Jacques SUDRE : Une aventure du colonel de Sallanches – 01 – Le Matin d’Eylau

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France

Une aventure du colonel de Sallanches, ingénieur géographe au service de l’Empereur

Jacques SUDRE - Une aventure du colonel de Sallanches - 01 - Le Matin Eylau
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  • Éditions de l’Harmattan le 2 décembre 2015
  • Éditions de l’Harmattan le 27 avril 2018 (2e édition augmentée d’une postface)
  • Pages : 276
  • ISBN : 9782343148106
  • Prix : 23,50 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1807. Napoléon s’englue dans les boues de Pologne. Sous le soleil d’Italie, un jeune Milanais développe une arme capable de changer la face de l’Europe et les services secrets autrichiens et anglais tentent de s’en emparer. Louis de Sallanches, ingénieur géographe au service de l’Empereur, se lance dans une course contre la montre qui l’amènera à se confronter au comte d’Antraigues, l’espion de Louis XVIII. Son chemin le conduira des îles Borromées à Varsovie en passant par Lucques et Paris.

L’AVIS DE CATHIE L.

Le matin d’Eylau est paru aux éditions L’Harmattan, dans la collection « Romans historiques, série XIXE siècle »en 2017. Il a fait l’objet d’une seconde édition en 2018. La langue de Jacques Sudre est savoureuse, délicate et parfois sensuelle, utilisant un vocabulaire choisi, comme en atteste le premier paragraphe du roman :

« La foule ondulait lentement sous la lumière d’un doux soleil d’automne parisien. Cent, deux cents personnes, peut-être, se pressaient devant l’entrée du Salon. Cet agglomérat était d’ailleurs plaisant à l’œil du spectateur. Les pelisses légères et fourrées des dames offraient des variations de gris qui partaient de l’ambré et s’étiraient jusqu’au perle rosé, çà et là relevés par de plus froids verts d’eau. dans ce nuage de pastels sourds et nuancés, quelques uniformes apportaient un heureux contre-point. Dans ce camaïeu précieux, le vert impérial d’une veste de chasseur à cheval côtoyait ainsi le bleu de France d’une kurtka, les ors des lourdes épaulettes ou encore l’argent des dolmans. » (Page 9).

Le fait que le récit soit raconté au présent donne au lecteur accès à l’immédiateté des événements qu’il vit en direct, comme un spectateur privilégié. Impression accentuée par le sens de la description à la fois sobre et précise : « Les trois voyageurs rentrèrent dans l’auberge. La salle était basse, faiblement éclairée par quelques petites fenêtres. Le sol, en terre battue, était jonché de débris de repas, bouteilles, miettes, os… » (Page 51)… « Sur ces routes monotones faites de plaines sableuses interminables, qu’entrecoupaient des forêts de pins aux profondeurs insondables ou encore des zones de marais qui paraissaient sans fin, les cuirassiers avançaient au pas et, la plupart du temps, les hommes étaient à pied. » (Page 226).

La parfaite connaissance de l’auteur du contexte offre une intrigue policière sur fond d’espionnage et de contexte politique international tendu: les Autrichiens ayant perdu la bataille d’Austerlitz, ils rêvent de revanche et ont des vues précises sur l’Italie.

L’intrigue

En mission officielle auprès du prince Eugène, beau-fils de Napoléon, le colonel de Sallanches doit reformer le nouveau cadastre du royaume milanais auquel l’empereur s’est engagé dans la constitution de 1802. En réalité, on pouvait se demander si la réelle fonction du colonel n’était pas plutôt de conseiller, voire de surveiller le jeune homme.

C’est à Milan qu’il fait la connaissance de Grégoire, homme de main de Fouché, envoyé par ce dernier afin d’identifier les projets du comte d’Antraigues, agent secret au service des Bourbons, plus que jamais désireux de récupérer leur trône. Sur les conseils d’Eugène, les deux hommes décident d’unir leurs efforts et de suivre sa piste à Stresa, petite ville située plus au nord.

Mais une fois arrivés sur place, ils trouvent la ville en émoi par la découverte de cinq cadavres non identifiés dans le jardin de la villa de la comtesse Borromée, située sur Isola Bella, tandis que Pietro Longhi, l’administrateur de l’île, est porté disparu, ainsi que sa barque. Qui a tué ces hommes, comment et pourquoi?

Tandis que Sallanches et Grégoire entament une délicate enquête et déterminent l’identité autrichienne des cinq cadavres, la déclaration de guerre contre la Prusse complique singulièrement la situation. Ce qui ressemblait à un crime crapuleux s’apparente à une affaire d’espionnage qui pourraient avoir des répercutions désastreuses pour l’Empire. Le vice-roi confie l’enquête à Sallanches et Grégoire.
De rebondissements en trahisons, de courses poursuites en complots, les deux amis parviendront-ils à retrouver l’arme secrète avant qu’elle ne soit livrée aux Autrichiens ou aux Anglais par le comte d’Antraigues ? Dans cet imbroglio, qui sont les traîtres et qui sont les fidèles serviteurs de l’empereur ?

Le contexte

L’Italie de 1806 se laisse gagner peu à peu par les idées révolutionnaires qui ont mené la royauté française à sa perte, avec le profond désir d’émanciper le peuple italien de tout joug étranger, touchant aussi bien les étudiants, l’armée, la bourgeoisie que quelques aristocrates éclairés.

De leur côté les Autrichiens et les Russes, en la personne de l’empereur François Ier d’Autriche et du tsar Alexandre Ier, vaincus à la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805, rêvent de revanche, notamment en annexant le royaume d’Italie au profit des Autrichiens. Les Anglais, certes invaincus puisqu’ils n’ont pas participé à la bataille, désormais isolés, cherchent à se racheter.

Tandis qu’en France, le parti royaliste œuvre en sous-main pour le retour des Bourbons, créant une ambiance de suspicion et de délation, raison pour laquelle Napoléon veut arrêter d’Antraigues, soupçonné d’être à la botte des royalistes et des Anglais, unis dans la même volonté de détrôner celui qu’ils appellent l’usurpateur : comme Fouché, ministre fidèle à Napoléon est « à couteaux tirés avec Talleyrand, le fait que le principal collaborateur de notre ministre des relations extérieures soit un agent royaliste contribuerait à la disgrâce de Talleyrand et au triomphe du ministre de la police (Fouché). » (Page 55)

En conclusion

Le Matin d’Eylau est un roman cultivé, riche de détails historiques et culturels propres à brosser un tableau de l’époque le plus vivant possible : peinture, ameublement, opéra, gastronomie, sciences et techniques sont ainsi minutieusement mis en scène de façon à donner au récit une réelle densité. Un roman qui passionnera les aficionados du genre mais également tous les amateurs de romans d’aventures.

Les scènes d’action au rythme soutenu, notamment la poursuite dans la nuit, contribuent à rendre le récit palpitant. Car il ne s’agit pas ici d’une simple parade historique dont le seul but est d’étaler les connaissances de l’auteur. Jacques Sudre s’y entend comme personne pour restituer l’atmosphère de l’époque par des anecdotes parfois drôles, toujours intéressantes, concernant des personnages réels, des attitudes, des événements, des détails de la vie quotidienne, tout un canevas finement tissé soutenant une intrigue bien ficelée et passionnante.

Le + : Sallanches et Grégoire faisant régulièrement le point sur l’avancée et les interactions de leur enquête sous forme de conversation, bien agréable façon pour le lecteur de ne pas se perdre dans les méandres de l’histoire napoléonienne.

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