Laurent LOISON : Cyanure

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France
Laurent LOISON - Cyanure
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  • Éditions Hugo & Cie en septembre 2017
  • Pages : 400
  • ISBN : 9782755635683
  • Prix : 19,95 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Branle-bas de combat au 36, quai des Orfèvres. Toujours assisté de sa complice Emmanuelle de Quezac et du fidèle capitaine Loïc Gerbaud, le célèbre et impétueux commissaire Florent Bargamont se trouve plongé dans une enquête explosive bien différente des habituelles scènes macabres qui sont sa spécialité.

Un ministre vient en effet d’être abattu par un sniper à plus de 1200 m. Sachant que seules une vingtaine de personnes au monde sont capables d’un tel exploit, et que le projectile était trempé dans du cyanure, commence alors la traque d’un criminel particulièrement doué et retors.

Les victimes se multiplient, sans aucun lien apparent et n’ayant pas toutes été traitées au cyanure. Balle ou carreau d’arbalète, la précision est inégalée. Ont-ils affaire à un ou plusieurs tueurs ? Un Guillaume Tell diaboliquement effi cace se promène-il dans la nature ?

Tandis que Barga doit faire face à de perturbantes révélations et se retrouve dans une tourmente personnelle qui le met K.O., les pistes s’entremêlent jusqu’au sommet de l’État, où le président de la République n’est peut-être pas seulement une cible.

L’AVIS DE YANNICK P.

Laurent Loison est un joueur. Il joue avec ses personnages comme il s’amuse du lecteur. Il est imprévisible, surtout, il se fait un plaisir à être où on ne l’attend pas. On le savait taquin avec Charade, avec Cyanure, il continue à aborder ce registre créatif et dynamique, qu’il maitrise particulièrement bien, le thriller.

Le résumé, passez voir la 4ème page. Sachez que ça tire juste et de très loin avec un doigt de Cyanure et au milieu de la cible un ministre mort. Donc cause + effet =  le meilleur flic de France est chargé de l’enquête.

Je retrouve avec plaisir le 36 quai des Orfèvres, Florent Bargamont et son équipe, dont Emmanuelle, filleule de Maurice de Quezac, ministre que j’avais abandonné avec l’opus précédent.

Cyanure est un package mitonné aux petits oignons. Il y a le livre, l’histoire et l’expérience littéraire.

Le livre, c’est toujours un bonheur de recevoir un exemplaire chez soi, dédicacé. Merci les éditions Hugo !

Côté histoire, c’est solide et maitrisé. Le lecteur suit avec attention, les héros qu’il a quittés. L’attachement fonctionne à merveille. C’est addictif. Car coté écriture, la tension monte au fil des pages, les cadavres s’accumulent sans pour autant abuser de facilités sanguinolentes et guignolesques. A travers Bargamont, l’auteur se fixe un style en soi. Le livre est à l’image de son personnage principal. Il y a du tempérament et une franche dynamique.

Mais convenir que Cyanure s’arrêterait là, aurait été un peu court. Ceux qui ont déjà lu Laurent, se doute qu’une partie de l’intérêt de cet ouvrage n’est pas que dans les pages.  Les autres, cavalez vous forger une idée. Cyanure ouvre une nouvelle porte. Il s’agit là d’une véritable interaction avec le lecteur.

J’ai longtemps soutenu dans mon blog que le numérique pouvait offrir une relation plus interactive entre le lecteur et l’auteur sans pour autant plonger dans le jeu de rôle pathétique et post acnéique. Je suis persuadé que le changement de support peut se révéler comme une opportunité à l’écrivain qui sait écrire autrement.

C’est exactement ce que Laurent pose dans ses romans. Sous couvert de petites touches, il fixe notre attention. Mais surtout nous propose de nous engager dans une aventure littéraire, de nous interroger sur le fond, et au delà, de faire un choix. Comme tout choix, il nous faut l’assumer.

Le poison s’insinue. On ne lit plus de la même manière ensuite.

Quant à cette fin !! Juste pour cela, il faut se jeter dans le bazar.


L’AVIS DE CATHIE L.

Laurent Loison est né le 30 octobre 1968 dans un milieu paysan. Cadet d’une fratrie de quatre enfants, il a grandi au rythme des saisons et du climat dans une ambiance où l’amour du travail et de ses proches primait sur toutes autre vertu. Riche d’une expérience professionnelle diverse et éclectique, aujourd’hui Laurent Loison, agent immobilier, gère avec son épouse une société de services à la personne…et, depuis qu’il a pris conscience, aux alentours de la quarantaine, que l’on ne dispose que d’une vie, écrit de remarquables thrillers !!

