Franck BOUYSSE : Vagabond

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France

INFOS ÉDITEUR

vagabond - franck bouysse

Parution aux éditions Ecorce en juin 2013

Parution aux éditions La Manufacture de Livres le 22 septembre 2016

L’homme est traqué.
L’homme joue du blues chaque soir dans un obscur bar de la rue des Martyrs à Limoges.
Lorsqu’il dérive vers son hôtel, au milieu de la nuit, il lui arrive de dialoguer avec des clochards et autres esprits égarés.
Il lui arrive de s’effondrer sur les pavés des ruelles antiques et de s’endormir, ivre ou épuisé.
Il lui arrive aussi de ne jouer sur scène que pour une femme qu’il semble être le seul à voir.
Mais l’homme est traqué
Pas par un tueur. Ni par un flic. Quelque chose comme des ombres.

(Source : La Manufacture de livres – Pages : .. – ISBN : 9782358871358 – Prix : 9,00 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Lorsque la note suspend son vol… et que les sentiments explosent.

Un homme joue de la guitare dans un bar. Peut importe si les clients sont ivres, c’est viscéral pour lui de transmettre. Il joue pour elle au fond de la salle. L’alcool est son plus fidèle compagnon, une béquille dans l’existence. Lui qui dort maintenant dans des hôtels miteux

C’est comme si chaque note était des mains qui se tendent vers lui pour le maintenir en vie. Et les cordes de son instrument peuvent se rompre à tout moment comme le fil de son existence.

Dans ce roman noir, Franck Bouysse décrit des êtres à l’état brut avec beaucoup de pudeur. Quand l’art est synonyme de survie. Il y a une forme de poésie dans ses écrits. Le lecteur comme son personnage est importé dans une spirale, ennivré.

Extrait de la page 20. « Il salua l’auditoire et reprit sa guitare. Le silence se fit comme jamais dans ce bar, à une heure moins le quart, dès qu’il entama les premières mesures. Ce qu’il n’avait pas vraiment prévu de faire ce soir-là. Ranger ses illustres inspirateurs. Alors, d’une voix nourrie de tous les excès, il se mit à chanter ses propres mots, à jouer sa propre musique, des choses déjà dites, pour une femme qu’il ne connaissait pas. Ce courage que lui donnait une inconnue habillée par les arabesques de lucioles imaginaires. Regard perdu dans ce crépuscule inachevé qui ne se laisserait jamais totalement dévorer. Et une forme nouvelle de la beauté apparut à l’homme, en vers luisants sortis de sa mémoire, en bulbes sonores s’épanouissant au contact de la chaleur après un hiver de dormance. Et la paix se fit en lui.

Du silence prolongea la chanson, chacun attendant qu’il se passe quelque chose, parce qu’il y a des instants qui ne doivent pas avoir de fin, parce que les mots et la musique avaient cueilli des hommes et des femmes de leurs tropismes salvateurs. Un type plus bravache que les autres, que les émotions perturbaient, commanda à boire en ricanant et chacun se sentit le droit de quitter l’île de Morel.

L’homme fixait le  fond de la salle.

Il aperçut les yeux de la femme et il fendit les tables du pouvoir palpable à réveiller les morts. Il savoura ce moment, en circonvolution de sang de son coeur à son coeur. Pensant qu’il marchait encore, la voix d’Amy Winehouse, sortie d’une sono, avait repris le flambeau, et jamais il ne comprit qu’elle chantait pour lui et pour personne d’autre que lui. »

Extrait de la page 25. « Bientôt, les cordes cassèrent de vibrer et ce fut comme si le décor prenait possession des êtres vivants, ou du moins comme si l’homme décidait de leur immobilité passagère. Il sortit un carnet ceint par un élastique beige et large. Mouilla un majeur de sa langue et se mit à tourner les pages recouvertes de hiéroglyphes et des pattes familières de toutes sortes d’arthropodes, jusqu’à parvenir au jaune nauséeux d’un rectangle vierge qu’il parcourut de la mine d’un crayon à papier, tel un sismographe rendu fou par la colère de la terre. Et il reprit sa guitare pour mettre en pratique la chose écrite, s’arrêtant parfois la modifier. »

J’ai eu envie de me retrouver en librairie de rencontrer le lecteur à qui ce texte va parler. Cette capacité à s’incarner. A être ce type au fond des Cévennes (dans son roman « Grossir le ciel » publié à La Manufacture de Livres et aux éditions Le Livre de Poche), à être ce joueur de musique. Comme le comédien qui sait effacer les traites du quotidien pour laisser place totalement au personnage qu’il incarne. Il y a une profonde élégance dans cette écriture.

Hymne à la création musicale, si proche il me semble, de la création littéraire, lorsque les notes lorsque les lettres s’échappent, s’entrechoquent se posent sur le papier. Partition, manuscrit peu importe, une des parties les plus intimes du créateur s’incarne dans le papier.

Quand la folie créatrice, lorsque l’exultation tutoie le désespoir car la frontière est souvent mince entre la capacité à créer et avoir la sensation d’exister et celle que tout est néant. Sur la fragilité de l’existence et savoir si tout cela a vraiment un sens.

Lorsque l’auteur devient Charon. Le passeur de mots vous entraîne en douceur sur les eaux du Styx mais de quel côté de la berge vous déposera-t-il .

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