désaffecté, celui dans lequel la quatrième victime est assassinée. Dès lors, tout va de travers pour lui.

L’enquête de McCormack s’avère plus difficile qu’il ne le croyait: rien ne semble relier les trois victimes, aucun point commun. Il faut tout reprendre à zéro. Mais quinze mois plus tard, les pistes sont froides et les gradés ne sont plus enclins à investir argent et moyens logistiques pour une enquête qui ne mène à rien. Ils attendent juste que l’inspecteur leur fournisse l’excuse qui leur permettra de la clore… ou de la résoudre, c’est selon. C’est alors que la quatrième victime est découverte. McCormack sera-t-il capable d’arrêter le Quaker ??

Description lapidaire de Glasgow des années 60, montrant ses deux visages : ville que McCoarmack connaît assez bien, constellée de parcs et de petits lacs où l’on peut faire de la barque ; mais également une ville qui manque cruellement de logements, surtout dans les quartiers pauvres : « Les appartements des immeubles désaffectés voués à la démolition se négociaient clandestinement », notamment pour servir de planque aux gangsters.

Roman passionnant bien qu’alourdi par des longueurs, notamment la description de la cavale de Paton qui pourrait être grandement réduite.

Le + : l’ancrage dans la réalité comme s’il s’agissait d’un article de journal, sublimé par l’ambiance de film noir, des dialogues bien troussés, avec juste ce qu’il faut de familiarité et de mots d’argot. L’état de frustration engendré par une enquête qui piétine est mis en scène avec beaucoup de finesse :

« McCormack songea qu’il était en train de craquer. Comme eux tous d’ailleurs. Ils avaient tellement investi dans cette enquête…Dix-huit mois de travail; une centaine de policiers répartis par équipes de douze, travaillant quatorze heures par jour. Ils avaient recueilli cinquante mille témoignages. Ils avaient interrogé cinq mille suspects, rendu visite à sept cents dentistes, quatre cent cinquante coiffeurs, deux cent quarante tailleurs pour homme. A des tas d’églises et de clubs de golf. Combien d’heures de travail cela représentait-il en tout : un million ? Deux ? Comment tous ces chiffres, additionnés, pouvaient-ils donner zéro ? » (Pages 80-81).

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