Le roman

Cyanure, suite des enquêtes du commissaire Florent Bargamont mais qui se lit indépendamment du précédent intitulé Charade, a été publié en septembre 2017 par les éditions Hugo Thriller.

Je qualifierai le style fluide de l’auteur comme hybride, avec son alternance de phrases courtes et longues, d’une langue simple et parfois complexe. La plume de Laurent Loison sait se montrer incisive en fonction des circonstances de l’histoire, montrant autant de punch que son personnage principal.

Certains passages en italique plongent directement au cœur des pensées du tueur ou de Florent, créant un curieux effet manichéen entre Bien et Mal, effet qui participe à l’ambiance angoissante de l’histoire. Le Bien, incarné par Florent Bargamont, triomphera-t-il du Mal, incarné par le tueur anonyme ? Délicieusement flippant !!

Les thèmes développés par Cyanure tournent autour de deux axes: la justice face à la criminalité endémique, l’éternelle question éthique d’une justice à deux vitesses qui flirte trop souvent avec injustice : « Sempiternel débat…Qui, du commerçant excédé par les vols répétitifs et impunis et qui cherche à se faire justice ou de ceux qui sont venus à maintes reprises le narguer, le voler, le molester, doit être puni le plus sévèrement ? Qui pourrait en juger ? » (Page 45) ; la corruption des milieux politiques et le cynisme de ceux qui ont tout et en veulent plus, toujours.

L’intrigue

Suite à l’assassinat de Gonzague Verdine, ministre des Affaires Sociales et de la Santé, abattu d’une balle empoisonnée au cyanure en plein cœur à plus de 1000 mètres de distance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que rares sont les snipers capables d’un tel exploit! Aussi, l’affaire est confiée au commissaire Florent Bargamont, ordre exprès du ministre de l’Intérieur lui-même. Car l’enquête s’avère complexe: aucun indice relevé sur place, aucun début de piste sinon qu’il faut suivre la trace d’un sniper surdoué qui s’est évaporé dans les airs.

D’autres morts suspectes tombent bientôt dans l’escarcelle du commissaire qui n’en demandait pas tant : une vieille dame abattue dans son salon ; l’assassinat, 16 ans plus tôt, d’Antoine Puponi, un mafieux notoire, refait surface. Un rapport avec son enquête sur le sniper fantôme ?  Sans compter l’enquête imposée par le président lui-même : retrouver l’auteur des énigmatiques messages enroulés autour d’une flèche adressés directement au président. Persuadé que ces missives sont porteuses de menaces, Hubert Clarck mandate Florent et son équipe pour qu’ils mènent une enquête discrète mais efficace !!

Et pendant ce temps, l’hécatombe continue sans qu’aucun indice ne permette de rapprocher les victimes: aucun rapport social, ethnique, financier, professionnel, familial ni amical; mobiles différents, aucun lien apparent entre les victimes sinon le modus operandi, signature d’un tueur à gages qui, une fois son forfait accompli, se dissout dans l’atmosphère sans laisser aucune trace. Rageant et frustrant !! Seul moyen de remonter jusqu’à lui : recenser toutes les morts par un carreau d’arbalète les 16 années précédentes… Ce qui, au bas mot, représente pas moins de 54 dossiers à éplucher !!

L’enquête : un ministre froidement abattu en plein discours, devant un nombreux parterre, voilà qui n’est pas commun, dire si les enquêteurs doivent marcher sur des œufs, contexte que l’auteur restitue à merveille sans pour autant alourdir l’intrigue : « L’enquête ne lui laisserait pas une seconde de répit, il le savait. Alors autant profiter des derniers instants de calme avant le déchaînement politico-crimino-médiatique. » (Page 28). Car dès que l’on pénètre dans le monde fermé et ô combien protégé de la politique, prudence s’impose !!

La police : envolées les énigmes à la « Sherlock » dont la résolution est tout entière comprise dans le lot de déductions issues des observations de l’enquêteur. De nos jours, on s’appuie sur les résultats d’analyse fournis par la police scientifique. Laurent Loison l’a bien compris : fournir au lecteur les données les plus précises et exactes possible. Ainsi, page 87, le recours au logiciel SALVAC, Système d’analyse des liens de la violence associée aux crimes, par le commissaire Bargamont afin de l’aider dans sa quête d’une piste. Un bref historique de manière à éclairer notre lanterne de novices sans encombrer le récit. Très appréciable !

