Interview des Éditions du Cursinu pour la série Trinnichellu

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boues-rouges-colre-noirePour nous présenter la série Trinnichellu, Isabelle Collard, éditrice pour la maison d’édition du Cursinu a répondu à nos questions.

Jerome PEUGNEZ : Bonjour Isabelle Collard pouvez nous présenter les éditions du Cursinu.

Isabelle Collard : En 10 ans, le modeste Cursinu est devenu la référence en matière de polar Corse. Avec très peu de moyens, nous en diffusons au moins autant que les grosses structures. Et toujours sans diffuseur, afin de garder de petits prix.

JP : Pour ceux que cela intéresse, un dossier sur les romans policier Corse existe sur le site de Zonelivre, suivez ce lien pour le découvrir. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est la série Trinnichellu. Comment est né ce projet ?

Isabelle Collard : Il faudrait plutôt le demander à mon mari. Quand il a une idée en tête, rien ne peut l’arrêter.

Cela fait une douzaine d’années qu’Olivier met à l’honneur le “francorse” dans ses écrits, et une dizaine d’années que ses ouvrages (qui font la part belle au langage populaire dans les portions dialoguées) sont publiés au Cursinu. Depuis la parution de son premier roman en 2005, un ouvrage repris dans le catalogue du Cursinu qui va au retirage tous les ans, le “polar corse” a fait des émules. Mais certains traditionalistes pensent que le “francorse”, utilisé par des humoristes ou des chansonniers, n’aurait pas sa place en littérature. A force de décorseter les langues, celle de Molière, de Pascal Paoli et le Darija (arabe dialectal) Olivier devait se sentir un peu seul.

Jusqu’à l’année dernière, où nous avons publié un recueil d’épitaphes humoristiques signé Christian Maïni. Un joueur de mots comme on n’en fait plus !

J’ai tout de suite été séduite par l’originalité de ce projet, ouvrant le champ de la drôlerie.

Mais au moment de signer les devis, j’ai demandé à mon mari “les épitaphes, tu crois vraiment que ça va se vendre” ?

Il m’a répondu, sourire en coin : “enfin chérie, tu vois bien que c’est impayable !”

En m’incitant à publier un ouvrage inclassable, donc difficile à défendre au sein d’une collection, je pense qu’il avait une idée en tête. Faire rentrer un amoureux du francorsu dans la maison d’édition ouvrirait de nouveaux horizons. Les auteurs ont parfois besoin de relever de nouveaux défis.

Une complicité est née. Quand ils trouvent de nouveaux jeux de mots – où la finesse d’esprit n’est pas nécessairement recherchée – ces deux-là sont intarissables. Le pire, c’est qu’ils commencent à faire des émules…

JP : Qui sont les auteurs actuellement dans le collectif ?

Isabelle Collard : Les auteurs des deux recueils déjà publiés sont :

– Jean-Paul Ceccaldi (Ancres latines)
– Christian Maïni (qui a publié une nouvelle noire chez Giraglia Books, mais qui est plus connu dans le milieu du théâtre)
– Pascal Sain (chroniqueur musical dans la revue “ECCU”)
– Olivier Collard, notre principal “auteur maison” qui anime ce projet collectif.

JP : Comment s’organise le collectif ?

Isabelle Collard : L’an dernier les binômes Pascal Sain / Olivier Collard et Christian Maïni / Olivier Collard ont beaucoup oeuvré ensemble mais chacun a finalement signé ses propres oeuvres. Nous n’avions pas encore l’idée d’inventer un auteur collectif qui participerait au projet. Ce “petit plus” permettra d’intégrer d’autres acteurs du projet; ainsi, le calibrage final est effectué par Marie-Jeanne, notre relectrice-correctrice. Bien que n’écrivant et ne signant aucune histoire, Marie-Jeanne devrait en toute logique faire partie intégrante de cet “auteur collectif” qui sera prochainement baptisé, certainement dimanche prochain lors de la prochaine rencontre-dédicace dans l’ouest de la Corse, où Pascal, Christian et Olivier feront le déplacement. Au plus tard le 5 octobre, quand ils se retrouveront pour défendre le projet dans l’amphithéâtre de l’université de Corte.

JP : Comment s’organise l’écriture ?

Isabelle Collard : La “Bible des auteurs” est l’oeuvre d’Olivier Collard, enrichie par le collectif. Cette dimension collective est importante. Elle comporte une trentaine de pages et complétée par les épisodes publiés au fil de l’eau, dont voici un extrait :

Les aventures du « glébeux » commencent en 1972, année où éclate le scandale des boues rouges, et prennent fin en 1981, année de la victoire du Sporting en Coupe de France. C’est aussi l’année de la gauche au pouvoir (un événement qui sera abordé dans « Larmes à gauche ») de l’arrivée des chars russes en Pologne où Gabriel, promu agent double, livrera l’une de ses plus palpitantes enquêtes, mais aussi l’une des toutes dernières. Une péripétie à vocation parodique intitulée « roubles à VarsovieT », suite à une bévue de l’imprimeur ayant eu l’idée saugrenue de placer la première lettre à la fin.
 
