Interview de l’auteur Valentin MUSSO

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«Valentin Musso est agrégé de Lettres. Il enseigne la littérature et les langues anciennes dans les Alpes-Maritimes.»

Valentin Musso, pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis né à Antibes et j’ai grandi sur la Côte d’Azur. Ma mère était bibliothécaire, il y avait des tonnes de livres à la maison : si j’ai peu lu pendant mon enfance, j’ai développé à l’adolescence des tendances bibliophages. Après le bac, j’ai passé deux ans en classe prépa à Nice, en tant qu’interne au lycée Masséna qui est d’ailleurs devenu le décor de mon premier roman, La Ronde des innocents. J’ai ensuite passé un Capes et une Agrégation de Lettres classiques pour devenir enseignant.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Je crois que j’ai eu très tôt l’envie de raconter des histoires, dès l’époque où j’ai découvert des livres comme Le comte de Monte Christo de Dumas. Mais il y a évidemment un gouffre entre vouloir raconter une histoire et passer à l’acte. J’ai commencé à écrire, il y a quelques années, des bouts d’histoire que je ne voulais pas forcément faire lire à d’autres personnes. À l’époque, mes études et les concours me prenaient tout mon temps. Je n’avais pas vraiment le temps d’écrire sérieusement.

Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

Comme la plupart des auteur de policiers, ce n’est guère original, j’établis d’abord un squelette de l’histoire et je travaille en particulier à l’équilibre d’ensemble du livre. La chute arrive assez vite dans mon esprit et le roman se construit en partie par rapport à la fin, l’écriture étant souvent un acte à rebours. Mais je suis incapable de passer six mois à bâtir le canevas du roman sans écrire la moindre ligne. J’ai besoin de me confronter très rapidement à l’écriture car elle influe sur l’histoire que l’on a en tête : quantité de situations qui semblaient bonnes en théorie se révèlent ensuite peu crédibles ou maladroites. En revanche, je ne crois pas à l’idée que les personnages échapperaient à leur auteur et finiraient par le surprendre : c’est devenu un cliché dans la bouche de pas mal d’écrivains. Les personnages ne sont que ce que l’on fait d’eux.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre premier roman et sa parution ?

Les choses se sont déroulées assez vite. J’ai découvert la maison d’édition Les nouveaux auteurs à travers deux très bons policiers, Le cercle du silence de David Hepburn et Mako de Laurent Guillaume, qui avaient rencontré les faveurs du public. J’ai immédiatement aimé le concept de cette maison d’édition qui repose sur un comité de lecture citoyen. J’ai eu la chance que mon livre plaise au comité et il a été retenu. Dans la foulée, Points a décidé de m’accompagner dans la parution de mes livres en poche.

Quelle est la genèse de votre thriller « Les Cendres Froides » ?

Il y a quelques années, je suis tombé sur un article de l’Express qui parlait des lebensborn, ces maternités nazies qui accueillaient des femmes enceintes de membres de la SS. Plus précisément, les journalistes enquêtaient sur les maternités qui avaient été ouvertes dans les pays occupés, notamment en France. Étrangement, ce sujet a été très peu traité dans les ouvrages historiques, alors qu’il est un élément essentiel pour comprendre l’entreprise eugéniste du IIIe Reich. J’avais découpé cet article en me disant que j’en ferais certainement quelque chose un jour et j’ai voulu traiter ce thème sur le mode du thriller, en l’intégrant dans une enquête familiale.

Y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ? Avez-vous pu rencontrer des personnes qui ont été en contact avec les Lebensborn ?

Je n’ai pas rencontré de personnes étant nées dans les lebensborn. C’est d’ailleurs très difficile car, même lorsqu’elles sont encore en vie, la plupart d’entre elles ont ignoré toute leur vie et ignorent encore le secret de leur origine. En revanche, j’ai lu pratiquement tous les témoignages – trop rares – qu’on possède sur ces maternités.

