JANG Yong-min : L’enfant ultime

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coree du sud
JANG Yong-min - enfant ultime
L'enfant ultime
  • Éditions Decrescenzo en mars 2018
  • Traduit par Minwon Seo , Daniel Glory
  • Pages : 402
  • ISBN : 9782367270647
  • Prix : 21,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dix ans après la mort de sa femme dans les attentats du 11 septembre 2001, l’agent du FBI Simon Ken est en proie aux doutes les plus profonds et aux remords.

Un matin, tout bascule pour lui : il reçoit une lettre annonçant une série de meurtres de personnes influentes. Seul problème, l’expéditeur est mort il y a plusieurs années. Simon découvre bientôt que l’écriture ressemble étrangement à celle d’un mot contenu dans le sac à main de sa femme retrouvé dans les décombres du World Trade Center. L’affaire prend un tour inattendu et l’agent Ken devra exorciser le passé pour arrêter une machination diabolique.

JANG Yong-min, scénariste et romancier, nous immerge dans un univers noir aux enjeux démesurés. Il nous entraîne dans une série de meurtres mystérieusement élaborée par un jeune coréen décédé dix ans auparavant. L’enfant ultime, sous un voile vengeresse, dénonce le monopole des grandes puissances capitalistes.

NOTRE AVIS

L’enfant ultime, dont la version originale est parue en 2013 en Corée, a été publiée par les éditions Decrescenzo en 2018. Le style, malgré de nombreuses coquilles, est très accessible, dans une langue courante agréable à lire.

Le récit est construit comme un jeu de piste, une quête dans le présent avec des indices venus du passé, laissés intentionnellement par Gaya Shin. De nombreux flash-backs, insérés dans le récit du présent, entraînent le lecteur dans un dédale complexe dans lequel il est parfois un peu difficile de se retrouver. Ce qui ne l’empêche pas d’être passionnant !!

Les thèmes abordés : l’histoire racontée par Jang Yong-Min, basée sur les attentats du 11 septembre et leurs répercussions sur le climat politique international, évoque l’Ordre mondial, les pays asiatiques émergents assaillis par les investisseurs de tous genres, les lobbies et les gouvernements parallèles tenus par les gros de la finance internationale, mais aussi les thèses conspirationnistes. Désormais, il y a un « avant le 11 septembre » et un « après ». Le traumatisme vécu ce jour-là a laissé des cicatrices profondes qui, probablement, ne se refermeront pas avant des décennies :

« Depuis les attaques terroristes, New-York ressemblait à un territoire en guerre. La police et les forces armées étaient postées dans chaque ruelle. Les contrôles d’identité permanents ralentissaient la circulation (…) En trois cents ans d’histoire, New-York venait de vivre son moment le plus effroyable. C’était l’une des villes les plus admirées du monde et en quelques instants, elle était devenue un tas de ruines, laissant la population dans le désarroi. » (Page 48).

L’intrigue

10 ans après les attentats du 11 septembre, Simon Ken, agent du FBI à l’agence de New-York, reçoit une lettre dans laquelle son expéditeur l’informe que chaque jour, à compter du jour de réception de cette lettre, un homme influent mourra. Seul indice: il doit rechercher une certaine Alice Rosa qui vit à Edison, dans le New-Jersey. Mais cette missive pose un problème de taille: son expéditeur, Gaya Shin, est mort dix ans plus tôt. Dans ce cas, comment peut-il être informé d’événements qui ne se sont pas encore déroulés ?

Dès lors, l’agent Ken, en proie aux doutes quant aux agissements de sa femme, journaliste talentueuse, décédée dans l’effondrement des tours jumelles de New-York, se lance dans une enquête qui se révèle aussi énigmatique que périlleuse. Comment est-il possible qu’un mot contenu dans le sac à main de Monica, retrouvé dans les décombres du World Trade Center, soit écrit de la même main que celle qu’il a reçue quelques jours plus tôt ? Quel rapport avec l’assassinat de Nathaniel Milstein, fondateur et actionnaire principal de la plus grande entreprise céréalière du monde ?

Pourquoi Gaya Shin avait envoyé sa lettre précisément à lui, Simon Ken, qui n’avait jamais entendu parlé du jeune Coréen ? Et comment pouvait-il connaître l’adresse d’Alice alors que celle-ci y avait emménagé six mois après sa mort ? Toutes ces inconnues, loin de le décourager, poussent Simon à explorer toutes les pistes dont il dispose. Mais c’est sans compter les tueurs envoyés à ses trousses par les puissants membres d’une société secrète très puissante.

Contexte international : L’enfant ultime inscrit son histoire dans un contexte international spécifique : la lutte du Tibet pour son indépendance et l’exil du Dalaï-Lama avec en toile de fond la conjoncture explosive suite aux attentats terroristes qui font peser une menace inédite : même les plus puissants ne sont pas à l’abri d’une attaque d’envergure, créant un climat de peur et d’insécurité qui fragilise les états occidentaux. Contexte favorable aux agissements dans l’ombre d’une poignée de puissants en quête d’un pouvoir encore plus absolu.

En conclusion

L’enfant ultime est un roman policier construit autour d’une enquête très complexe, dont les ramifications se perdent dans diverses directions, qui, au final, finiront par se rejoindre: le passé d’Alice ; l’enquête menée par Monica au moment de sa mort ; la disparition de John Myers, 40 ans plus tôt ; les recherches sur l’amélioration du potentiel cérébral ; le conflit opposant le Tibet à la Chine.

Le + : de nombreuses et discrètes allusions aux coutumes coréennes nous transportent dans un univers peu ou mal connu, comme dans ce passage avec la diseuse de bonne aventure :

« Alice hocha la tête et arrosa soigneusement la table. Les grains de riz à la recherche de son destin allaient retomber sur la table avec une réponse. La diseuse de bonne aventure saisit une loupe et étudia attentivement la dispersion du riz (…)Le riz jeté par Gaya, mélangé à celui d’Alice, créait un aspect complexe. De nouveau, la voyante se mit à observer la cartographie ainsi constituée. » (Page 142).

De l’action, du mystère, des émotions, un subtil mélange faits réels/fictifs, chaque détail se tenant dans un ensemble extrêmement complexe mais cohérent, tels sont les atouts de ce premier roman. L’histoire d’amour qui sous-tend son intrigue lui donne un petit air de tragédie antique, avec des personnages bousculés par un destin funeste. L’amour triomphe toujours, nous dit-on ; certes oui; mais la victoire peut parfois revêtir un goût d’amertume. Mais Jang Yong-Min, comme un vieux sage asiatique, nous dit de ne jamais désespérer, de garder foi en l’humanité capable du pire comme du meilleur, de croire en la magie de l’amour et de la rédemption.

 

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