Les aventures du glébeux prennent fin lorsque Georges Lautner fait mourir Bébel dans « le professionnel », comme pour annoncer le destin tragique de notre anti-héros. Gabriel disparaîtra un soir de réveillon, victime d’une glissade au guidon de sa Motobécane fraîchement révisée, alors qu’il courait sus à des dealers écumant la plaine orientale à bord de leur coupé Z3. Le dernier épisode de la série intitulé « le dilletante» (un terme qui résume bien la carrière de l’enquêteur autodidacte) sonnera le glas de ses aventures flicardières. Mettant un point final à ce projet d’écriture collective.
 
Le glébeux aura été le contemporain d’événements marquants, ses aventures ayant pour toile de fond l’affaire des boues rouges, la montée en puissance de l’ARC, les événements de Aléria, la fondation du FLNC, la canicule, l’arrivée du chômage de masse, l’épopée bastiaise, l’arrivée des drogues dures en Corse, et bien sûr les luttes entre les mafias locales auxquelles Gabriel se retrouve mêlé toujours malgré lui.

Pour l’instant les auteurs échangent des textes par mail, mais l’idée – elle vient juste de germer – est de créer un auteur collectif qui signera sous son propre nom les épisodes composés à plusieurs.

Il y aura donc essentiellement des nouvelles écrites individuellement puis nourries en retour, les auteurs les plus impliqués donnant leur avis après relecture attentive. Et d’autres produites à l’occasion d’ateliers regroupant quelques auteurs ainsi que notre relectrice.

JP : Parlons format à présent ?

Isabelle Collard : Tout le monde étant bien occupé à l’écriture de romans (ou des critiques musicales pour Pascal Sain, des pièces de théâtre dans le cas de Christian Maïni) nous avons retenu un format intermédiaire : des “storiette” de 25 à 40 pages, qui doivent s’enchaîner harmonieusement et dans un ordre chronologique.

Ces “picule storie” revisitent la Corse des années 70.

JP : Un parallèle est fait avec la série “Le Poulpe”, pouvez nous en dire un mot.

Isabelle Collard : Je sais, de prime abord cela peut sembler très différent du poulpe.

Et pourtant, les lecteurs disent que l’esprit du poulpe est bien là.

Avec l’accent en plus. Cette truculence des parlers régionaux qui fait le charme de cette série.

JP : Qu’en est-il des événements à venir ?

Isabelle Collard : Jean-Paul Ceccaldi, Christian Maïni, Pascal Sain et Olivier Collard désirent poursuivre l’aventure, d’autres auteurs se sont d’ores et déjà positionnés pour les prochaines parutions.

Nous communiquerons leurs noms si leurs textes sont retenus. Il ne s’agit pas seulement d’écrire bien et dans l’esprit (avec truculence) nous veillons à ce que chacun manifeste l’esprit d’équipe, par exemple en rebondissant sur les propos des auteurs qui l’ont précédé sans tirer la couverture à soi, dans la famille du Cursinu personne ne joue à l’écrivain, chacun se fond dans le collectif.

Il importe aussi de lancer des perches en fonction du thème qui suivra (le Riacquistu musical, les débuts du Front, les barbouzes, l’épopée bastiaise sont au programme du prochain recueil). Avec le temps, ces histoires présentées dans une suite logique et cohérente formeront une fresque collective.

En 2017 nous devrions publier au moins 5 auteurs dans cette collection.

Nous envisageons aussi de mettre en place un mini atelier pour écrire à plusieurs certaines histoires sous le nom d’un auteur collectif.

Un nom que nous déterminerons ensemble, mais qui pourrait bien être un clin d’oeil à Pepe Carvalho.

Nous n’avons pas honte d’assumer l’étiquette régionaliste dans la mesure où nous ne doutons pas de la qualité des ouvrages proposés.

JP : Est-ce beaucoup de travail pour une petite maison d’édition, de plus Olivier Collard, votre époux, étant à l’origine de la série, cela doit lui tenir à coeur de voir le projet se réaliser ?

Isabelle Collard : Mon mari n’est pas dans le vedettariat, il souhaite plutôt créer et partager.

Pour ne rien vous cacher, en tant qu’éditrice je souhaiterais qu’il achève son prochain roman sans s’investir outre-mesure dans ce projet monumental, même s’il aura une fin. C’est une somme de travail considérable pour une petite maison d’édition indépendante. Alors le partage est sans doute ce qu’il y a de mieux. Tout le monde y trouve son compte, et cela nous rapproche d’autres auteurs qui ne demandent qu’à passer de bons moments en prenant le Trinnichellu, le train corse.

Voilà. Cette fois je pense que vous savez presque tout.

JP : Merci beaucoup Isabelle Collard d’avoir répondu à nos questions. Je rappelle que l’on peux trouver vos parutions sur le site editionsducursinu.com, ainsi que sur Zonelivre le dossier sur les romans policiers en Corse et bien sûr l’article sur la série Trinnichellu, avec un préambule d’Olivier Collard qui aide à situer le personnage et explique l’origine de son surnom.

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