Dennis LEHANE : Ce monde disparu

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Etats-unis

INFOS ÉDITEUR

ce monde perdu - dennis lehane

Parution aux éditions Rivages le 28 octobre 2015

Traduit par Isabelle MAILLET

La fin de la trilogie consacrée à Joe Coughlin et au gangstérisme des années 1930 et 1940, après Un pays à l’aube et Ils vivent la nuit. En 1943, le monde est en guerre mais aux USA la mafia est prospère. Après avoir régné sur le trafic d’alcool en Floride, Joe Coughlin a passé la main à son second Dion Bartolo. Joe agit comme conseiller occulte pour les gangsters Meyer Lansky et Lucky Luciano. Mais un jour, il reçoit la visite d’un gardien de prison qui est porteur d’un terrible message : quelqu’un veut sa peau. Troublé par cette mise en garde, Joe cherche à découvrir qui est son ennemi. L’enjeu est d’autant plus sérieux qu’une taupe a rencardé la police sur l’existence d’un labo de drogue clandestin…  

(Source : Rivages – Pages : 352 – ISBN : 9782743634063 – Prix : 21,00 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Tome 3 (et dernier) de la saga de la famille Coughlin

1942, la guerre a commencé à faire rage en Europe, mais les conflits et les tensions existent également sur le sol américain. C’est véritablement la fin d’une époque pour les grands chefs de la pègre car certains jeunes loups aux dents longues ont décidé de les détrôner et de faire fi des codes qui étaient de rigueur depuis des années.

Tout a commencé comme un fait divers lorsque Theresa a trucidé violemment son mari alors qu’elle est incarcérée, elle a pris contact avec Joe Coughlin pour négocier avec lui sa sortie car elle sait qu’il a le bras long. La tête de ce dernier serait mise à prix et elle aurait des infos capitales à ce sujet.

Lui qui, par moment, aspire à une vie nouvelle pour son fils de 10 ans qu’il chérit même lorsqu’il est dans les bras de sa douce (même si c’est loin du regard de tous).  Son image d’homme d’affaire convient pour les yeux de sa progéniture qui n’a pas besoin de savoir que son père est un gangster et qu’il peut liquider un homme de sang froid s’en rien ressentir. Les choses changent pourtant à l’intérieur de lui, il voit de plus en plus apparaître un jeune garçon dont il n’arrive pas à identifier le visage.

Extrait de la page 218 «  Il (Joe) songea à tous les enfants qui grandiraient sans père, parce qu’il existait des hommes comme lui. Son propre fils avait perdu sa mère à cause des activités paternelles. Dix ans plus tôt, lors de la journée la plus sanglante de toute l’histoire de la pègre de Tampa, ving-cinq hommes avaient été fauchés entre midi et minuit. Parmi eux, dix au moins étaient pères. Si lui-même mourait demain, ou le jour d’après, Tomas serait orphelin. Il existait une règle dans le milieu : on ne touche pas à la famille. C’était une règle sacrée, qui primait sur toutes les autres, sauf celle leur imposant de gagner toujours plus. Elle leur permettrait de croire que quelque chose les séparait des animaux. Un code moral. Une limite à leur cruauté et l’obsession de l’intérêt personnel ».

Il tente d’être fidèle aux ordres de son supérieur, celui qui dirige tout Dion Bartolo. Mais des hommes comme Rico DiGiacomo en veulent toujours plus : contrôler les hommes qui travaillent sur les docks, les paris illégaux, des maisons closes… Mais  agrandir ses affaires c’est forcément empiéter sur le territoire d’un autre. Et celui du « black »Montooth Dix est très alléchant. Rico peut compter sur son frère Freddy qui est véritablement près à tout.

Le bain de sang est proche. Des alliances se font et se défont dans l’ombre. Une balle pourrait très vite atteindre un des hommes les plus puissants de la ville.

Le maire n’imagine pas un seul instant que sa propre épouse est une brillante comédienne car celle qui paraît vertueuse et méprisante envers Joe en public s’avère fondre littéralement pour son amant.

L’existence de chacun des personnages semble être véritablement un sursis. Un tic-tac inéluctable au fil des pages et la sensation qu’au détour d’une ligne un des héros de cette saga va s’effondrer sous vos yeux. C’est véritablement la force de Dennis Lehane. L’auteur de Mystic River et Shutter Island excelle véritablement dans l’art de créer des personnages. Car même si dans cet opus, on ne retrouve pas Kenzie et Gennaro, un duo que j’affectionne tout particulièrement dans l’univers du roman policier, je me suis attachée à Joe. Cet homme a beau faire partie de la pègre, Lehane a su mettre en avant la complexité de l’existence et les différentes facettes que peut avoir un homme.  Comme dans chacun de ses romans, l’individu est remis dans son contexte social. Son écriture possède une profonde sobriété et une véritable élégance.

Il a aussi la capacité de décrire un pays, la façon dont il vibre, il évolue, il trésaille. On sent qu’au-delà du travail de romancier, il y a une envie profonde de transmettre au lecteur la peinture d’une époque toutes ses nuances et sa richesse. Ce morceau de l’histoire des Etats-Unis se vit littéralement et je n’ai pu m’empêcher de penser une excellente série TV Broadwark Empire qui traite de la mafia et de la prohibition.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman dans ce type d’univers, c’était vraiment très agréable. De plus, en tant que libraire, je suis heureuse d’avoir ce type de récit à proposer car les tables de romans policiers ont tendance à se recouvrir de thrillers et de romans de suspense or même si j’affectionne ces genres, c’est bien de pouvoir conseiller du roman policier peut-être plus classique à ses lecteurs tout en proposant des nouveautés.

Je n’avais pas eu le temps de lire les premiers tomes de cette saga consacrée à la famille Coughlin « Un pays à l’aube » et« Ils vivent la nuit » j’ai pu sans souci pénétrer et apprécier pleinement la lecture de « Ce monde disparu ». Et je vais sans nul doute prendre le temps de découvrir les prémisses de ce récit.

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,

    Merci de cette chronique.
    J’ai publié un article sur « Un pays à l’aube », roman que je considère vraiment comme un chef d’oeuvre; l’article est lisible sur le site La cause littéraire. « Ils vivent la nuit », la suite d’ « Un pays… », est à mon sens tout à fait dispensable (il sent le livre de commande)…

    Cordialement,

    Jérôme

    P.S. Faire attention à la syntaxe et à l’orthographe d’un texte avant publication…

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