David COULON : Je serai le dernier homme…

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France
David COULON - Je serai le dernier homme
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  • Éditions Lajouanie le 9 mars 2018
  • Pages : 300
  • ISBN : 9782370470911
  • Prix : 18,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un chemin dans la campagne normande, trois heures du matin. Un homme passablement éméché, rentrant de chez sa maîtresse, regagne son domicile en essayant d’éviter les contrôles de police. Fenêtre ouverte pour tenter de se dégriser, il entend un coup de feu. S’arrête, descend, tend l’oreille. Fait le tour de sa voiture. Une silhouette apparaît, se précipite au volant et tente de démarrer… Courte échauffourée, il éjecte l’intruse de son véhicule, la tête de la malheureuse heurte une pierre. Le fêtard, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, se retrouve avec le cadavre à demi-dénudé d’une jeune fille. Pourquoi dépose-t-il le corps dans son coffre, pourquoi le garde-t-il tentant tant bien que mal de masquer les odeurs putrides qui s’en dégagent ? Pourquoi cette fille était-elle seule dans ce champ de blé ? Et pourquoi agit-il de manière aussi incohérente ? Notre héros serait-il le dernier homme à pouvoir répondre à ses interrogations ?

L’AVIS DE CHRISTOPHE DUBOURG

Un chemin dans la campagne normande, trois heures du matin. Un homme passablement éméché, rentrant de chez sa maîtresse, regagne son domicile en essayant d’éviter les contrôles de police. Fenêtre ouverte pour tenter de se dégriser, il entend un coup de feu. S’arrête, descend, tend l’oreille. Fait le tour de sa voiture. Une silhouette apparaît, se précipite au volant et tente de démarrer… Courte échauffourée, il éjecte l’intruse de son véhicule, la tête de la malheureuse heurte une pierre. Le fêtard, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, se retrouve avec le cadavre à demi-dénudé d’une jeune fille. Pourquoi dépose-t-il le corps dans son coffre, pourquoi le garde-t-il tentant tant bien que mal de masquer les odeurs putrides qui s’en dégagent ? Pourquoi cette fille était-elle seule dans ce champ de blé ? Et pourquoi agit-il de manière aussi incohérente ? Notre héros serait-il le dernier homme à pouvoir répondre à ses interrogations ?

Il y a quelque chose de l’ordre de l’inéluctable lorsqu’on entame les premiers chapitres du roman de David Coulon. Une ambiance de fin de cycle sinon de fin du monde, un sentiment de résignation brute, une impression de gâchis, de désolation sociétale règne sur « le dernier homme… » dans son ensemble. Un constat charrié par le narrateur et (anti) héros, un homme terriblement ordinaire aux failles elles-mêmes terriblement normales. Et parce qu’ « Il » est « Je », l’immersion (je n’ai pas dit identification) est aisée. L’écriture de David Coulon s’incarne en de courtes phrases, voire de simples mots pour mieux souligner l’état de perdition dans lequel s’enferre ce « dernier homme », même si lui pense que « ce sera bientôt fini. » Plutôt qu’une fuite en avant, c’est à une chute perpétuelle que nous convie l’auteur.

Si l’intrigue est « polardesque » à souhait, cadencée par des seconds rôles cruciaux et une enquête ad hoc, elle est aussi et surtout rythmée par l’écriture de David Coulon, une plume qui sait se faire rêche et sèche, parfois acerbe, sans pitié et pertinente lorsqu’elle ausculte une société déshumanisée, lorsqu’elle souligne peut-être aussi une certaine vacuité de l’existence. Répétitive également ; un leitmotiv de mots et de retours à la ligne pour mieux faciliter l’entrée dans le dédale mental de ce narrateur dont nous ne connaitrons jamais le nom, et addictive toujours, car l’écriture est atypique, comme neuve dans le paysage parfois ampoulé du polar français. Assurément pour moi le gros point fort du livre.

