Heinrich STEINFEST : Requins d’eau douce

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Autriche

INFOS ÉDITEUR

requins eau douce - Heinrich STEINFEST

Parution aux éditions Carnet du Nord en janvier 2011

Traduit par Corinna Gepner

Un corps flotte dans une piscine au vingt-huitième étage d’un immeuble viennois : déchiqueté et unijambiste.

Une minuscule prothèse auditive gît au fond du bassin. Aucune piste sérieuse en vue. L’homme aurait été tué par un requin, ce qui ressemble plutôt à une mauvaise plaisanterie. Richard Lukastik, de la police de Vienne, prend les choses en mains. A 47 ans, l’inspecteur passe pour antipathique mais irréprochable, retors et fou. Il se déplace en Ford Mustang or mat, n’écrase jamais ses cigarettes, dîne chaque soir d’une soupe chez ses parents, n’utilise pas de gants au sens propre comme au figuré, admire le philosophe Ludwig Wittgenstein dont il a toujours un livre en poche qu’il ouvre à l’occasion à n’importe quelle page pour trouver un sens à sa journée.

L’enquête est à l’image de celui qui la mène : mordante et dubitative.

(Source : Carnet du Nord – Pages : 392 – ISBN :  9782355360473 – Prix : 20 €)

L’AVIS DE EVA LEVEQUE

Il faut vous préparer en tant que lecteur à pénétrer dans l’univers de Steinfest car, comme je l’ai écris à propos du « Onzième pion », c’est une atmosphère tout-à-fait originale. L’on réalise, d’ailleurs, combien la mécanique des romans policiers peut être « classique » même si elle est efficace en lisant des romans comme celui-ci. Steinfest décompose tous les codes, déforme toutes les structures de l’écriture policière.

Déjà la victime; un homme est retrouvé mort dans une piscine située sur le toit d’un immeuble viennois. Jusque là, rien de spécial. Le tout se corse lorsqu’on apprend que ce cadavre a été dévoré par un requin ce qui, bien entendu, ne court pas les rues à Vienne. Ensuite, prenons le protagoniste : Richard Lukastik, inspecteur principal de la police viennoise. Là encore, le code est respecté…. sauf que… Lukastik est musicologue de formation, fan absolu d’un philosophe, Wittgenstein, il a toujours dans sa poche son œuvre phare.

Lukastik vit toujours avec ses parents et sa sœur avec qui il nourrit une relation incestueuse, possède une Ford Mustang dorée, il est bourré de manies : il n’écrase jamais ses cigarettes, sort de son lit en posant les deux pieds simultanément à terre et cueille toujours les fruits de la main gauche…. L’homme ne correspond en rien, on le voit, au cliché de l’inspecteur infaillible et ultra-performant.

Continuons la description de notre décor. Les adjoints sont aussi originaux que l’inspecteur, Peter Jordan qui déteste son supérieur, Boehm qui adore l’opéra et ne supporte pas de devoir travailler lorsqu’elle a prévu une soirée. Les autres personnages sont farfelus : un suspect coiffeur, un océanographe phobique de l’eau, un requin viennois… Tout ce petit monde vit et évolue dans la sphère Steinfestienne.

Chez cet auteur l’intrigue est finalement moins importante que l’écriture, c’est le paquet cadeau qui dissimule le trésor. Voilà pourquoi, comme pour le « Onzième Pion » le style est TOUT, il donne les clés, enferme en son sein les paraboles de l’existence humaine. Parler plus en détail de l’histoire ne ferait qu’égarer les curieux lecteurs, il vous faut la découvrir seuls. Steinfest est un philosophe à n’en pas douter, ce qui sied parfaitement au genre policier puisque tous deux explorent les tréfonds de l’âme humaine. « Requins d’Eau Douce » est moins ironique le « Onzième Pion », plus noir.

Le roman est, comme son héros, Lukastik, déboussolant, coincé entre deux sphères, celle de l’art et de la criminalistique qu’il ne cesse de comparer : « A côté de la liberté de l’art existait pour lui une liberté de la police », « …c’était la beauté de la criminalistique qui l’avait convaincu »…. Les romans de Steinfest encouragent toujours le lecteur à s’interroger, d’une façon ou d’une autre, sur le sens de la vie, sur la coexistence entre une extrême absurdité et la gravité de son contenu.

Cet écrivain est tout simplement génial, vous adorerez ou détesterez son style mais ne pourrez passer sous silence son écriture magistrale.

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