Dans votre roman « La ronde des innocents », l’ambiance particulière des khâgnes… est très intéressante. En tant qu’enseignant, avez-vous eu des retours de confrères ou d’élèves ou préférez vous scinder en deux votre univers d’écrivain et celui de « prof. » ?

Même si je distingue bien mon métier d’enseignant et mon activité d’écrivain, il y a parfois une sorte de porosité entre les deux. J’ai eu par exemple des retours d’anciens élèves que j’ai retrouvés lors de certaines signatures. Plusieurs collègues de travail ont bien sûr lu mon livre et m’ont encouragé.

Le thème du secret de famille, de la découverte que l’on peut faire lors de la mort d’un proche, est présent dans vos deux romans ? est-ce un thème qui vous tient particulièrement à cœur et que vous avez envie d’approfondir ou était-ce juste « nécessaire » pour ces deux récits ?

J’aime bien cette phrase d’Aragon qui dit : « La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui pour effacer les traces ». Nous avons tous des secrets à cacher, mais dans certaines familles, ces secrets qui pèsent de façon inconsciente finissent par vous détruire à petit feu. Le thème du secret me passionne et je ne l’envisage jamais comme un simple prétexte, même s’il est évident que le genre du policier oriente souvent vers cette thématique du passé caché et des découvertes faites à la mort d’un proche.

On sent dans votre écriture un véritable amour de la langue, de l’étymologie… pensez-vous écrire un thriller autour de la naissance de l’écriture en Mésopotamie ou lors de son développement ? Sinon, avez-vous une autre période historique de prédilection vers laquelle vous aimeriez nous emmener ?

Je crois que je serais bien incapable d’écrire un thriller qui remonte aussi loin dans le temps ! En revanche, j’aimerais bien écrire une histoire se déroulant aux alentours de la Première Guerre mondiale, à l’époque où commence à s’organiser en France la police judiciaire. J’ai d’ailleurs déjà plusieurs idées.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

À l’adolescence, l’amour de la littérature est venu en même temps que celui du cinéma. C’était encore l’époque où, en deuxième partie de soirée, on pouvait voir à la télé des intégrales de Renoir, Cocteau, Clouzot, Truffaut… Plus tard, j’ai fréquenté de façon assidue la cinémathèque de Nice, ce qui m’a permis de découvrir tous les Hitchcock, les Kubrick, les Welles, les Wilder sur grand écran, comme à l’époque de leur sortie. Pour les facettes cachées, je crois qu’elles sont faites pour le rester…

Quels sont vos projets ?

Continuer à écrire, naturellement. Toujours des thrillers mais en essayant de varier au maximum les histoires. Le but est d’essayer d’entraîner le lecteur dans un univers qui lui soit peu familier, comme celui des enfants précoces dans mon premier roman ou celui des maternités nazies dans Les Cendres froides.

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Il y en a tellement ! Je lis en fait beaucoup de littérature anglo-saxonne. Parmi les écrivains contemporains, je citerai des gens comme Philip Roth, Ian McEwan ou Tristan Egolf. Dans un genre plus policier, je pense à Iain Pears, Dona Tartt, Dennis Lehane… des auteurs qui par la force de leur écriture et l’originalité de leurs histoires dépassent évidemment la simple littérature de genre. J’apprécie aussi les romans de Grangé ou de Thilliez, des écrivains qui tout en subissant l’influence de la littérature américaine rendent parfaitement crédibles des thrillers se déroulant en France.

Avez-vous un site internet ou un blog où vos lecteurs peuvent laisser des messages ?

J’ai une page Facebook que j’essaie de mettre à jour le plus souvent possible.

http://fr-fr.facebook.com/pages/Valentin-Musso/113183465370066

 

Merci à Valentin MUSSO de nous avoir accordé cette interview.

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Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire et modératrice professionnelle de rencontres littéraires. Elle a été chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et pour la radio.

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