Puis un rappel de la procédure, lourde et parfois « freinante », à laquelle sont confrontés les enquêteurs : « S’ensuivaient les demandes officielles faites au ministère de l’Intérieur pour accéder au STIC, le Système de traitement des infractions constatées, et au JUDEX, le Système judiciaire de documentation et d’exploitation, puis celle adressée au SIS, le système d’information de Schengen, au cas où un individu recherché aurait utilisé cette même arme et serait en fuite » (Page 88). On comprend mieux pourquoi et comment les terroristes échappent encore à la police!!

Les personnages

Cyanure propose une galerie de nombreux personnages, principaux comme secondaires, attestant les méandres et la richesse de son intrigue. L’auteur restitue leur psychologie, leurs états d’âme et leurs motivations avec beaucoup d’authenticité, conférant à son roman une plus grande crédibilité, notamment en ce qui concerne le personnage du commissaire :

« C’était l’occasion de faire aussi le point sur sa vie. Il se calmait, s’apaisait, s’embourgeoisait et cela l’inquiétait. Ouvrir la brèche le rendait-il vulnérable ? Et sa propension nouvelle à réfléchir normalement, calmement, ne l’éloignait-elle pas mécaniquement du raisonnement de tous les salauds qu’il traquait ? » (Page 157).

  • Le sniper : silhouette longiligne, casquette, lunettes noires, rangers noires également, entièrement vêtu de noir.
  • Gonzague Verdine : ministre des Affaires Sociales et de la Santé, ambitionne de devenir ministre d’Etat aux prochaines élections.
  • Maurice de Quézac : oncle d’Emmanuelle ; ministre de l’Intérieur.
  • Emmanuelle de Quézac : nièce de Maurice de Quézac ; petite amie de Florent ; 1m70, poitrine généreuse, beaucoup de charme ; intelligente ; du courage et du cran.
  • Hubert Clarck : plus jeune ministre de l’Intérieur de la Ve république avant d’être élu président de la République ; yeux bleus très puissants ; n’a pas l’habitude qu’on lui résiste ou qu’on discute ses ordres.
  • Loïc Gerbaud : capitaine de police ; cheveux blonds coupés en brosse ; corps musclé et séduisant ; apprécie beaucoup son patron, malgré son sale caractère ; méthodique, calme, incroyable sang-froid.
  • Florent Bargamont : fréquente la salle de sport quand il en a le temps ; mauvaise humeur personnifiée mais enquêteur très doué ; devenu célèbre depuis l’arrestation du terrible tueur à la charade ; anticonformiste, peu impressionnable, ne mâche pas ses mots; yeux vert acier ; compagnon d’Emmanuelle de Quézac avec laquelle il se sent bien.
  • M. de Brébizier : directeur de cabinet de Maurice de Quézac.
  • Commandant JC Hellard : soixantaine adolescente, cheveux poivre et sel, homme de science rigoureux, très professionnel, au sang-froid indiscutable.
  • Grégoire Kepek : obèse ; famille d’accueil avec sa femme Simone.
  • Jean-Sébastien Epergue : patron du RAID corps d’élite de la police nationale.
  • Hélène Daura : vieille dame de 71 ans svelte et dynamique ; cheveux blancs ; veuve, vit seule dans une petite maison ; ancienne infirmière.
  • Hubert Bonneau : patron du GIGN.
  • Daniel Cholle : lieutenant de police fraîchement nommé en 200 ; un peu arrogant ; 1m82, plutôt mince, cheveux courts, yeux marron ; fils d’un magnat de la presse.
  • Franck Gavalda : équipier de Daniel Cholle.
  • Auguste Puponi : âgé de 70 ans ; d’origine corse ; un des chefs de la pègre marseillaise, n’a jamais été inquiété.
  • François Duscellier : ministre de la Défense ; homme sec, élégant, avec de grands bras.
  • Robert Sebiau : parrain des Hauts-de-Seine parallèlement à sa carrière politique ; président de la commission des nouvelles technologies à l’Assemblée Nationale.
  • Commandant Olivier Brunois : barbe drue, cheveux mi-longs, yeux cernés, quarantaine tassée ; visage fatigué.
  • Guillaume Céru : né le 1er juin 1974 ; ancien camarade de classe de Florent ; ancien de la Légion Étrangère reconverti en éducateur sportif ; tout jeune, a purgé une peine de quatre ans de prison pour assassinat ; élancé, musclé, taillé dans le roc ; orphelin de naissance, a passé son enfance de foyers en familles d’accueil.
  • Gérard Granville : chef de Florent, directeur des services actifs, surnommé « Le Chat » à cause de sa méthode d’interrogatoire: tourner autour de sa proie, jouer avec elle ; divorcé, trois enfants.
  • Antoine Puponi : fils d’Auguste Puponi ; d’origine corse ; prudent, se mêle rarement aux affaires qui pourraient l’incriminer.
  • Le Padent : bras droit d’Auguste Puponi, vieil ami de la famille.
  • Johanna Wilkes : fille de Florent ; mêmes yeux verts, transparents et froids.
  • Gabriela Wilkes : ex petite maie de Florent, mère de Johanna ; grande, longs cheveux châtain, pommettes rondes légèrement rosées, jolies lèvres charnues, belle poitrine.
  • Gilles Bouleau: journaliste télé.
  • Marie-Noëlle Stromboli : ancienne infirmière ; vieille dame de 70 ans.
  • François Desliens : ancien directeur de la clinique Les Sources ; petit, très maigre, très âgé.

