Interview de Benoît PHILIPPON

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Rencontre avec Benoît Philippon l’auteur du roman Cabossé paru aux éditions Gallimard en septembre 2016.

Benoit PhilipponMuriel Leroy : Pouvez-vous vous décrire en quelques mots pour vos lecteurs ?

Benoît PHILIPPON : Grand, barbu, dans la Lune, outrancièrement nonchalant me dit-on, mais fort gentil au demeurant, avec des petites parts d’ombre. Quelque part entre Mune et Roy. Ouais, je sais, c’est un sacré grand écart, c’est dire si je suis complexe 😉

ML : D’où vous est venue cette passion de l’écriture ?

BP : Ma passion est avant tout celle du cinéma, qui est mon véritable métier puisque je suis scénariste et réalisateur, en film traditionnel et en animation. Pour venir au cinéma, j’ai commencé par l’écriture. Quelque soit le support, ce qui m’intéresse le plus, c’est la narration, l’histoire, les personnages et surtout l’émotion que peut véhiculer l’empathie qu’on a pour eux. J’aime plonger dans un monde, m’y perdre, m’identifier à des personnages, à leur quête, leurs envies, leurs enjeux, leurs peurs, leurs passions. C’est la magie de l’imaginaire, on peut y vivre 1000 vies. C’est vrai en tant que spectateur et c’est encore plus vrai en tant qu’écrivain ou scénariste. On a le pouvoir de créer des mondes, des destins, des rencontres folles, irréelles ou simplement poétiques. J’aime me perdre dans ces différents mondes et avoir ces multiples vies.

ML : Que lisiez-vous  étant enfant puis adolescent ?

BP : Enfant j’étais surtout baigné dans le cinéma. Depuis tout petit, je suis addict aux films, du plus grand public au plus auteur. Je naviguais entre Star Wars, Amadeus et Certains l’aiment chaud. Je lisais beaucoup de BD et de comics, j’aimais l’idée de personnages « normaux » qui peuvent devenir « super », une fois de plus la quête de dépasser le réel et de sortir d’une normalité, d’aller vers la fantastique. Alors bien sûr, il y a eu Fantômette, les Club des Cinq, la collection Hitchcock en bibliothèque verte. Puis ado, j’ai découvert des auteurs dont la liberté de ton m’a énormément inspiré, surtout Boris Vian, également sous son pseudo Sullivan, Pennac et sa série Mallaussène, puis la claque Laclos, Lolita de Nabokov, Belle du Seigneur d’Albert Cohen, 1984 d’Orwell. Les classiques quoi… Toujours en creusant très fort ma cinéphilie de l’autre côté où je découvrais à la fois Capra, Mankiewicz, Eisenstein, Sidney Lumet, Kusturica, Greenaway, Fellini, la liste est infinie… et le début du cinéma indé américain des années 90 : Hal Hartley, Jarmusch, les Coen, Tarantino, Soderbergh…

ML : Avez-vous une méthode de travail spécifique ? Que vous faut-il pour écrire (ambiance, musique, lieu) ? Surtout connaissez-vous d’avance la trame complète de l’histoire avant d’écrire ?

BP : J’ai 2 méthodes très différentes. Soit je structure mon projet en amont avec un plan, des perso caractérisés avec un enjeu et une trame claire et les axes de développement pré établis avant de commencer le développement. Efficace en terme technique, contraignant en terme stylistique et laisser aller de l’intrigue/émotion/perso. Soit j’y vais au fil de la plume, j’improvise, je laisse mes perso me guider, me surprendre, m’inspirer. C’est plus le bordel en terme de structure, c’est pas toujours évident de retomber sur ses pieds, mais c’est plus vivant, plus fiévreux. Les 2 méthodes ont leurs qualités et leurs défauts. J’essaie de mixer les 2 au bout d’un moment pour avoir le meilleur des 2 mondes.

Quand à l’ambiance, il me faut de la musique. Toujours en musique, l’écriture. Ça m’inspire, me donne des couleurs, un ton, une atmosphère, ça rend le processus organique, tangible. Comme j’ai une écriture très visuelle/cinématographique, le son est le premier lien pour m’entraîner vers l’image.