Ce roman m’a notamment rappelé deux films : « Les premiers les derniers » de Bouli Lanners avec Albert Dupontel, pour cette peinture de l‘âme humaine, ce regard crû posé sur la déliquescence de la société, au travers de ces usines qui ferment, ce chômage et cette précarité toujours plus présents, ce regard sur cette espèce en voie de disparition : l’humain… « Le dernier homme » m’a également évoqué « Martyrs », un film de Pascal Laugier, moins pour l’aspect glauque du métrage qui poussait assez loin la torture de l’être humain que pour les faux-semblants qui se dissimulaient chez les notables… Point de notables ici mais… hé, hé, hé… lisez Je serai le dernier homme… et puis c’est tout ! ☺

« Je serai le dernier homme… » n’est clairement pas un roman « confortable », ne plaira pas à « tout le monde » tout comme il ne laissera pas indifférent. L’écriture est… particulière dirons certains mais personnellement, j’adhère et j’adore. Parce que c’est « autre », que ça sort des sentiers battus et balisés du polar tout en restant dans les clous ! Mais ce n’est pas un feel good book alors… dépressifs, s’abstenir !

L’AVIS DE STANISLAS PETROSKY

David Coulon m’avait épaté lors de son dernier livre en date, Le village des ténèbres…

Rare sont les auteurs qui savent créer une atmosphère, qui plus est, une atmosphère oppressante, limite qui vous met mal à l’aise…

Alors c’est vous dire si je l’attendais au tournant le garçon !

Mais le bougre a réitéré !

Et plus en pleine montagne, dans un trou perdu que je ne connais ni des lèvres, ni des dents, non chez moi…

La force de Coulon, c’est de prendre un personnage lambda, lui faire vivre un fait, assez trash, vu qu’accidentellement il flingue une femme. Ce n’est pas chose courante, encore une chance, sauf qu’a lieu d’appeler les secours, au mieux, ou de planquer le cadavre, au pire, notre héros va prendre une drôle de décision…

Garder la défunte dans sa bagnole…

Une relation amicale, à sens unique bien sûr va même s’instaurer entre eux…

Bien sûr c’est un fait que l’on pourrait qualifier d’abracadabrantesque, mais on y croit. Puis plus on s’enfonce dans la vie de merde du personnage central, plus on voudrait lui tendre la main, soit pour le secourir, soit pour lui foutre dans la gueule, parce qu’il mérite quand même…

David Coulon prouve, une fois de plus, qu’il sait mettre son lecteur mal à l’aise, le rendre nerveux et donner un parfum de souffre aux pages de ses romans…

L’AVIS DE YANNICK P.

Le mauvais choix, au mauvais endroit, au mauvais moment. Comment mieux résumer ce qui arrive au narrateur ?  Car comment expliquer à des flics que l’on a voulu éviter parce que son taux d’alcoolémie est bien trop fort que le cadavre en décomposition qui se trouve dans le coffre de sa voiture est le fruit d’un banal accident ? Il l’a tué accidentellement au sortir d’un champ de blé.

Soit ! Mais, comment justifier la présence de cette femme morte et mutilée alors qu’un tueur sévit autour ces pavillons d’une banlieue normande anonyme. A qui l’avouer ? Aux flics ? A sa maitresse dont il doute du bien-fondé de leur relation ? A Mathilde, sa femme pour qui il ne sent plus d’amour ? A sa fille chérie de 4 ans ? Aux amis profs de sa femme ? Ou aux anciens potes syndiqués du temps de l’usine ? Car cet anti-héros qui reste anonyme tout le long de ce roman noir, est au chômage. Il s’enfonce dans le doute. Seul, ce cadavre devient une certitude.

Autour de lui, s’entrecroise une jolie petite galerie de personnages un tantinet burlesques au fil de  situations absurdes. La mécanique mise en scène par David Coulon est sans pitié. Elle rend ce thriller complétement décalé. Je serai le dernier homme, est une lecture hors normes jusqu’à une chute pour le moins exotique. Entre les chapitres, on nage dans le macabre et on suit notre « pas vraiment héros » dans sa descente aux enfers.  Hier simple anonyme nageant dans sa misère, son encombrant cadavre va mettre à l’épreuve sa conscience et son incohérence.  Il est rongé par la culpabilité. Mais dans ce  coin de campagne paumé,  l’horreur prend de l’ampleur.

Oui, il y a du nouveau dans le noir français. Le style de Coulon est décapant. Le rythme nerveux de phrases très courtes, parfois quasi dénudées, confère à cette lecture une véritable syncope, où se succèdent d’autres locutions et tournures gorgées de figures de styles et d’anaphores.

Dans cette narration à la première personne, le politiquement incorrect prend les rênes. On sen prend au jeu de dupe. Le cauchemar finit par s’imposer au malaise et le lecteur que je suis, est surpris. Je me régale. Oui, Je serai le dernier homme est décidément un p’tit coup de coeur.

 

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