Les lieux et ambiances

Dans tout bon thriller les ambiances plus que les lieux jouent un rôle (presque) aussi important que les personnages. Même s’il est vrai que les lieux participent souvent à l’élaboration des profils de personnages, les ambiances, quant à elles, instaurent le climat de peur, d’angoisse, parfois de panique qui fait monter la pression jusqu’à mener le lecteur aux frontières de l’indicible.

Au tout début du roman, lorsque le sniper se met en place, mais qu’il n’a pas encore accompli sa mission, l’auteur anticipe sur la paranoïa qui s’installera dès que celle-ci sera effective, sans pour autant la décrire en détails, ce qui a pour effet d’inciter le lecteur à imaginer lui-même ce qui se passera et à le plonger dans un état d’appréhension propre à faire habilement monter la pression : « L’exceptionnelle maîtrise de son tir, ajoutée à la renommée de sa victime, délivrerait un message limpide aux autorités ; la paranoïa s’installerait irrémédiablement au sein des services de sécurité. L’heure -16 heures- amplifierait la psychose. En plein après-midi, un tueur pouvait agir avec une précision diabolique devant un parterre de représentants des forces de l’ordre, aux portes de Paris. Toute une symbolique. » (Page 14)… Scénario qui, malheureusement, rappelle de bien douloureux souvenirs…

Mon avis

Cyanure est un roman cultivé, intelligent, complexe et très bien construit, grâce notamment aux détails techniques distillés savamment çà et là sans alourdir le récit, uniquement propres à indiquer au lecteur comment procèdent les policiers pour mener une enquête criminelle, conférant au roman une touche de crédibilité très appréciable quand on lit un thriller.

Beaucoup de qualités pour ce roman: un humour fracassant, un peu rentre-dedans, mais tellement rafraîchissant : « Et vous êtes toujours aussi drôles ? -Non, d’habitude, on pète la gueule à ceux qui nous posent des questions cons, mais là, comme on enquête sur la mort d’un ministre, on est beaucoup plus détendus. » (Page 82)… « Je dois aussi te dire que j’ai contacté l’éminence pas très grise qui est mon contact à l’Elysée. Ce con m’a pris de haut sous prétexte qu’il sort de l’Ecole Nationale des Arnaqueurs. » (Page 167)… Et de nombreuses autres du même acabit que je vous laisse découvrir par vous-mêmes !!

Le personnage du commissaire très intéressant, attachant même malgré son foutu sale caractère: on apprécie cet homme qui ne mâche pas ses mots, qui fonce dans les ennuis à la vitesse de l’éclair, qui fait montre d’un esprit de déduction particulièrement aigu, capable de tendresse, d’un amour profond et vrai, autant de facettes qui le rendent… humains.

Parmi ses autres qualités, Cyanure, au-delà de l’histoire qu’il raconte, au-delà de sa mission de divertir, délivre un message, incite le lecteur à réfléchir, à se poser des questions: la justice et l’injustice, le monde politique, les hommes qui nous dirigent, la criminalité impunie, la maltraitance d’enfants, la rédemption…même si le rôle du romancier n’est pas de proposer des solutions, tout au moins pointe-t-il du doigt certains dysfonctionnements de notre société moderne, certains dérapages, et nous encourage à résister, à construire notre vie selon notre individualité et non pas en suivant le troupeau… Qui a dit que seuls les Américains détenaient la palme des meilleurs écrivains de thrillers ?

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