Et non, je ne connais donc pas toujours la trame. Ça va véritablement dépendre des sujets. Mais je pense qu’une histoire, c’est comme la vie, c’est bien de savoir où on va, mais il faut laisser une place importante au hasard, aux rencontres, aux détours. L’arrivée c’est pas le plus intéressant, ce qui fait le sel, c’est le chemin qu’on prend.

ML : Pour revenir à votre roman, que cherchez-vous à démontrer à travers vos livres ? En quoi l’aspect psychologique de vos héros est-elle importante ?Sont-ils inspirés de faits réels ou totalement Fictifs ?

Cabosse - benoit philipponBP : Pour Cabossé, je cherchais à jouer avec les codes du genre noir, les stéréotypes et les clichés, régulièrement cités et assumés dans le livre, pour raconter une fable, noire, et une histoire d’amour avant tout. La fable, bien sûr, s’inspire beaucoup de La Belle et la Bête, lui, monstrueux, elle, lumineuse. Et le cliché pour jouer sur les apparences, car Roy, sous ses airs de caricatures de malfrat, se révèle profondément humain, sensible, touchant. En fait j’aime jouer avec les a priori pour mieux les dynamiter, comme les préjugés qu’ont eu tous ceux qui ont croisé le chemin de Roy, et traiter de la tolérance, du droit à la différence, parvenir à voir plus loin que l’aspect cabossé. De là, je voulais écrire une seconde lecture, plus profonde, plus psychologique, sur l’humain, sur des faits sociétaux qui me révoltent (la maltraitance des enfants, l’homophobie, la violence conjugale…), montrer que les monstres se cachent souvent derrière une belle morale ou un beau vernis social. Puis traiter également du parcours initiatique d’un personnage abîmé par la vie, qui semble avoir deux neurones, mais qui est en vérité beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et cherche quand même à s’en sortir, à aller vers le lâcher prise, le pardon (de lui-même et des autres), la résilience, et finalement la lumière. D’où la fable. Et pour ne pas être trop pontifiant, le jeu avec les codes de la série B permet un traitement « pop » et fun, une fois de plus un jeu entre le contenant et le contenu. Donc tout en restant sincère sur le fond. Tout ce qui est dit dans Cabossé, les coups de gueule, la rage mais aussi l’espoir, est dit avec le cœur. Et pour ne pas tomber dans le guimauve, j’ai rajouté les coups de poings dans la gueule, comme ça on navigue sur des émotions fortes et variées. 
Ce roman n’est pas basé sur une intrigue mais sur un parcours, une rencontre, une évolution de deux êtres fracassés par la vie qui vont se reconstruire ensemble. Ces personnages sont fictifs, mais inspirés non pas de personnages réels mais de sensations, de ressentis, d’exagération ou de sublimation de détails rencontrés de ci de là. C’est la magie de la cuisine de l’imaginaire.

ML : Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

BP : C’est l’inverse puisque je viens donc du cinéma et que ma facette cachée était le roman.

ML : Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ? Avez-vous des projets ?

BP : J’ai plusieurs projets, comme toujours, car il faut en lancer plein pour en voir quelques uns se faire. Je travaille sur 2 projets de longs-métrages comme réalisateur, dont une réflexion sur l’adaptation de Cabossé, plusieurs projets de films d’animation, je profite du succès de Mune pour continuer à créer de nouveaux univers pour les enfants, un projet de BD et mon second roman en cours d’écriture, avec une grand-mère cachée derrière une arme nazie (pour ceux qui ont lu Cabossé)

ML : Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

BP : Sur Facebook, j’ai un compte « pro » avec la couverture de Cabossé. Pour les professionnels, via mon agent (Anne Sophie Berthelin, Adéquat). Sinon je suis sur Twitter, mais j’ai toujours du mal à comprendre comment ça marche. I’m too old for this shit 😉

ML : Merci Benoît Philippon d’avoir répondu à ces quelques questions pour Zonelivre.fr

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