Interview de Yann BRIAND, directeur éditorial

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Yann BriandSophie PEUGNEZ : Yann Briand, comment pourriez-vous définir votre métier de directeur éditorial ?

Yann Briand : C’est un métier très varié et très complet mais dont l’essentiel consiste évidemment à trouver de bons textes qui deviendront de bons livres puis à les établir au mieux avec les auteurs, à les mettre en valeur et à les promouvoir.

SP : Quand a été créée la maison d’éditions Le Passage et d’où tire-t-elle son nom ?

YB : Les premiers livres sont sortis il y a déjà plus d’une quinzaine d’années, en 2001 précisément, et quant au nom, Le Passage, nous l’avons retenu pour sa polysémie. Il se trouve que la maison est située à Paris, à Bastille, au fond d’un joli passage pavé. Et surtout, c’est la fonction même du métier d’éditeur que de transmettre, de faire le relais entre les auteurs et leurs lecteurs, et donc de jouer le rôle de passeur.

SP : Et vous Yann Briand, quand avez-vous rejoint l’équipe ? D’ailleurs vous êtes combien ?

YB : Je suis là depuis l’origine de cette belle aventure. Nous avons monté la maison avec Marike Gauthier, qui en est la directrice. Puis Barthélemy Chapelet, notre directeur financier, nous a très rapidement rejoint et peu après Vincent Eudeline, qui s’occupe des relations presse et libraires.

SP : Pouvez-vous nous présenter votre journée type ?

 

YB : Les tâches sont multiples et aucune journée ne se ressemble vraiment. La lecture et l’écriture représentent évidemment une part essentielle de ce métier. Il est aussi indispensable de savoir compter pour établir un budget. Mais le plus important de tout est peut-être représenté par toutes les activités nécessaires à la vie de la structure éditoriale : l’ensemble des relations quotidiennes avec les différents intervenants de la chaîne du livre, de l’auteur en amont, que j’essaie d’accompagner au mieux dans son travail sur le texte, jusqu’aux diffuseurs, distributeurs et libraires.

Et il y a aussi : les couvertures, les quatrièmes de couvertures, les cessions de droits pour l’édition en poche, les droits d’adaptation, les contrats, les négociations et rendez-vous divers et variés, le positionnement commercial du livre, les réunions commerciales avec les représentants… Bref, difficile de s’ennuyer.

SP : Quel est votre parcours professionnel ?

YB : Après des études de philosophie, j’ai choisi de me lancer dans l’édition, tout d’abord en free-lance. J’ai ensuite fait la connaissance de Marike Gauthier que j’ai rejointe aux Éditions Abbeville (la branche française de la maison new-yorkaise de livres d’art, Abbeville Press).

Puis Le Passage est né…

SP : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait exercer votre profession ?

YB : De faire preuve d’opiniâtreté ! C’est un métier complexe, exigeant et chronophage, et les embûches sont nombreuses. Mais suivant mon expérience, avec un peu de volonté et beaucoup de passion, on en vient à bout.

Il faut aussi savoir s’adapter, le marché du livre évolue très rapidement et il est essentiel d’en comprendre les mécanismes.

Et surtout, ne jamais perdre de vue le goût de l’aventure et du succès !

SP : Comment définiriez-vous la ligne éditoriale des Editions Le Passage ?

YB : Le Passage est une maison généraliste, qui déploie ses collections autour de trois axes : la littérature française contemporaine, les polars et les livres d’arts. Avec parfois des ponts entre ces différentes catégories. Gilda Piersanti par exemple, auteur de polars bien connue de la maison, dont nous republions ce mois-ci  le roman « Médée » dans notre collection de littérature générale et qui multiplie dans ses livres les références à l’histoire de l’art. Ou encore tout récemment, le très beau roman d’Hélène Bonafous-Murat, « Avancez masqués », sorti dans le cadre de la rentrée littéraire de janvier, en collection « blanche » donc, mais qui s’ouvre sur le meurtre d’une ministre de la Culture et prend très vite des allures de polar lorsqu’une jeune journaliste spécialiste d’art contemporain se retrouve embarquée dans l’enquête.

SP : Pouvez-vous nous parler de vos auteurs de romans policier : Thierry Brun et Suzanne Stock ainsi que Gilda Piersanti dont Illusion tragique vient de paraître ? Elle est également l’auteur des Saisons meurtrières. Comment avez-vous développé ensemble la série ?

YB : Nous avons publié plusieurs livres de chacun d’entre eux. Ils ont des univers très différents.

