Edwidge DANTICAT : Haïti Noir

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INFOS ÉDITEUR

haiti noir - Edwidge DANTICAT

Parution aux éditions Asphalte en octobre 2012

Traduit de l’anglais (pour certains textes) par Patricia Barbe-Girault

Tragiquement connue pour son histoire violente et chaotique, ainsi que pour la catastrophe qui l’a frappé en 2010, Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques – et l’un des plus riches sur le plan littéraire.

Cette anthologie de dix-huit nouvelles, projet lancé avant le tremblement de terre, réaffirme le talent des auteurs contemporains haïtiens, qu’ils vivent sur place ou qu’ils soient issus de la diaspora, sur un terrain où ils ne sont pas forcément attendus : le genre noir. Sont représentés des auteurs aussi bien francophones qu’anglophones.

(Source : Asphalte – Pages : .. – ISBN : 9782918767237 – Prix : 21,00 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Haïti dont on ne connait souvent que le nom ce qui est mon cas, je l’avoue. Quelle est sa culture ? Comment vivent ses habitants ? Haïti a été à la une des médias car frappée le 12 janvier 2010 par un séisme. 230 000 personnes sont mortes, plus d’un million se sont retrouvés sans abri. Comme le souligne Edwidge Danticat dans la préface d’ « Haïti Noir » : « Même avant le tremblement de terre, la vie n’était pas facile en Haïti. Il y avait toujours le risque de  mourir de faim, des suites d’une maladie infectieuse, dans un ouragan ou d’une mort violente. Mais il y avait également de l’espoir, du rire et une créativité sans limites. La créativité a toujours été l’une des caractéristiques majeures des Haïtiens, l’une des formes que prend leur instinct de survie ».

J’ai rarement lu un recueil qui a pu me toucher autant dès la première ligne. Chacun des 18 auteurs nous montre la diversité, le richesse de ses visages, des histoires où le tragique côtoie le rire. Quand la couleur s’estompe brusquement pour tirer un drap noir. Il est complexe de porter un jugement car les actes commis (vols, enlèvements, assassinats…) découlent d’une pauvreté extrême.

Dans ce pays les croyances sont fortes, le vaudou peut s’incarner dans les actes du quotidien tant pis pour celui qui ne connait pas les codes. Certains sont riches, très riches, ils suscitent l’envie et poussent malgré eux au pire. Quoique certains individus en sont vraiment conscients, ils se comportent comme des maitres, l’autre est proche de l’esclave, de l’homme-objet (d’où une révolte qui peut exploser à tout instant). Car avec l’argent, on peut tout obtenir même un enfant. Il y a des hommes et des femmes qui préfèrent confier, voir abandonner tous leurs droits sur leur progéniture car ils se sentent de l’incapacité financière (ou émotionnelle) de l’élever. Il peut s’agir de parents proches ou tout simplement d’habitants très fortunés. Il existe même un terme pour cela : un « restavek » dérivé du français « reste avec », désigne les enfants en Haïti qui sont placés par leurs parents biologiques dans une autre famille plus favorisée (note de l’auteur).

Ce thème a donné des nouvelles absolument bouleversantes. Dans « Ville Rose. Claire Lumière  de la mer » d’Edwidge Danticat, on découvre un père qui observe sa fille qui est petite, adorable mais il ne sait pas comment s’en occuper. Sa femme est décédée en la mettant au monde. Il rêve qu’elle soit adoptée par une commerce de son quartier qui a perdu son enfant de manière dramatique et qui est l’incarnation pour lui de la maman idéale. Un texte très profond à l’écriture poétique. A la fois beau et sombre. Ce type d’adoption est également décrit dans « Lalue – laquelle des deux ? » d’Evelyne Trouillot. Une grande-tante de Brooklyn a promis de prendre sous son toit une des filles de son cher neveu Aramis. Les deux petites sont élevées comme des jumelles mais elles ont des mamans différentes et la tension va crescendo entre les deux femmes…

Plusieurs récits se font l’écho du cataclysme notamment dans la première nouvelle « Christ-Roi. Odette » de Patrick Sylvain. Le lecteur se retrouve au coeur du tremblement de terre. Un grondement sourd. Rose, petite fille de 5 ans, « avait hérité du don que les femmes de sa famille possédaient depuis des générations, celui de la double vue ». Sa grand-mère tente de l’atteindre alors que tout n’est que poussière autour d’elles… La scène baigne entre l’onirique et le réalisme surtout lorsqu’on entend la voix du sauveteur qui déclare qu’il est impossible d’accéder à l’enfant. La maison n’est plus que gravats, Odette se laisse conduire dans le camps le plus proche. Là-bas, elle devient la cible des commérages, c’est une sorcière. Peinture de l’humain qui bien que touché par un drame immense va chercher une proie pour se défouler et catalyser toutes ses peurs, ses colères et ses frustrations.

Certaines nouvelles sont dites noires, d’autres policières et une m’a vraiment fait penser aux grands récits fantastiques du XIX que l’on peut retrouver dans « Les diaboliques » de Barbey D’Aurevilly (le rideau cramoisi) ou dans un roman de Maupassant. Dans cette « auberge rouge » haïtienne, un commissaire se retrouve dans un hôtel et qu’il n’est rien demander une très jeune femme s’offre à lui en même temps que le repas du soir. Mais il s’étonne de ne pas voir les autres locataires des lieux. Ses pneus de voiture sont crevés… Succulent !!!

Voici ma petite sélection mais il vous reste tant de récits surprenants, de paysages à découvrir…

« Haïti Noir » est un recueil gorgé de soleil, de poussière, de rires, de larmes, de peurs, de frustration. Et malgré tout, d’espoir.

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