Jehanne De CHAMPVALLON : X [ 1 ] et X [ 2 ]

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860
France

X [ 1 ]

X1-Jehanne-champvallon

Parution aux éditions Les Presses du Midi en aout 2009

Rapidement le soleil vient se placer haut dans le ciel. Des individus vêtus de noir, des hommes jeunes et minces, des femmes aux cheveux courts, sortent d’immeubles clairs. Ils se dirigent, tous, du même pas, vers dautres immeubles ou vers des navettes. Ils ne se parlent pas, ne se regardent pas. Seul le bruit des semelles sur le sol dur se fait entendre. Entraînés qu’ils sont pour un but queux seuls connaissent, eux, si identiques et si disparates.

(Source : Les Presses du Midi – Pages : 145 – ISBN : 9782812700910 – Prix : 16,00 €)

L’AVIS DE LAETITIA

« – Les miroirs sont mauvais. Vous ne devriez pas en avoir autant, cela va changer votre perception de la société et vous allez focaliser sur vous-même au lieu de penser au bien-être de l’Etat. »

Sawsan est une seconde. Elle vit dans la zone 031 avec d’autres seconds. Elle travaille pour le bon fonctionnement de la société, elle porte les cheveux courts et des vêtements de second, elle a droit à une sortie mensuelle avec des amis. Le guide pour une société meilleure trône sur sa table de chevet.
Elle rencontre Zofar qui lui est un premier, il fait partie de l’élite de la société, il est l’image de la société.

« …il était très rare et peu conseillé de prendre pour partenaire de fécondation un être inférieur(…) Si un individu décidait, contre la progression élitiste de la société, d’engendrer la vie avec un individu de catégorie inférieure, il avait une chance sur deux pour que l’enfant appartienne à la catégorie la plus basse. »

Conditionnée, sclérosée dans une société dirigiste toute puissante, Sawsan s’étouffe sans le comprendre, Sawsan se laisse glisser vers des sensations nouvelles, vers des ressentis dangereux pour sa survie dans l’Etat.

Zofar va lui emmener le doute, la défiance, les questionnements, mais pour arriver où ? pour arriver à quoi ? Quelles possibilités de vie, d’espace, de liberté peut-on espérer quand on vit dans l’Etat, pour l’Etat ?

X1 est un roman de SF de grande qualité, très bien écrit et formidablement bien construit. Je l’ai lu quasiment d’une traite tant l’auteure m’a embarquée avec force dans son univers. Il me faut ajouter ici que la fin est percutante et stupéfiante, me laissant un temps dans une certaine torpeur.

Ce roman n’est pas sans me rappeler le « 1984 » d’Orwell, « La servante écarlate » d’Atwood ou encore « Le meilleur des mondes » de Huxley quand il s’agit de paralysie des esprits au bénéfice d’une entité supérieure qu’est ici la Société. L’Homme fait partie d’un tout, il n’est pas un individu, il est un rouage de la machine.

Cette lecture nous renvoie brutalement à la figure comme il est puissant de pouvoir choisir, d’avoir des idées, d’émettre des opinions. Et cet éternel débat autour de la liberté…

Et je pose la question : pourquoi n’ai-je jamais entendu parler de Jehanne de Champvallon avant ça ?

Trouvez ce livre et lisez-le. Vraiment.

X [ 2 ]

X2-de-Jehanne-champvallon

Parution aux éditions Les Presses du Midi en septembre 2014

L’Ancien Monde, celui que nous connaissons aujourd’hui s’est dissolu à force de guerres, dissensions et choix égoïstes ne laissant que quelques centaines de milliers d’hommes vivants. Un nouvel Etat surgit, unissant ce qui était désuni, ralliant l’homme à son utilité, le contrôlant aussi, l’observant, lui ôtant sa nature profonde d’animal philosophique. Mais même quand l’animal suffoque, la volonté féroce de s’en sortir est toujours là, tapie. Et c’est dans le chaos des cendres de ce nouvel Etat déchu que l’animal couvert de poussière tente de se réapproprier son humanité originelle.

(Source : Les Presses du Midi – Pages : 149 – ISBN : 9782812706141 – Prix : 16,00 €)

L’AVIS DE LAETITIA

Notre monde actuel n’était que souvenir. Un Etat totalitaire et absolu dirigeait alors les Hommes. Pas de libre arbitre, pas de sentiment qui n’était sous contrôle, pas d’espace qui n’était délimité, pas de rôle social qui n’était précisément défini. Dès sa naissance, dans le Bâtiment des Naissances, chaque homme était destiné à un rôle et un seul dans cette société déshumanisée.

Et si tu te souviens bien, une femme, Sawsan, a tenté de modifier cet état de fait en lâchant prise, en ressentant, en faisant confiance. Et trahie, sa mort fut d’une rare violence.

Et voilà X[2], l’après Sawsan. L’Etat est ébranlé par les images de cette femme torturée à mort. Une rébellion se met en action, les élites d’alors sont éliminées, le peuple est libéré de son joug.

Mais la liberté pour en faire quoi ?

« Il roulait droit devant vers un horizon qui lui seul était infini dans cet univers cerclé comme un puceron dans une marmite, voilà ce qu’il était, le puceron dans la marmite, une casserole grise au couvercle plus gris que le ciel cognait sur sa tête, et essayant de sortir, ses ongles produisaient des bruits stridents contre le fer et son échine frissonnait. »

Dans le regard de Kheel, fils de Sawsan, on assiste passivement à ce retour des pulsions bassement primaires et destructrices de l’Homme quand il est insécurisé. C’est noir, c’est d’un glauque intense. Une misère de l’âme à un degré extrême.

« L’homme est un loup pour l’homme » a-t-il dit…

Triste constat fait dans ce roman d’anticipation (pas si anticipé) où il est sous-entendu qu’un Etat ferme est fortement nécessaire au domptage de cette espèce animale aux bas instincts qu’est finalement l’Homme. On est loin du jardin d’Eden…

Sous-titré « Suffocation », je n’aurais su trouver mieux.

J’ai refermé ce livre le ventre noué.

Force est de constater que Jehanne de Champvallon a un pouvoir d’évocation efficace, des mots justes, des mots coup de poing. Encore une fois.

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