Suzanne Stock est la reine des twists narratifs, ses intrigues nous emmènent très loin de leur point de départ et obligent le lecteur à réinterroger les informations qu’elle lui distille et finalement le monde dans lequel ses personnages évoluent. Dès son premier roman, « Ne meurs pas sans moi », nous avons été ébloui par le tour de force qu’il représentait. Elle y joue avec le lecteur et il est impossible de ne pas être bluffé par le retournement auquel elle le soumet.

Par la puissance de son écriture, Thierry Brun déploie de livre en livre un univers sombre, noir, autour de situations très marquées et de personnages forts, souvent issus de la pègre. Il creuse avec beaucoup d’intelligence leur environnement, leur passé, et montre comment chacun d’eux se retrouve malgré lui enfermé dans un monde auquel il tente d’échapper. De façon très originale, il en fait ainsi un miroir de la société dans laquelle chacun peut se retrouver.

Quant à Gilda Piersanti, c’est une longue et belle histoire… C’est la première auteure de polar que nous ayons publiée, avec « Rouge abattoir », le premier volume des Saisons meurtrières. Et elle a très vite rencontré le succès, notamment avec « Bleu catacombes » qui a remporté le prix européen du Polar SNCF. Ses romans se déroulent à Rome, d’où elle est originaire. Elle y tisse des intrigues d’une grande subtilité où l’on croise des personnages à la psychologie complexe, et où sont souvent questionnés les rapports familiaux, mêlant la petite et la grande histoire.

Avec « Illusion tragique », son dernier roman, elle se livre à une série de mises en abyme dans la construction qui lui permettent de mener de front une histoire palpitante où plane sans cesse la menace et une réflexion passionnante sur ce qu’est l’écriture et le statut de l’écrivain. C’est pour moi une des grandes voix de la littérature policière contemporaine.

SP : Ses livres sont adaptés en série TV diffusés sur France Télévision. Comment se négocient les droits pour une série TV ?

YB : Ces adaptations des Saisons meurtrières sur France 2 participent elles aussi de la belle aventure. Elles sont dues à l’enthousiasme et la détermination d’une productrice, Sophie Deloche, et bénéficient d’un beau casting avec notamment Patrick Chesnais et Jane Birkin. Et les films ont connu un succès d’audience exceptionnel. Mais surtout, ça a été l’occasion pour Gilda Piersanti de se livrer à un nouveau chassé-croisé entre la France et l’Italie puisqu’elle a participé aux scénarios de ces films dont les intrigues étaient adaptées à Paris. Gilda est donc une Italienne qui écrit en français des romans qui se passent en Italie avant de les adapter à Paris et de les traduire ensuite elle-même en italien. Et, cerise sur le gâteau, son coscénariste est… italien.

SP : Comment avez-vous rencontré Christos Markogiannakis ? Comment est née votre envie de travailler ensemble et de publier Scènes de crime au Louvre ?

YB : « Scènes de crime au Louvre » est un parfait exemple de cross-over entre les différentes lignes éditoriales de notre maison. Christos Markogiannakis, que nous a présenté Violaine Bouvet-Lanselle, des Editions du Louvre, avec qui nous collaborons régulièrement, a la triple casquette d’avocat, de criminologue, et d’auteur de romans policiers. Il nous propose ici un livre d’art, illustré, où les analyses de tableaux, représentant chaque fois un crime, sont menées sur le mode d’enquêtes policières, avec des méthodes dignes du FBI. Le livre a immédiatement rencontré son public, et là encore un projet d’adaptation pour la télévision est en cours.

SP : Yann, vos projets et vos publications pour 2018 ?

YB : Eh bien tout d’abord, dans la continuité de « Scènes de crime au Louvre », nous publierons en fin d’année un nouveau volume de Christos Markogiannakis, « Scènes de crime à Orsay ».

Et en effet, dans quelques jours sort « Wazhazhe », le premier polar écrit à quatre mains par Hervé Jubert et Benoît Séverac, deux auteurs déjà confirmés. Dans ce roman très original, mettant en scène les Indiens osages et leur présence au xixe siècle dans la région de Montauban, ils font converger leurs deux univers, par le recours à l’ésotérisme, autour d’une histoire de disparition et de crimes rituels. Une jeune gendarme mène l’enquête et devra se confronter à son propre passé.

SP : Quels sont vos livres cultes ?

YB : Impossible de répondre à cette question, mes amours sont trop nombreuses !

SP : Quel(s) morceau(x) de musique aimez-vous écouter pour faire le vide entre deux livres ou bien commencer une journée ?

YB : N’importe laquelle des Sonates et Partitas pour violon de Bach…

Merci Yann Briand.

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